Le street art en République dominicaine : fresques, artistes et parcours à Puerto Plata

À l’image de sa nature généreuse, la République dominicaine stimule la créativité de ses plasticiens. La peinture, grande favorite des moyens d’expression caraïbéens, bat au rythme de la musique et se pare d’une palette aussi chatoyante que la gastronomie locale.

Que l’art s’épanouisse dans la rue, dans les centres d’art ou dans les ateliers de l’île tropicale, il trouve toujours sa place et son public. Loin des galeries, la peinture envahit les rues, les étals des boutiques artisanales, les façades, déployant ses tonalités éclatantes et sa fantasmagorie sur le territoire.

Fresques colorées dans les rues de Puerto Plata

Une tradition picturale profondément dominicaine

Deux grandes tendances se distinguent dans l’histoire picturale locale : les traditionalistes au regard naïf et coloré, et les novateurs qui font cavaliers solitaires.

Un peu par tradition, la principale source d’inspiration des artistes dominicains demeure l’environnement. Dans le choix des matériaux d’origine naturelle ou le recours aux couleurs éclatantes, on retrouve une tranche de la vie dominicaine chez la plupart des artistes.

L’hospitalité de la République dominicaine a favorisé la variété des apports au fil des siècles. Juives, africaines, japonaises, espagnoles, orientales, des communautés extrêmement diverses ont participé à l’éclectisme qui est devenu la signature de la culture dominicaine.

L’art, de même que l’artisanat, est le premier témoin de cette mixité. En peinture, l’influence africaine se ressent nettement dans la palette colorée typique de l’art dominicain. Solidement ancrée dans la culture populaire de l’île, la peinture s’impose comme un art de vivre.

Messages politiques, portraits végétalisés ou figures animales, l’art fait partie du paysage. Dans les demeures bourgeoises ou dans les cases créoles les plus modestes, les murs s’égaient de tableaux aux thématiques variées, et une maison ne serait pas tout à fait dominicaine sans peinture.

Des racines taïnos aux formes contemporaines

Bien avant l’arrivée de Christophe Colomb, les Taïnos menaient une vie pacifique. Leurs multiples talents s’étendaient des techniques agricoles, à la sculpture, la céramique et la peinture corporelle.

De ce peuple animiste, il nous reste des sculptures sur bois et des idoles ou « cemis », destinées à abriter les esprits. L’héritage des Indiens Taïnos survit à travers les motifs inspirés de leur mythologie.

Parmi les plus courants, la tortue symbolise le féminin, tandis que le bec d’oiseau désigne le masculin. Le travail du bois développé par les premiers Indiens a également traversé les siècles.

Les artistes contemporains continuent de puiser dans cet héritage. Charlie Simon trouve son inspiration dans la culture afro-caribéenne et l’héritage taïno ; les tons de terre et d’ocre qu’il affectionne constituent un univers très personnel qui valorise la symbolique taïno.

Deux lieux à privilégier : dans la capitale, le Museo del Hombre Dominicano et à La Romana, le Museo Arqueológico Regional Altos de Chavón. Autres vestiges taïnos à admirer, des pétroglyphes tracés dans des cavernes du territoire dont à Samaná, Bayahibe, San Cristóbal et Enriquillo.

La peinture de rue, un art populaire et accessible

La peinture de la rue, en vente un peu partout pour des sommes parfois dérisoires, se rapproche par certains égards de la peinture naïve haïtienne. Elles partagent certains thèmes (marché, vie quotidienne, scènes villageoises, animaux…), la facture simple et les tons vifs.

Dans les villes dominicaines, les peintures murales offrent une belle exposition dans des endroits qui, autrement, auraient été un mur vide et sale. Les grandes fresques transforment ainsi les façades et les espaces communs en lieux fonctionnels dédiés à l’art.

Les murs délabrés des anciennes demeures coloniales servent de toiles de fond à des artistes inattendus. Les plus grands noms du street-art y ont laissé leurs marques. J.R., El Mac, Stinkfish, Rodez ou encore MissMe : une joyeuse célébration de la créativité des graffeurs internationaux.

Les artistes cubains ne sont pas en reste : 5stars, aujourd’hui installé en Allemagne, a recouvert de ses croquis les murs de Centro Havana et du quartier Regla.

Puerto Plata, une ville transformée par les fresques

Puerto Plata a certainement attiré l’attention de nombreux artistes dominicains, qui ont décidé de faire don de leur travail à notre communauté.

