Quels sont les touristes les moins appréciés en Europe ?

Les clichés sur les touristes sont tenaces. Les personnes venant de France sont râleuses, celles d'Allemagne obsédées par les règles et celles du Japon discrètes. Mais que pense concrètement la population locale des visiteurs étrangers ?

L’Europe demeure, année après année, l’une des destinations favorites pour les voyageurs du monde entier, qu’ils viennent d’un pays voisin ou de contrées plus lointaines pour explorer les trésors de notre continent. Mais cette attractivité n’est pas sans conséquences : dans certaines zones, le tourisme de masse, voire le surtourisme, entraîne une saturation qui rend les visiteurs de moins en moins bienvenus.

Alors que le tourisme de masse suscite des mouvements de protestation partout en Europe et que de nouvelles lois visent à réprimer les abus pour préserver la tranquillité des habitantes et habitants, le comportement des vacanciers est de plus en plus scruté.

Pour identifier les nationalités les plus - et les moins - appréciées, le Daily Telegraph a interrogé des simples résidents mais aussi des dizaines de professionnels du tourisme - hôteliers, guides, agents de voyages - basés dans quatre pays particulièrement touchés par le surtourisme, à savoir, la France, l'Espagne, la Grèce et l'Italie.

Ces récits non exhaustifs, mêlant expériences de terrain et observations personnelles, offrent une cartographie vivante mais forcément subjective de la réputation des touristes aux quatre coins de l'Europe, en fonction de leur nationalité.

Les résultats ne démontent pas certains clichés. Ils montrent surtout que l’image d’un touriste varie fortement selon la destination, le contexte et le comportement observé.

Les touristes britanniques, polis mais parfois bruyants

Parmi les touristes qui divisent le plus, les Britanniques occupent une place de choix. Selon les professionnels interrogés par The Telegraph, ils sont régulièrement salués pour leur courtoisie et leur raffinement.

En France, si certains hôteliers louent leur "élégance et politesse", mais aussi leur "générosité", d'autres soulignent des comportements peu appréciés, comme le refus de parler une autre langue que l'anglais.

Les professionnels interrogés déplorent le fait qu'ils "ne parlent et ne communiquent que dans leur langue" : un reproche que leur font tout particulièrement des hôteliers du Nord de la France.

En particulier dans le nord de la France, leur refus d’adopter une autre langue que l’anglais est parfois mal perçu.

"Un Anglais qui dit 'bonjour' et 'au revoir' pense qu’il a fait tout le nécessaire", dénonce un agent de voyage travaillant dans le Nord de l'Hexagone.

"Ils aiment les jardins, mais ils n'aiment pas Monsieur Macron", s'amuse Bernard Legal, hôte au Château de Chantore en Bretagne.

Plus au sud en Europe, leur image se brouille. En Espagne, leur réputation pâtit de comportements festifs jugés excessifs, notamment lors d’enterrements de vie de célibataire marqués par l’alcool et le tapage nocturne.

En Grèce, des professionnels dénoncent un comportement parfois “animal dans les bars ou les restaurants” de nos voisins d’Outre-Manche.

En Grèce, notamment dans des lieux connus pour leur vie nocturne animée comme Mykonos ou Santorin, les hôteliers déplorent parfois un comportement qualifié d’"animal".

Certains leur reprochent aussi un manque de franchise. A Chania, en Grèce, un hôtelier se souvient d’un couple "toujours souriant" qui n’a exprimé aucun grief durant son séjour, mais a publié une critique acerbe après coup sur TripAdvisor.

En Italie, leur passion pour l’art et l’histoire est reconnue et souvent appréciée. Toutefois, quelques incidents isolés, comme celui d’un touriste pris en flagrant délit de vandalisme au Colisée, ternissent cette image globalement favorable.

Les touristes allemands : rigueur appréciée, excès critiqués

Les Allemands, eux, rencontrent un accueil plus contrasté.

En France, malgré quelques stéréotypes hérités de la guerre, ils sont appréciés pour leur rigueur et leur respect des lieux.

"Ils aiment la ponctualité et la rigueur, des qualités que nous apprécions en France", note un professionnel de la région de Bourgogne.

Pointilleux, ponctuels et soucieux du rapport qualité‑prix, la population allemande jouit d’une bonne réputation en France.

"Ils sont discrets et aimables, avec un grand respect du lieu et du travail", souligne Bernard Legal, propriétaire et responsable du Château de Chantore au Mont-Saint-Michel. "En général, ce sont mes hôtes préférés".

