Amzat Boukari-Yabara est docteur en histoire et géopolitique de l’Afrique à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, en France, et chercheur indépendant.
De père béninois et de mère martiniquaise, Amzat Boukari-Yabara est docteur en histoire et civilisations de l'Afrique (Ecole des Hautes études en Sciences sociales), et diplômé en sciences sociales et en études latino-américaines (Institut des hautes études de l’Amérique latine), à Paris.
L’historien français Amzat Boukari-Yabara, spécialiste du continent africain ainsi que du Brésil, fouille et expose la dimension internationale des demandes de réparations liées à l’esclavage et à la période coloniale.
Pourquoi la République dominicaine s’inscrit dans cette réflexion
La République dominicaine appartient à cet espace caribéen où se croisent l’histoire africaine, la diaspora, l’esclavage, les héritages coloniaux et les rapports de pouvoir internationaux.
Haïti est l’exemple parfait pour la diaspora, qui est considérée comme la Sixième région de l’Union Africaine mais, qui ne bénéficie pas de projet d’intégration réel.
Haïti est un pion essentiel, qui peut permettre un rayonnement panafricain et pan-caraïbéen dans toute la diaspora, tout en opposant une réponse à la politique de francophonie, car le panafricanisme a été historiquement défait en raison de l’alignement des Africains francophones sur Paris.
Dans cette perspective caribéenne, la République dominicaine ne peut être dissociée de l’histoire de l’île d’Hispaniola, de ses circulations humaines et de la présence africaine dans les sociétés des Caraïbes.
Le panafricanisme, ce n’est pas un messianisme.
C’est cette réconciliation, Isis qui reconstitue le corps d’Osiris, qui fait la particularité du panafricanisme, cette réconciliation de tous les Africains, du continent et de la diaspora, dans un même ensemble qui n’est pas exclusif mais post-tribal.
C’est à dire qu’il ne ferme pas la porte à ceux qui ne sont pas africains et il ne détruit pas les identités locales.
Le panafricanisme n’est pas fermé aux non-africains tant que ces derniers respectent et se plient aux intérêts africains.

Amzat Boukari-Yabara, l’histoire et la géopolitique de la diaspora
Spécialiste de l’histoire politique et culturelle du panafricanisme, il est l’auteur, entre autres, de Africa Unite!
Les choses se doivent d’être clarifiées : Les panafricanistes gagneront la bataille des idées.
L’Afrique gagnera la bataille des idées.
Dans cette bataille des idées qui concernent le continent africain, les avancées sont contrariées par un ordre interne et international hostile.
C’est le principe d’une dynamique avec des paradoxes et des contradictions.
Et ces contradictions, il faut être en mesure de les structurer en produisant un savoir qui soit lié à l’action.
C’est le grand défi de la praxis, c’est-à-dire, comment lier la théorie et la pratique.
Et ce n’est que sur le terrain que s’exprime cette connexion entre la théorie et la pratique.
Cette approche permet de comprendre la République dominicaine non comme un espace isolé, mais comme une société caribéenne prise dans une histoire plus vaste, reliant l’Afrique, les Amériques et la diaspora.
La mémoire de l’esclavage et les demandes de réparations
AMZAT BOUKARI-YABARA : Pour moi, la France est le pire des élèves - en tout cas celui qui a donné en premier le pire exemple - car c’est elle qui a imposé une dette à un pays qui s’est libéré.
Je fais référence à Haïti.
Cette dette imposée à Haïti au moment de son indépendance en 1804 est l’enjeu moral, éthique et primordial des réparations concernant la France.
En échange de la reconnaissance de son indépendance, arrachée à l’issue d’une guerre, Haïti a été contraint en 1825 de verser à la France 150 millions de francs pour dédommager les anciens esclavagistes.
| Élément historique | Donnée |
|---|---|
| Indépendance d’Haïti | 1804 |
| Dette imposée à Haïti | 1825 |
| Montant versé à la France | 150 millions de francs |
Ce type de pratiques vicieuses, qui consiste à reprendre d’une main ce qu’on a donné de l'autre, a été répété dans le cadre des politiques néocoloniales ; on vous donne l'indépendance et, en échange, on garde le contrôle de vos ressources.
C’est une posture qui est dans l’ADN de la France.
La question des réparations dépasse donc la seule reconnaissance symbolique des crimes historiques.
La question des réparations, c’est redonner à toutes les personnes « invisibilisées » par leur origine étrangère ou leur statut social, leur part d’existence, de dignité, de reconnaissance et leur part de mémoire.
Dans les populations dites afro-descendantes, il y a beaucoup de traumatismes et les réparations permettraient de faire ce deuil.
