Saint-Domingue en République dominicaine : histoire, patrimoine et métropole caraïbe

Santo Domingo, souvent dénommée Saint-Domingue en français, est la plus ancienne fondation urbaine des Européens en Amérique. Sa destinée est étroitement liée à celle de la colonie espagnole de Santo Domingo, puis de la République Dominicaine à partir de 1844.

Posée sur la mer des Caraïbes, Saint-Domingue est la plus grande ville du pays, avec 3 millions d’habitants. La population métropolitaine est estimée entre 3,5 et 4 millions d’habitants. Capitale politique, administrative et économique, elle concentre une grande partie de la population et des forces vives de la République dominicaine.

Image satellite de Saint-Domingue et littoral caraïbe

Une capitale au cœur d’Hispaniola

La ville de Santo Domingo est la capitale et la principale agglomération de la République dominicaine qui partage au coeur de la Caraïbe avec la République d’Haïti la grande île d’Hispaniol, aussi appelée Saint-Domingue ou Haïti.

Cette image de la métropole de Santo-Domingo a été prise par le satellite Sentinel-2A le 10 octobre 2019. L’image satellite de cette agglomération bordant la mer des Caraïbes surprend par l’extension du bâti et l’importance des infrastructures, notamment l’aéroport et les ports, dans un cadre néanmoins très vert.

Sur l’image satellite, l’agglomération de Santo Domingo s’étend sur 60 kilomètres d’Est en Ouest le long de la côte caraïbe. La coupure de l’embouchure du fleuve Ozama est bien marquée au centre. Ici se situe le site originel de la ville coloniale, fondée en 1496 peu après la « Découverte » et la Conquête de l’île par Christophe Colomb.

À l’ouest, une indentation du littoral correspond à l’embouchure d’un autre fleuve, moins important, le río Haina. Entre ces deux repères situés à l’Ouest et à l’Est, l’agglomération « s’étale » littéralement en bordure du littoral sans rencontrer de véritable obstacle.

Une morphologie urbaine favorable à l’expansion

Le fleuve Ozama, qui constitue une coupure nette dans ce tissu urbain assez lâche dans l’ensemble, est franchi par plusieurs ponts modernes. Le fleuve est traversé par quatre ponts et un pont mobile sur pontons. Le plus important est le pont Duarte au centre, dédoublé en deux voies rapides.

En dehors de cette vallée orientée Nord-Sud, la morphologie plane facilite la circulation. En effet, l’agglomération occupe une série de terrasses calcaires en escalier, peu élevées et aisément constructibles.

La partie orientale de l’agglomération, où les terrasses sont moins élevées, subit une subsidence notable. On rappellera aussi les graves risques naturels présents dans cette région du monde : le risque sismique élevé en premier lieu et les risques liés aux événements climatiques extrêmes, notamment les cyclones.

La ville s’est étendue au nord et à l’ouest selon un plan en damier hérité de la tradition hispanique et conforté par l’urbanisation moderne, sous influence nord-américaine. Les quartiers résidentiels des classes moyennes et aisées se situent plutôt en bord de mer et les quartiers populaires au nord.

Le front d’urbanisation progresse en direction de l’aéroport le long de l’autoroute des Amériques vers l’Est et aussi vers le Nord-Est. L’extension rapide de la métropole accompagne ainsi la croissance démographique et immobilière, mais elle pose également des problèmes de circulation, de gestion des espaces et de coexistence entre habitat, industrie et infrastructures.

Une ville issue de la conquête espagnole

Saint-Domingue a été la première ville coloniale fondée en Amérique par les conquistadors. Après la découverte en 1492 par Christophe Colomb d’Hispaniola, nom originel de l’île associant la République Dominicaine et Haïti, la ville est conçue six ans plus tard selon un strict plan en damier.

Ce code urbain moderne s’appuie sur une architecture largement inspirée de l’Espagne des 15ème et 16ème siècles. L’ensemble confère à la zona colonial une harmonie sans égal, révélée par une restauration engagée depuis de longues années.

La « ville coloniale », qui fut le berceau de l’Empire espagnol d’Amérique, forme un petit quadrilatère de 106 hectares à l’embouchure du fleuve, face à la rade.

De l’enceinte qui protégeait la ville demeurent des portions de murailles, quelques fortins et des portes monumentales. Une tour défensive domine toujours le port : la Torre del Homenaje.