En revanche, en Espagne, la perception n'est pas aussi favorable.

Les touristes allemands, de leur côté, sont généralement reconnus pour leur ponctualité et leur sérieux, mais ils sont aussi accusés de condescendance envers les locaux, notamment dans les clubs des côtes espagnoles où certains les jugent peu élégants.

Un hôtelier majorquin souligne que "les Allemands boivent presque autant que les Britanniques", ce qui leur attire des critiques, surtout dans les stations balnéaires.

En Espagne et en Grèce, l’image est plus contrastée. Leur réserve linguistique et leurs excès festifs, parfois comparables à ceux des Britanniques, leur valent quelques critiques.

Leur tendance à voyager avec un budget serré n’est pas toujours bien vue non plus.

Dans les villes espagnoles, ils sont salués pour leur politesse et leur intérêt pour la culture. Mais aux Baléares, le ton est plus amer.

"On a besoin des Allemands, mais on n’est pas toujours ravis de les voir débarquer. Ils ne font aucun effort pour parler espagnol et boivent presque autant que les Anglais", déplore un hôtelier de Majorque.

Néanmoins, en Italie, leur passion pour la culture italienne et leur enthousiasme pour l'histoire locale les placent en bonne position auprès des guides touristiques.

Les Français, sophistiqués mais parfois distants

Les Français ne sont pas non plus à l’abri des commentaires acerbes de leurs voisins européens, même si ces derniers se montrent souvent moins critiques que ce que certains clichés nous collant à la peau pouvaient laisser croire.

Parmi les adjectifs les plus récurrents revenant pour nous qualifier, les Français seraient avant tout "sophistiqués", "bien habillés", "élégants" et "cultivés".

Quant aux Français, ils seraient "sophistiqués", "toujours très bien habillés et élégants", cultivés...

Nous sommes perçus comme étant fascinants par les professionnels du tourisme en Europe, mais nous avons des "difficultés à se mêler aux autres touristes".

L'image des Français, elle, oscille entre sophistication et froideur.

Un Britannique prénommé Marc admet auprès de The Telegraph : "Les Français sont toujours impeccablement habillés, et ils semblent avoir une approche plus sérieuse de la vie. Mais parfois, ils peuvent paraître un peu distants."

En revanche, une Néerlandaise prénommée Linda estime que "les Français sont élégants et aiment la culture, ce qui les rend fascinants à observer, même s'ils ne se mêlent pas autant que d'autres".

Les Français en voyage seraient aussi particulièrement "distants", "froids", et auraient beaucoup de "difficultés à se mêler aux autres".

Les Français sont "sophistiqués et fascinants"Les touristes des pays latins, à commencer par les Italiens, sont perçus comme étant des voyageurs chaleureux, avec une grande passion pour la nourriture, pour l’art, et sont décrits comme "très démonstratifs".

Pour nos voisins italiens, connus pour leur passion pour la nourriture, les manières françaises à table sont parfois mal perçues.

"Les Français sont simplement… Français", résume ainsi un restaurant italien.

Des touristes français râleurs, mais attachants

Les touristes de l'hexagone sont souvent perçus comme des personnes râleuses, un trait de personnalité vu à la fois comme une source d’irritation… mais aussi d'un certain charme.

Leur propension à critiquer et à se plaindre est en effet considérée comme une caractéristique culturelle très marquée.

"Les Français se plaignent de tout, nous, les Crétois, on est décontractés, alors on trouve ça bizarre", confie un hôtelier grec au Daily Telegraph.

Avant de nuancer: "Remarquez, on les préfère aux Allemands, parce qu’au moins, ils sourient et disent bonjour à tout le monde".

Même en France, cette réputation n’étonne pas vraiment : les touristes hexagonaux y sont eux-mêmes connus pour leur sens critique aigu, en particulier sur la qualité du service.

À l’étranger, cette exigence peut déstabiliser, mais elle est aussi perçue comme un attachement à la qualité et au détail.

Derrière l’image du client difficile se cache pourtant un vacancier souvent raffiné, notamment lorsqu’il s’agit de gastronomie ou de vin.

Un goût largement salué par leurs hôtes espagnols ou italiens.

"Beaucoup les trouvent instruits et polis, mais presque autant les jugent arrogants et pointilleux", note l’un des experts interrogés.

En France, la démocratisation des voyages est loin d’être acquise : 40% des Français ne partent pas en vacances.