Les différences entre les modèles de réparation
Les États-Unis, c’est autre chose, c’est un cas particulier.
Pourquoi ?
Car avant même l’abolition de l’esclavage, les Noirs libres s’étaient vus donner un territoire de retour en Afrique : le Liberia.
S’y ajoutent, au moment de l’abolition, de vagues compensations matérielles qui n’effacent toutefois pas des siècles d’exploitation.
En parallèle, il y a une tradition américaine de batailles juridiques qui fait que la question des réparations va cibler des entreprises.
Celles dont le capital s’est fondé sur l’esclavage sont fortement incitées à payer pour leur image.
On va voir la mise en place de systèmes de bourses et de politiques de discrimination positive.
Ceci peut être assimilé à des formes de réparations, au nom de la reconnaissance des inégalités sociales et structurelles.
C’est d’ailleurs un parallèle intéressant à faire entre la France et les États-Unis, car comme la France est une République, elle ne reconnaît pas les différences, les couleurs : tout le monde est au même niveau alors que, dans les faits, ce n’est pas le cas, certains groupes ont une histoire structurellement infériorisée par rapport à la moyenne.
À un moment, on a estimé qu’il y avait vraiment un déséquilibre par rapport aux femmes, donc la parité s’est imposée pour l’égalité et la justice.
Mais sur la question ethnique, le débat est toujours d’actualité et il est plus compliqué qu’aux Etats-Unis car il y a peu de statistiques ethniques, et on ne peut pas les utiliser, sauf pour certaines politiques publiques qui vont cibler spécifiquement un groupe de personnes.
Dans la liste des mauvais élèves, je rajouterais le Brésil.
Premièrement, l’abolition de l’esclavage y a été très tardive, en 1888.
Ensuite, il n’y a pas eu de politique de réparation et d’intégration des populations africaines.
Au contraire, il y a eu, comme dans l’ensemble de l’Amérique Latine, une politique d’immigration japonaise, française, européenne, pour faire disparaître ces populations.
Le Brésil occupe une place importante dans la réflexion d’Amzat Boukari-Yabara en raison de son histoire africaine, de la traite et de la construction des sociétés afro-descendantes.
Ce dernier a eu un système de traite directe avec le continent africain, sans passer par le Portugal, ce qui appelle à penser la question des réparations autrement, et de manière plus locale.
La République dominicaine dans l’espace afro-caribéen
La République dominicaine partage avec les autres sociétés caribéennes une histoire marquée par la traite, l’esclavage, la colonisation et les transformations démographiques qui en ont résulté.
La réflexion sur la diaspora ne se limite donc pas aux territoires considérés comme africains ou aux pays où la population africaine est majoritaire.
Aujourd’hui, il faut repenser cette dynamique de l’interconnexion entre les forces de la diaspora et les forces du continent, et repenser également la notion de micro-centres de pouvoir pour faire en sorte que derrière chaque Africain sur terre, il y ait un pouvoir.
Par conséquent, il faut arriver à créer cette connexion et à utiliser deux, trois pôles particulièrement symboliques.
Haïti constitue un point d’ancrage essentiel dans cette géographie politique et culturelle.
Le rapprochement entre Haïti, la République dominicaine, les autres sociétés caribéennes et le continent africain permet de réfléchir à la manière dont la mémoire africaine est transmise, organisée et politiquement mobilisée.
Le panafricanisme est une obligation.
C’est une nécessité.
Lorsque Nkrumah disait que l’Afrique doit s’unir.
C’était une évidence.
L’Afrique doit s’unir ou périr tout simplement.
L’enjeu n’est pas le gain, l’enjeu, c’est la survie.
La survie de l’Afrique, la survie des Africains en tant qu’êtres humains dotés de dignité et de force, capables d’aimer et de produire.
Une connexion entre continent et diaspora
Il est important de mettre en place, notamment, une préférence diasporique, de favoriser le retour des fils et des filles de la diaspora sur le continent africain pour faire en sorte que l’Afrique puisse bénéficier de toutes les cartes possibles.
Le deuxième cas, c’est celui de Malcolm X avec l’Organisation de l’unité afro-américaine qu’il a créée en 1964, dans le but de rassembler tous les Noirs vivant en dehors du continent africain et de faire la jonction Afrique-Diaspora.
Malcolm X n’a pas été assassiné en raison de son départ de Nation of Islam ou de ses propos sur le président John F. Kennedy, mais parce qu’il a commencé à parler de Patrice Lumumba et du Congo, et de rassembler, comme Garvey, les Africains du monde entier dans une même organisation.