Les siècles suivants voient la domination espagnole contestée. De 1586 jusqu’au milieu du 17ème siècle, des corsaires puis la flotte anglaise attaquent l’île, causant de sérieux dommages à la cité. À la fin du 18ème siècle, le traité de Bâle attribue une partie d’Hispaniola à la France. L’île sera ensuite occupée par Haïti avant de repasser sous tutelle espagnole et d’être à nouveau envahie par les troupes haïtiennes. L’indépendance survient finalement en 1844.

La capitale a été occupée à deux reprises par les troupes des États-Unis, en 1916-1924 puis en 1965-1966.

La zona colonial et les premiers monuments du Nouveau Monde

Santo Domingo possède une vieille ville restaurée avec soin dans laquelle le charme des bâtiments de l’époque coloniale a été conservé. La ville mérite d’être visitée en détail avec ses nombreuses places et ses témoignages de l’époque coloniale.

C’est là que la première université, la première cathédrale, la Catedral Basilica de Santa María, et le premier hôpital de la région furent construits. Dans la vieille ville se trouvent le Parque Colon, avec une statue en bronze de Christophe Colomb, ainsi que le Palacio de Borgella.

Le centre colonial magnifiquement restauré est inscrit depuis 1990 au Patrimoine mondial de l’UNESCO.

La rue El Conde, première artère commerciale du Nouveau Monde, est bordée d’innombrables boutiques et restaurants. Dans la zona colonial, les visiteurs trouvent des souvenirs d’artisanat local, notamment des sacs en cuir, des chemises en lin, des bijoux et des céramiques.

Le port historique était de dimension relativement restreinte, mais il a été modernisé et peut maintenant recevoir des bateaux de marchandises et des navires de croisière de grande taille. Une barre, renforcée par une jetée, protège l’entrée du port.

Rue El Conde dans la zone coloniale

Les principaux espaces verts et équipements urbains

Saint-Domingue ne manque pas d’espaces verts, lieux de respiration dans une ville très dense. À l’orée du centre historique, le Parque Independencia est un espace de détente et de recueillement.

L’atmosphère est plus paisible au Parque Iberoamérica, autour du Conservatoire national de musique. Ombragé et chlorophyllé, il est même doté d’un gymnase en plein air.

Dans un quartier situé sur la rive gauche de l’Ozama se trouve l’étonnant Parque de los Tres Ojos et ses grottes souterraines. Un escalier y conduit, dévalant autour de petits lagons bleutés entre rochers et végétation touffue.

Au Nord-Ouest, le vaste Jardin Botanique, appelé Botánico, couvre 235 hectares. C’est le plus grand des Caraïbes, sur plus de 2 km². Il rassemble des arbres endémiques, des arbustes, des fleurs, dont 300 espèces d’orchidées, ainsi que de nombreux oiseaux. Le poumon vert de la ville est ouvert de 9h à 17h.

Au centre de l’image se trouve le « Parc Olympique », avec des pavillons sportifs et une piscine de 50 mètres. Plus au sud, la Cité Universitaire, ou Ciudad Universitaria, regroupe de nombreux bâtiments correspondant aux diverses facultés.

Le long couloir de verdure vers l’ouest correspond au parc Mirador del Sur, aménagé en bordure d’une terrasse de 40 mètres au-dessus du niveau marin. Aux abords de ce parc se situent des hôtels de grand luxe et des « tours » d’habitation de prestige.

Le Faro a Colón et la mémoire de Christophe Colomb

Hommage à Christophe Colomb, le phare de Colomb se dresse rive gauche de l’Ozama, au bout de l’avenida Mirador del Este.

En forme de croix, ce gigantesque monument d’allure « soviétique » a été inauguré en 1992 pour le 500ème anniversaire de la découverte de l’Amérique.

Un terrain dégagé au centre de l’image est aménagé d’une manière remarquable : une croix surplombant un bâtiment de béton de grande extension, prolongé par un parc paysager, signale le Faro a Colón, monument construit en hommage à Christophe Colomb par le président J. Balaguer à la fin du 20ème siècle.

Une capitale politique, industrielle et commerciale

Saint-Domingue est un centre politique et administratif qui abrite tous les services de l’État. En Amérique latine et dans les Caraïbes, en dehors de quelques exceptions comme le Brésil et la Colombie, les capitales concentrent une grande partie de la population et des forces vives des pays.