Ce taux a peu évolué au cours des trente dernières années d'après l'Insee.

Les Italiens, les touristes les plus spontanés et conviviaux

Les touristes des pays latins, à commencer par les Italiens, sont perçus comme étant des voyageurs chaleureux, avec une grande passion pour la nourriture, pour l’art, et sont décrits comme "très démonstratifs".

Les Italiens sont souvent vus comme des personnes passionnées et très expressives, un trait qui peut déstabiliser les autres Européens.

De leurs côtés, les touristes italiens charment les Français avec leur "spontanéité poétique" et leur intérêt pour l’art, le vin et l’histoire.

Leur gestuelle expressive est un trait culturel apprécié. Ils sont également réputés pour avoir le contact facile avec les résidents.

"Les Italiens parlent tout le temps avec leurs mains et boivent beaucoup de café - ils sont comme les Grecs, mais sous amphétamines", confie un coiffeur grec au Daily Telegraph.

En Espagne, les Italiennes et Italiens font presque figure de modèles. Rarement critiqués, ils sont même souvent perçus comme des cousins culturels.

Leurs quelques défauts relèvent davantage de la convivialité un peu bruyante que d’un véritable manque de respect.

Cette expressivité est plutôt interprétée comme un trait latin partagé que comme une nuisance.

Les Américains, généreux et facilement émerveillés

Concernant les voyageurs qui viennent de plus loin, hors d'Europe, il y a les Américains, décrits comme généreux, avec “une grande capacité d’émerveillement”.

Les touristes américains séduisent quant à eux souvent par leur enthousiasme communicatif et leur capacité à s'émerveiller facilement.

"Même après deux heures, ils restent enthousiastes et avides d'en savoir plus. Ils apprécient les explications très détaillées", explique une employée du Musée national de Préhistoire de Dordogne au Daily Telegraph.

Le verbatim est attribué au musée national de la préhistoire en Dordogne.

Leur énergie positive séduit aussi en France et en Grèce. Ils sont également connus pour la générosité de leurs pourboires.

Mais certains professionnels du tourisme espagnols et italiens regrettent leur manque de connaissance historique et parfois leur exigence excessive dans l’hôtellerie haut de gamme.

Bien que leur comportement suscite parfois des remarques sur leur incapacité à comprendre les subtilités culturelles, leur enthousiasme est souvent loué.

Mais le manque de respect pour les coutumes locales, comme l'absence de compréhension des horaires de repas en France, ainsi que leur "insensibilité" aux autres, est un problème récurrent.

Les Américains sont salués pour leur générosité et leur grande capacité d’émerveillement, mais ils sont aussi brocardés pour leur "insensibilité" aux gens qui les entourent, et leur faible intérêt pour les coutumes locales.

Les touristes chinois, entre discrétion, dépenses et comportements envahissants

En outre, l'attitude des Chinois en Europe est également un sujet de débat.

Alors que certains les apprécient pour leur discrétion et leur potentiel économique, d'autres, notamment en Grèce, se plaignent de comportements envahissants.

Fortement ciblés par l’industrie touristique, les touristes Chinois sont convoités pour leur capacité de dépense mais critiqués pour certains comportements perçus comme impolis, envahissants et sans gêne.

Ils ont également la réputation de privilégier les restaurants chinois à la culture culinaire locale.

En Grèce, où ils sont parfois synonymes de "colonisation commerciale", les avis sont contrastés : certains commerçants les adorent, d’autres craignent la perte d’authenticité.

"Ils encombrent les rues et prennent des selfies depuis les toits de nos maisons", se plaint un habitant de Santorin.

Un habitant de Santorin raconte : "Ils prennent des selfies depuis les toits de nos maisons".

En Italie, malgré l'argent qu'ils dépensent à Milan, leur comportement de groupe et utilisation de selfie-sticks provoquent une rupture culturelle.

Toutefois, un guide italien reconnaît leur respect pour les hiérarchies et leur propension à dépenser dans les boutiques de luxe.

Une consommation extrême qui ne plaît pas partout.

Avec 196,5 milliards de dollars dépensés en 2023, les touristes chinois sont les voyageurs les plus dépensiers au monde, devant les Américains.

Les touristes espagnols et les autres réputations nationales

D’autres stéréotypes ont également la vie dure : les Espagnols, par exemple, sont fréquemment pointés du doigt pour leur volume sonore jugé excessif.