Un groupe appelé « Yo AMO RD » a lancé une campagne de fresques intitulée « Muralizando RD ».

« Nous comptons sur la créativité des artistes les plus talentueux pour promouvoir les valeurs artistiques et culturelles de l’essence dominicaine, en revitalisant les espaces communs et en en faisant des lieux fonctionnels dédiés à l’art. »

Les œuvres réalisées dans la ville abordent l’identité dominicaine, la mémoire historique, le patrimoine touristique, les paysages et les différentes étapes de la vie humaine.

Carte artistique des fresques de Puerto Plata

Les fresques incontournables de Puerto Plata

Doña Patria

L’une des peintures murales de rue les plus célèbres, Doña Patria, rend hommage aux femmes dominicaines.

Le peintre est originaire de Saint-Domingue. La peinture murale est un hommage aux femmes dominicaines influencées par l’entreprise de sa mère, un centre de beauté.

Les Dominicains ont l’habitude de se rendre une fois par semaine dans un salon de beauté.

Localisation : Doña Patria by Angurria - Calle Sanchez no.

Acordeón

Une autre de nos superbes peintures murales de rue, Acordeón. Damas, certainement une belle.

Cet artiste est né à Puerto Plata.

Le titre évoque un instrument intimement associé à la musique et aux traditions populaires dominicaines, tandis que l’œuvre s’inscrit dans une ville où la peinture murale dialogue avec la culture locale.

Homenaje a Severino

Homenaje a Severino, une autre œuvre d’art très intéressante.

Indice pour la chasse au trésor : ce mur embrasse l’une des universités les plus importantes de la ville.

De plus, le peintre est originaire de Saint-Domingue. La peinture murale est un hommage à l’un des peintres les plus connus de la République démocratique du Congo, Severino.

Localisation : Homenaje a Severino par Willy Gomez - Calle Sanchez.

Reina del Atlántico

Reina del Atlántico de Juan Villaman - Calle Sanchez.

Le peintre est originaire de Puerto Plata.

Cette œuvre s’inscrit dans l’identité maritime de la ville et dans son rapport à l’océan Atlantique.

Patrimonio

Patrimonio, un autre grand art de la rue.

Indice pour la chasse au trésor : au début de la route océanique, il y avait une plage célèbre dans les années 60.

Memo est originaire de Los Alcarrizos, Saint-Domingue.

En outre, la peinture murale représente le patrimoine touristique de la ville : Teleférico, et les activités aquatiques.

Une fresque consacrée au paysage de Puerto Plata

Indice pour la chasse au trésor : situé devant l’une des peintures murales ci-dessus.

D’après mon interprétation, elle montre certainement notre montagne Isabel de Torres en arrière-plan.

Ce peintre est originaire de Puerto Plata.

La montagne Isabel de Torres constitue l’un des repères visuels les plus marquants de la ville et apparaît naturellement dans une œuvre consacrée au paysage local.

Une œuvre inspirée par Altos de Chavón

Le peintre est originaire de Puerto Plata et a reçu sa formation artistique à l’école d’art CHAVON.

Cette peinture murale montre l’arrivée de Christophe Colomb en Amérique.

La référence à l’arrivée de Christophe Colomb relie la fresque à l’histoire caribéenne et aux récits fondateurs associés au territoire dominicain.

Une fresque consacrée à Mère Nature

Le peintre est originaire de Puerto Plata.

Cette fresque représente la conjonction de Mère Nature, déesse Pachamama, et des humains se protégeant mutuellement.

Les formes et les couleurs mettent en relation l’être humain avec l’environnement, un thème qui rejoint la place centrale de la nature dans l’art dominicain.

Esperanza

Comme les précédents, celui-ci est un grand Street Mural, assez artistique.

La fresque a été réalisée par Prolactar (conception) et l’organisation de l’école (exécution).

L’art comprend toutes les étapes de l’enfant, de la conception, la naissance, l’allaitement, l’éducation jusqu’à l’âge adulte.

Localisation : ESPERANZA de Prolactar - Ave Manolo Tavares.

Une chasse au trésor artistique dans la ville

Aujourd’hui, je vous invite à me rejoindre dans une chasse au trésor à la recherche de mes peintures murales préférées dans la ville.

Ne vous inquiétez pas, si vous ne les trouvez pas tous, ou si vous n’avez pas envie de jouer, je vous indiquerai l’emplacement exact à la fin du blog.