Cette forme de concentration est due à des héritages historiques qui ont été renforcés par des facteurs de métropolisation à l’époque contemporaine : concentration des élites et des capitaux, des services et des contacts privilégiés avec l’étranger.

Ce trait majeur est bien illustré par le cas de la République Dominicaine, où Santo Domingo a renforcé son pouvoir de domination sur les provinces et les villes secondaires.

Parmi les fonctions de Santo Domingo, la fonction industrielle occupe une place importante. Elle comprend les industries de base, comme l’acier, le ciment et la raffinerie de pétrole, ainsi que les industries légères, comme les produits alimentaires, la minoterie, le café et les pâtes.

Il convient aussi de signaler l’importance de l’artisanat, notamment la bijouterie et le cuir, du commerce et des services, parmi lesquels les réseaux de distribution d’eau et d’électricité, le commerce de détail et les centres commerciaux modernes.

Pour le shopping, les visiteurs peuvent se rendre dans l’un des nombreux centres commerciaux qui jalonnent la ville.

Le Centro de los Héroes

En bordure de la mer des Caraïbes, le Centro de los Héroes, appelé populairement La Feria, regroupe des bâtiments officiels, notamment la Chambre des Députés, le Sénat et diverses administrations.

L’ensemble suit un plan élaboré en 1955, à l’époque du président R. L. Le quartier illustre la fonction politique et administrative de la capitale ainsi que la concentration des institutions nationales dans l’agglomération.

Les ports de Santo-Domingue et de sa métropole

Irriguée par deux fleuves, l’Ozama et le río Haina, Saint-Domingue est aussi un port de commerce. Aux terminaux de Haina, à l’ouest, s’ajoutent ceux de Caucedo, à l’est, près de l’aéroport Las Américas.

Le port de Haina

La vallée du fleuve río Haina, orientée Nord-Sud, sert de limite aux quartiers de la périphérie Ouest de Santo Domingo, qui occupent les dernières terrasses et quelques versants au-dessus du fleuve.

Le port de Haina, à l’embouchure du fleuve, accueille des navires ayant un tirant d’eau allant jusqu’à 12 mètres. Des zones industrielles récemment agrandies, notamment dans la chimie et la métallurgie, se situent de part et d’autre de cette infrastructure majeure.

Un habitat dense est accolé à ce pôle industriel, ce qui n’est pas sans inconvénients.

Le port de Caucedo

À l’Est, la métropole gagne des zones côtières demeurées nettement périphériques jusqu’à une date récente. Au centre de l’image, la pointe de Caucedo, ou Punta Caucedo, s’avance nettement vers le Sud.

Elle a la forme d’une plate-forme dissymétrique, en forme de dent. Sur le flanc Est de la Pointe, le nouveau port « multimodal » accueille des porte-conteneurs de grand gabarit jusqu’à 16 mètres de tirant d’eau à l’abri d’une longue jetée.

Ce port aspire à devenir l’un des plus importants de la région caraïbe.

L’aéroport international Las Américas

Sur la bordure Ouest de la Pointe de Caucedo, l’aéroport international porte le nom « Las Américas », en référence au caractère pionnier de la fondation coloniale.

Il a été créé à partir des années 1950, à l’époque de la dictature de R. L. Trujillo. Sa très longue piste permet d’accueillir les gros porteurs pour le fret.

L’aérogare a été agrandie et modernisée à plusieurs reprises et peut recevoir un trafic annuel de plusieurs millions de passagers.

San Cristóbal, une ville satellite

San Cristóbal, agglomération d’environ 300 000 habitants, est typiquement une ville satellite : beaucoup de ses habitants effectuent des migrations pendulaires dans l’agglomération.

La ville s’étend de part et d’autre du cours du río San Cristóbal, mais en retrait du lit du fleuve afin d’être protégée des crues qui peuvent atteindre des cotes très élevées. Le centre-ville est situé sur la rive droite.

Au Sud-Est, on discerne de nombreuses carrières édentant les collines de calcaire. Elles fournissent les matériaux de construction dont s’alimente le boom de l’immobilier dans la capitale.