La première, c’est Marcus Garvey qui a fait passer des nuits blanches à Edgar Hoover, directeur du FBI.
Marcus Garvey, parce que l’UNIA (l’Universal Negro Improvement Association) était une internationale noire, avait compris que le pouvoir réside dans la décentralisation et dans la diversification des lieux de pouvoir.
C’est-à-dire que lorsque vous mettez le pouvoir dans un lieu précis, il est facile de le dégommer.
Lorsque le pouvoir est dans la capitale ou le palais présidentiel, il suffit de bombarder le palais présidentiel et vous avez le pouvoir.
Même si l’UNIA a ensuite été scindée en plusieurs chapelles avec l’accord tacite du FBI, entre autres.
Aujourd’hui, il faut repenser cette dynamique de l’interconnexion entre les forces de la diaspora et les forces du continent, et repenser également la notion de micro-centres de pouvoir pour faire en sorte que derrière chaque Africain sur terre, il y ait un pouvoir.
De la même manière qu’aujourd’hui, derrière chaque Chinois sur terre, il y a un pouvoir.
Ainsi, si à travers le monde on nuit volontairement à ressortissant Chinois, la Chine réagira en conséquence.
Sur la décennie qui vient, il y a un travail très important à faire auprès de la jeunesse, auprès également des plus âgés parce que des générations vont partir et des relais restent à transmettre.
Il faut sensibiliser, il faut motiver davantage les Africains et les Africaines.
Cette organisation n’est la seule, à militer pour l’avènement des Etats-Unis d’Afrique, il y en a beaucoup sur le continent africain et dans la diaspora.
Toutes les semaines, des courriers de ces diverses associations, de personnes qui sont isolées s’échangent.
"Le Mythe des diasporas africaines" • FRANCE 24
Décentraliser le pouvoir et renforcer les liens
Lorsque le pouvoir est dans la capitale ou le palais présidentiel, il suffit de bombarder le palais présidentiel et vous avez le pouvoir.
Prenons l’exemple de Kadhafi.
Le pouvoir en Libye résidait sur Kadhafi.
Lorsque Kadhafi était à Benghazi, le pouvoir était à Benghazi.
Quand il était à Tripoli, le pouvoir était à Tripoli.
Quand il était à Syrte, le pouvoir était à Syrte.
C’est à la fois toute l’ambition et l’imperfection de sa « troisième théorie universelle » de ne pas avoir compris qu’est universel ce qui est partout présent simultanément, et est mondial ce qui se déplace partout mais successivement.
Pour reposer sur le peuple sous la forme d’une démocratie directe, le pouvoir ne doit pas s’inscrire dans la succession sous peine de développer un autoritarisme mais dans la simultanéité des forces.
Ce qu’il fallait mettre en place dans ce fameux Etat des masses, cette fameuse Jamahiriya, c’était des micro-centres de pouvoir faisant que le pouvoir ne se résume pas à l’exercice du plus fort ou du plus nombreux.
De telle sorte que chaque tribu soit réellement, politiquement associée au pouvoir.
Prenons le cas de l’Union Africaine (UA).
L’UA est centralisée sur Addis-Abeba, capitale d’un pays dont les frontières sont fermées à de nombreux ressortissants Africains.
Outre le fait qu’elle soit financée par des bailleurs de fonds étrangers et que son siège ait été construit par les Chinois, il est important de décentraliser et décoloniser cette institution, pour la rendre à tous les Africains.
Il faut sortir de cette notion du pouvoir centralisé et l’UNIA a montré comment on crée des structures décentralisées, comment on ouvre des sections.
La question concerne également les sociétés caribéennes, notamment lorsqu’il s’agit d’imaginer des réseaux de coopération dépassant les capitales, les frontières administratives et les institutions héritées de la colonisation.
Réhabiliter l’histoire africaine et caribéenne
Il ne faut pas simplement se contenter de produire du savoir.
Pour parvenir à tout cela, il est important de réhabiliter l’histoire africaine, de réhabiliter les combats qui ont été menés par nos pères et nos mères.
Il faut donc produire du savoir, de la science.
Il est également important d’adapter les parcours des personnes comme Amilcar Cabral, Patrice Lumumba, Kwame Nkrumah, Um Nyobe, Julius Nyerere, Malcolm X ou Walter Rodney à l’actualité de manière à inspirer.
Les expériences panafricaines doivent être enseignées dans le cursus scolaire et universitaire africain d’histoire, de sciences politiques, de droit et de relations internationales.
Pour parvenir à tout cela, il faut également s’engager politiquement, apprendre à structurer des réseaux, aider la jeunesse à s’organiser.
Cela prend du temps, mais c’est une obligation.