Vous pouvez également rechercher d’autres peintures murales en ville et partager celles que vous préférez.

FresqueArtiste ou collectifLocalisation ou indication
Doña PatriaAngurriaCalle Sanchez no.
Homenaje a SeverinoWilly GomezCalle Sanchez
Reina del AtlánticoJuan VillamanCalle Sanchez
EsperanzaProlactar et organisation de l’écoleAve Manolo Tavares
PatrimonioMemoAu début de la route océanique

Les artistes dominicains et l’ouverture internationale

La plupart des artistes dominicains ont séjourné et parfois étudié en France, aux États-Unis ou en Amérique latine. Certains, comme Cándido Bidó, rapportent leur savoir sur leur île natale. D’autres poursuivent leur carrière à l’étranger, sans toutefois se détourner de l’influence dominicaine.

Dès le XIXe siècle, quelques talents se sont écartés de la tradition pour se forger un style personnel. Dans ce but, certains ont fait le choix de se former à l’étranger.

Théodore Chassériau

Le premier nom à retenir, parmi les peintres nés en République dominicaine, est Théodore Chassériau (1819-1856).

Ce disciple d’Ingres, dont l’œuvre se situe entre le classicisme et le romantisme, naît à El Limón, dans la province de Samaná.

Artiste précoce, il exécute à l’âge de 15 ans le portrait de Prosper Marihalt qui fait de lui le plus jeune artiste entré au musée du Louvre.

À 20 ans, il décide de s’exiler. Il parfait son art à Rome, à Alger puis à Paris où il décède à l’âge de 37 ans, trop tôt mais déjà acclamé.

Luis Desangles et le costumbrismo

Son contemporain Luis Desangles (1861-1940) s’initie aux côtés de Léon Cordero.

Décidé à faire carrière, il se spécialise dans le portrait et les scènes patriotiques, et orne plusieurs églises de ses œuvres.

Bien que né de parents français, on le considère comme le premier maître historique de la peinture dominicaine.

De nombreux artistes passent par son atelier de Saint-Domingue, la Casa-Taller : Rodríguez Urdaneta, Leopoldo Navarro, Adolfo García Obregón, Arquímedes de la Concha, Carlos Ramírez Guerra, Manuel Buñols Medina pour n’en citer que quelques-uns.

Autre apport essentiel de Luis Desangles, le costumbrismo ou art traditionaliste, qui se veut le reflet des us et coutumes.

Abelardo Rodríguez Urdaneta

Pionnier de la sculpture dominicaine moderne, Abelardo Rodríguez Urdaneta (1870-1933) est issu de l’atelier de Desangles.

Il ajoute par la suite la photographie, la gravure, la musique, le dessin et la peinture à ses compétences.

Il réalise de nombreux bustes à connotation politique.

Jaime Colson et l’école moderne

Dans le domaine de la peinture dominicaine, le grand fondateur de l’école moderne est sans doute Jaime Colson (1901-1975).

Il a déployé dans son œuvre une grande variété de styles, influencé par ses nombreux voyages.

Après des études à l’académie de peinture San Fernando à Madrid, il perfectionne son art auprès des maîtres catalans du début du siècle.

Il vit à Paris dans les années 1920, où sa peinture s’inspire du cubisme sous l’influence de Picasso, de Braque et de Léger.

Entre 1934 et 1938, il travaille au Mexique et se rapproche des muralistes, Diego Rivera et Siqueiros.

Influencé par de multiples courants artistiques, il est le peintre de l’universalité.

Équilibre des compositions, intérêt pour les figures humaines et pureté des formes révèlent son tempérament.

Il fonde le Grupo Los Cuatro avec Gausachs, Hernández Ortega et Clara Ledesma.

Celeste Woss y Gil

Dans sa lignée, Celeste Woss y Gil (1891-1985) est connue pour ses nus féminins qui allient le modernisme de Colson au réalisme européen.

Après un long exil, elle revient à Saint-Domingue en 1931 et ouvre une école d’art, l’Academia de Pintura y Dibujo, d’où sortira le peintre Gilberto Hernández Ortega.

Cándido Bidó

En hommage au collectif de Colson, Cándido Bidó constitue le Grupo Los Tres (1963-1965) avec Lepe (Leopoldo Pérez).

Peintre né en 1936 à Bonao, Cándido Bidó quitte l’école et gagne sa vie comme cireur de chaussures.