Les personnes venant de France sont râleuses, celles d'Allemagne obsédées par les règles et celles du Japon discrètes.

Ces formules résument des impressions générales, mais elles ne permettent pas de juger chaque voyageur individuellement.

Les touristes suisses, dépensiers mais discrets

Le Daily Telegraph ne s’est pas penché sur la perception des touristes suisses à l’étranger.

Pourtant, leur profil ne passe pas inaperçu.

Grâce à leur pouvoir d’achat élevé, les Suisses et Suissesses figurent parmi les voyageurs les plus dépensiers en vacances, n’hésitant pas à mettre le prix pour leur confort.

En 2024, les touristes suisses ont dépensé près de 19 milliards de francs à l'étranger, soit une augmentation de 7,8% par rapport à l'année précédente.

Réputés pour leur discrétion, ils peuvent aussi être perçus comme distants ou peu spontanés dans certaines cultures plus démonstratives.

Le cliché du touriste suisse bien organisé, prudent, voire un brin obsessionnel avec les assurances, persiste dans certains forums de voyage.

Mais la Suisse n’est pas toujours exemplaire en matière de comportement touristique.

En juillet 2023, une Suissesse de 17 ans a été arrêtée à Rome, après avoir été surprise en train de graver ses initiales sur un mur du Colisée.

Un geste qui avait suscité l’indignation, notamment parce qu’il survenait quelques semaines après un fait similaire impliquant un touriste britannique.

Quels touristes sont véritablement les moins bien perçus ?

Avec des manifestations contre le tourisme de masse et une législation de plus en plus stricte, les habitants de certaines régions prisées de Grèce, d'Espagne ou de France commencent à exprimer clairement leurs préférences.

Lorsque certains touristes ne prennent même plus la peine de respecter les règles de base de savoir-vivre, l’agacement monte chez les professionnels du secteur.

Les touristes britanniques, par exemple, divisent les opinions.

Les Britanniques sont perçus de manière globalement positive par les professionnels du tourisme français, qui saluent leur élégance, leur politesse et leur discrétion.

Leur attitude respectueuse et leur retenue en font des visiteurs appréciés dans l'Hexagone.

En revanche, dans certaines stations balnéaires espagnoles et grecques, les groupes britanniques sont critiqués pour l’alcool, le bruit et des comportements festifs jugés excessifs.

La perception des touristes allemands dépend également de la destination : leur ponctualité et leur respect des lieux sont appréciés en France, tandis que leurs excès festifs et leur réserve linguistique suscitent davantage de critiques dans certaines zones d’Espagne et de Grèce.

Les touristes chinois sont appréciés pour leur discrétion et leur potentiel économique, mais critiqués lorsque leurs pratiques de groupe, leurs selfies ou leur consommation ne respectent pas les lieux et les différences culturelles.

Les Américains sont généralement bien accueillis pour leur générosité et leur enthousiasme, même si leur méconnaissance des coutumes locales et leur insensibilité supposée aux personnes qui les entourent peuvent agacer.

Les Français sont considérés comme sophistiqués, élégants, cultivés et raffinés, mais leur distance, leur tendance à se plaindre et leur exigence peuvent leur donner l’image de touristes arrogants ou pointilleux.

Les Italiens apparaissent parmi les voyageurs les plus spontanés et conviviaux : leur expressivité et leur passion pour la culture sont largement appréciées, même si leur animation peut parfois être bruyante.

Une réputation qui dépend surtout du lieu et du comportement

À noter toutefois que les perceptions dépendent aussi fortement des pays visités.

Dans certains lieux très fréquentés, comme Venise, Barcelone ou Paris par exemple, la lassitude face au tourisme de masse brouille les jugements individuels.

À l’inverse, dans des régions moins exposées, l’enthousiasme envers les visiteurs peut lisser les différences culturelles.

Les professionnels du secteur interrogés soulignent aussi un changement dans les attentes : les voyageurs qui prennent le temps d’apprendre quelques mots de la langue locale, qui respectent les traditions et qui adoptent un comportement écoresponsable sont mieux accueillis, quelle que soit leur nationalité.

Les nationalités les moins appréciées ne forment donc pas un classement définitif. Les critiques portent avant tout sur des attitudes précises : parler uniquement sa langue, ignorer les coutumes locales, faire du bruit, consommer de l’alcool de manière excessive, dégrader les lieux ou se montrer indifférent aux habitants.

Carte du surtourisme en Europe

Voyager de manière responsable

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