La question de la République dominicaine peut ainsi être abordée par l’histoire de la diaspora, l’enseignement des héritages africains et l’étude des liens entre les sociétés caribéennes.
Dans cette perspective, la mémoire n’est pas seulement une conservation du passé.
Elle devient un outil d’organisation sociale, de reconnaissance et de dignité.
Réparations, reconnaissance et démocratie
Je pense que lorsqu’on vit dans un pays, que l’on soit Français ou pas, on fait partie de la vie de ce pays et de son peuple.
La question des réparations, c’est redonner à toutes les personnes « invisibilisées » par leur origine étrangère ou leur statut social, leur part d’existence, de dignité, de reconnaissance et leur part de mémoire.
Ce travail, démocratique, rejoint celui sur l'enseignement de l’histoire de France.
On ne peut pas enseigner l’histoire d'un pays qui est la deuxième puissance maritime mondiale comme si c'était juste un hexagone.
Il y a aussi des questions de valeurs, surtout pour un pays qui se dit pays des droits de l’homme et qui n’est pas capable d'institutionnaliser le principe de réparer.
Cela pose des questions car le principe des réparations dit qu’une fois que l’on sait ce que l’on a réparé, on en comprend la juste valeur et on ne le brisera plus.
Dans ce processus, il y a également le fait de faire des excuses.
Or, nous avons une classe politique qui utilise le terme de « repentance » comme si l’on attendait la confession d’un pêché, alors que les populations concernées s’attendent à recevoir des réparations concrètes, et aussi de vraies excuses.
C’est d’ailleurs l’impasse de la « loi Taubira » [loi de 2001 reconnaissant la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité, NDLR] : elle est attaquée pour promouvoir la repentance, alors qu’elle n’aborde pas les réparations.
Certes, elle place la France comme le premier pays qui reconnaît l’esclavage comme un crime contre l’humanité, mais elle n’impose rien de contraignant.
Selon moi, il s’agit bien d’une problématique d'institutionnalisation des réparations.
Aux États-Unis, en Angleterre, des centres de recherches travaillent sur ces axes-là depuis longtemps.
Les réparations comme processus de mémoire
Enfin, un autre élément qui explique que tout cela est réellement un processus qui prend du temps est qu’une politique de réparation permet d'achever le deuil.
Dans les populations dites afro-descendantes, il y a beaucoup de traumatismes et les réparations permettraient de faire ce deuil.
Le cas du Bénin montre également les tensions entre mémoire, restitution, politique publique et développement.
Je pense que le Bénin est un pays où il y a une tradition de conciliation, de dialogue, de paix et la question de la réparation va de pair avec cela.
Des royaumes y existent encore et il existe un ancrage très fort de cultes et de traditions.
Tout cela appelle nécessairement à un retour [des œuvres pillées] et même à une continuité de la mémoire historique.
Pour moi, le Bénin est un modèle dans la manière de chercher à faire de l’histoire un outil de fierté nationale, avec parfois des contradictions.
Notamment autour du rôle important de la société civile, des agendas de politique interne, des récupérations, des intérêts qui vont au-delà de la seule réparation de la mémoire.
Il y a des intérêts pécuniers et économiques indéniables qui sont liés aux enjeux du tourisme pour le pays, dont on a intérêt à vendre une belle image.
Prenez l’exemple des musées qui se construisent dans le pays pour la restitution des œuvres d’art : c’est symbolique pour beaucoup de gens, ça les touche, et ils seront contents devoir un patrimoine culturel pillé revenir chez eux.
Mais pour dire les choses très clairement, la construction de musées fait partie aussi d’un projet de tourisme économique pour des intérêts publics et privés franco-béninois.
Et la vraie question qui en découle, c’est ce qu’il y aura autour de ces constructions : quelle politique éducative, quelle mise en valeur de ces œuvres, et surtout quel financement ?
Pour moi, ce sont des enjeux de démocratie, tout simplement.
Les enjeux politiques et économiques du panafricanisme
Au-delà, de la question de ce rapport de force interne, l’un des défis les plus importants, pour l’Afrique et les Africains, est celui du développement.
La question économique est cruciale parce que l’Afrique aujourd’hui finance le monde entier.
C’est en Afrique que l’on vient chercher les ressources les plus importantes et il est important de réorienter cette relation de l’Afrique au Monde.
Il ne faut pas simplement se contenter de produire du savoir.
L’Afrique doit s’unir ou périr tout simplement.
L’enjeu n’est pas le gain, l’enjeu, c’est la survie.
La survie de l’Afrique, la survie des Africains en tant qu’êtres humains dotés de dignité et de force, capables d’aimer et de produire.