Admis à l’École des Beaux-Arts de Saint-Domingue, il y devient professeur en 1962.

Exposé dans toute l’Amérique latine (Cuba, Colombie, Panamá), en Espagne (Madrid), en Amérique du Nord (Washington) et au Kenya (Nairobi), il ouvre à Saint-Domingue sa propre école de peinture, désormais transférée à Bonao, sa ville d’origine.

Devenu le Centre culturel Cándido Bidó de Bonao, le lieu est indiqué par de grandes fresques murales à l’entrée.

De l’expressionnisme aux collages, des effets de matière aux explorations de couleur, il définit un style aisément identifiable.

Il met en scène différents aspects de la vie dominicaine à travers le thème de la femme et des enfants, ainsi que des animaux familiers.

Son chromatisme violent, dominante de bleu, de rouge, d’orange et de jaune, ses formes et ses thèmes sont une expression forte de la réalité dominicaine.

Il réalise l’habillage d’un des deux obélisques du Malecón et décède en mars 2011 ; à noter, une galerie continue de représenter ses œuvres (5, calle Docteur Baez, dans le quartier Gazcue de Saint-Domingue).

Darío Suro García Godoy

Peintre, diplomate et critique d’art, Darío Suro García Godoy voit le jour en 1918 à La Vega.

Entre 1943 et 1947, il vit à Mexico où il côtoie Diego Rivera.

Ses œuvres énergiques et expressives sont exposées en Europe et aux États-Unis dans de nombreuses galeries.

Silvano Lora

Le Museo Bellapart, fort d’une collection remontant au XIXe siècle, se présente comme le premier musée privé d’arts plastiques dominicains.

Des artistes aux cheminements variés entretiennent le dynamisme de l’art dominicain.

Le peintre Silvano Lora (1931-2003) pratique le collage et l’assemblage de matières.

Il a longtemps vécu en France et a réalisé une immense fresque de mosaïque à la mémoire de Trujillo, à l’endroit où celui-ci fut assassiné, à la sortie de Santo Domingo, à 5 km en direction de San Cristóbal, ville d’origine du dictateur.

Charlie Simon

À sa suite, Charlie Simon, né en 1962 à Villa Altagracia, d’un métissage dominicano-haïtien, participe très tôt à des manifestations d’arts plastiques.

Il étudie à l’académie d’Altos de Chavón, sous la direction de Felix Polanco.

Il trouve son inspiration dans la culture afro-caribéenne et l’héritage taïno ; les tons de terre et d’ocre qu’il affectionne constituent un univers très personnel qui valorise la symbolique taïno.

Charlie accueille le public dans son atelier de la Casa de los Artistas, à Las Terrenas, au 142 de la Calle Carmen.

Domingo Batista et la photographie

Côté photo, Domingo Batista, né en 1946, entame sa carrière de photographe au sein du groupe Jueves 68.

L’artiste, qui se définit comme un poète photographe, ambitionne de témoigner des changements climatiques et traite d’harmonie de la nature.

Co-auteur des livres El Color del camino et Color dominicano, il participe aussi à des réalisations audiovisuelles.

Son œuvre a été récompensée par de nombreuses distinctions, dont le premier prix décerné par American Photo Magazine pour son Pêcheur dominicain.

Walkind Rodriguez et les pratiques hybrides

Représentatif de l’essor de l’art dominicain à l’étranger, Walkind Rodriguez, né en 1978 à Saint-Domingue, s’intéresse très jeune au dessin.

Il participe en 2003 à la Biennale Nationale des arts visuels de sa ville natale puis expose à la galerie Lyle O’Reitzel.

Désormais, ses performances associent céramique, photographie, musique et danse.

L’artiste incarne toute la diversité de la culture afro-caribéenne.

Informations pratiques pour découvrir l’art local

Tout d’abord, le mois d’août est arrivé avec d’incroyables journées chaudes et ensoleillées.

Profitez-en judicieusement, restez hydraté, et n’oubliez pas de sortir et de profiter des nombreuses offres que notre ville vous réserve.

Tous les samedis : Marché artisanal de Sosua au Park las Flores, Sosua.

Si vous le souhaitez, vous pouvez également aider les organisations qui font ce méga travail, soit économiquement, soit en apportant simplement une main de peinture chaleureuse.

Visite de la ville de Puerto Plata - République dominicaine - Mont Isabel de Torres - Galerie de ...

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