La pointe de Caucedo, Boca Chica et les transformations du littoral

La couleur bleu turquoise correspond au Parc naturel marin de La Caleta et contraste avec le bleu profond qui annonce de grandes profondeurs sous-marines.

Dans la baie d’Andrés-Boca Chica, on distingue facilement le vaste lagon en arrière du récif corallien, passablement abîmé, ainsi que le Club nautique, emblème de l’aristocratie dominicaine.

La qualité de l’eau de baignade de ces plages est suspecte et fait l’objet de nombreuses critiques.

Plus à l’est, de toutes petites criques et plages se situent à deux pas de l’autoroute qui longe la mer des Caraïbes. En arrière, les massifs de bosquets et les savanes commencent à être découpés pour préparer de nouvelles urbanisations.

Il n’y a pas de véritable plage à Saint-Domingue. Ceux qui viennent en voiture de location et tiennent à se baigner s’arrêteront à Boca Chica, un peu avant l’aéroport.

Baie de Boca Chica et récif corallien

Culture, tourisme et vie urbaine

En raison du charme historique de la cité et de la présence d’équipements touristiques importants, notamment des hôtels de classe internationale, Santo Domingo accueille des conférences internationales ou de grands événements sportifs et culturels.

La ville reçoit notamment des tournois de base-ball et des shows d’artistes américains.

Le base-ball est le sport roi du pays, davantage que le football. La Dominican Winter Baseball Season se déroule de fin octobre à mi-janvier.

À Saint-Domingue, les matchs ont lieu au stade Quisqueya Juan Marichal. C’est l’enceinte hôte des équipes des Tigres del Licey et des Leones del Escogido.

Dans une bijouterie, les visiteurs peuvent se procurer une pierre larimar, gemme bleu pâle typique de la République dominicaine.

Distances et accès depuis les principales zones touristiques

Rares sont les touristes à séjourner à Saint-Domingue. Dès lors, il existe deux façons d’aller dans la capitale : avec l’excursion proposée depuis un hôtel de La Romana ou de Las Terrenas, ou avec une location de voiture.

Point de départDistanceDurée indiquée
Las Terrenas155 km2h40 de route
Punta Cana195 km2h30 de route
La Romana120 km2h de route

Saint-Domingue se trouve à 2h40 de route de Las Terrenas, 155 km, à 2h30 de Punta Cana, 195 km, et à 2h de La Romana, 120 km, par autoroute et route au départ de Las Terrenas.

À condition de partir tôt le matin, l’aller-retour dans la journée laisse le temps de visiter le centre historique.

Les touristes en véhicule de location se rendront au Jardin Botanique en 20 minutes depuis la zona colonial. Pour les autres, le taxi constitue une solution pratique.

Les activités à découvrir dans la capitale

  • Visiter la zona colonial et ses places historiques.
  • Découvrir la Catedral Basilica de Santa María.
  • Parcourir la rue El Conde et ses boutiques.
  • Observer les murailles, les fortins et la Torre del Homenaje.
  • Explorer le Parque Colon et le Palacio de Borgella.
  • Se promener au Parque Independencia et au Parque Iberoamérica.
  • Découvrir les grottes et les lagons du Parque de los Tres Ojos.
  • Visiter le Jardin Botanique et ses collections végétales.
  • Admirer le Faro a Colón.
  • Assister à un match au stade Quisqueya Juan Marichal.
  • Choisir des souvenirs d’artisanat local, notamment des bijoux, des objets en cuir et des céramiques.
  • Se rendre à Boca Chica pour se baigner à proximité de la capitale.

Une métropole caraïbe en pleine recomposition

Pendant longtemps, l’attention s’est portée sur deux îles-clés des Caraïbes sur le plan stratégique : Cuba, en raison du choix de l’option communiste choisie par le gouvernement révolutionnaire de Fidel Castro à l’époque de la Guerre froide, portée comme un défi aux États-Unis, et Porto Rico, une île appartenant aux États-Unis et servant de bastion avancé aux forces américaines.

À l’inverse, la République Dominicaine, plus dynamique sur le plan économique, a conquis une place remarquable au centre de l’espace caraïbe.

La capitale combine aujourd’hui les héritages de la géohistoire caraïbe, les fonctions administratives d’un centre national, les activités industrielles et portuaires, les infrastructures aéroportuaires, les services métropolitains et une offre touristique fondée sur un patrimoine colonial exceptionnel.

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