Aux Etats-Unis, au Brésil, en Inde, même en France, la condition africaine est de plus en plus stigmatisée, de plus en plus marginalisée, et de moins en moins protégée.
La vocation de l’Afrique, contrairement, au reste du monde, n’est pas d’exporter la destruction et la terreur dans le monde entier, mais de protéger ses filles et ses fils, et surtout d’être garant d’une certaine mesure vis-à-vis du comportement de l’humanité.
Malheureusement le continent africain est un miroir de ce déclin de l’humanité.
Figures historiques et transmission politique
Et pour aller dans cette direction, il faut s’appuyer sur deux figures, qui sont celles qui ont le plus terrorisé l’establishment blanc au 20ème siècle.
La première, c’est Marcus Garvey qui a fait passer des nuits blanches à Edgar Hoover, directeur du FBI.
Le deuxième cas, c’est celui de Malcolm X avec l’Organisation de l’unité afro-américaine qu’il a créée en 1964, dans le but de rassembler tous les Noirs vivant en dehors du continent africain et de faire la jonction Afrique-Diaspora.
Il est également important d’adapter les parcours des personnes comme Amilcar Cabral, Patrice Lumumba, Kwame Nkrumah, Um Nyobe, Julius Nyerere, Malcolm X ou Walter Rodney à l’actualité de manière à inspirer.
Dans cette transmission, Amilcar Cabral occupe une place particulière.
Dans cette perspective, les Africains peuvent et même se doivent de revenir à des méthodologies comme celles de Cabral.
Amilcar Cabral analysait les structures sociales de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert et, à partir du fonctionnement social des populations, construisait un modèle politique.
Ce qui faisait que le social s’imbriquait naturellement dans la dimension politique.
Cette méthode invite à partir des réalités sociales concrètes, y compris dans les sociétés caribéennes, plutôt que d’imposer des modèles politiques abstraits.
Il faut sensibiliser, il faut motiver davantage les Africains et les Africaines.
Sur la décennie qui vient, il y a un travail très important à faire auprès de la jeunesse, auprès également des plus âgés parce que des générations vont partir et des relais restent à transmettre.
Il faut également s’engager politiquement, apprendre à structurer des réseaux, aider la jeunesse à s’organiser.

Une vision post-tribale de l’unité
Le panafricanisme, ce n’est pas un messianisme.
C’est cette réconciliation, Isis qui reconstitue le corps d’Osiris, qui fait la particularité du panafricanisme, cette réconciliation de tous les Africains, du continent et de la diaspora, dans un même ensemble qui n’est pas exclusif mais post-tribal.
C’est à dire qu’il ne ferme pas la porte à ceux qui ne sont pas africains et il ne détruit pas les identités locales.
Le panafricanisme n’est pas fermé aux non-africains tant que ces derniers respectent et se plient aux intérêts africains.
Cette conception permet d’envisager la République dominicaine comme un espace de dialogue entre plusieurs héritages, plusieurs identités et plusieurs mémoires.
Elle refuse à la fois l’effacement des identités locales et l’isolement des communautés africaines ou afro-descendantes.
La réconciliation ne signifie donc pas la disparition des différences.
Elle signifie la possibilité de les inscrire dans un ensemble politique, culturel et historique plus large.
Le rôle de la recherche et de l’action
Les expériences panafricaines doivent être enseignées dans le cursus scolaire et universitaire africain d’histoire, de sciences politiques, de droit et de relations internationales.
Cela passe par une capacité à déléguer la légitimité, l’autorité et la crédibilité du pouvoir à ceux que l’on rejette trop régulièrement, et parmi eux, notamment une grande majorité d’africains pauvres.
Or, dans l’expérience des pauvres, ceux que l’on appelle les « pauvres décents », ceux qui ont une dignité mais qui sont pauvres et se battent, il y a énormément de choses à apprendre et à comprendre.
Les choses se doivent d’être clarifiées : Les panafricanistes gagneront la bataille des idées.
L’Afrique gagnera la bataille des idées.
Mais la production intellectuelle doit rester liée à l’action.
Et ces contradictions, il faut être en mesure de les structurer en produisant un savoir qui soit lié à l’action.
C’est le grand défi de la praxis, c’est-à-dire, comment lier la théorie et la pratique.
Et ce n’est que sur le terrain que s’exprime cette connexion entre la théorie et la pratique.
La République dominicaine, comme les autres sociétés de la Caraïbe, peut ainsi être intégrée à une réflexion plus large sur la circulation des idées panafricaines, la reconnaissance des populations afro-descendantes et la construction d’une mémoire partagée.
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