Marie occupe une place singulière dans le dialogue entre foi catholique et islam, où elle est respectée et souvent invoquée, bien que la compréhension de son intercession diffère profondément entre ces traditions.
La dévotion mariale ne se limite pas aux sanctuaires fréquentés par les chrétiens. Tout autour de la Méditerranée, des musulmans se rendent dans des lieux consacrés à la Vierge, y déposent leurs intentions, demandent une guérison ou viennent simplement chercher une protection et une consolation. Cette pratique, privée et non prescrite par la liturgie musulmane, s’observe notamment au Maghreb, au Liban, en Turquie, en Égypte, en Palestine, au Pakistan et dans plusieurs pays d’Afrique.
La présence des musulmans dans les sanctuaires marials
« Elles viennent de faire leur prière ». « Elles », c’était un petit groupe de musulmanes, identifiables à leur longue robe flottante et au hidjab qui leur enserrait la tête. Tapis roulé sous le bras, elles sortaient de la chapelle du monastère où, un moment plus tard, les chrétiens allaient assister à la messe.
La scène se passait un 8 septembre au début des années 1990, en la fête de la Nativité de la Sainte Vierge, dans la cour du monastère Notre-Dame (de rite grec-catholique) de Ras-Baalbek, bourgade mi-chrétienne mi-chiite accrochée aux flancs arides de l’Anti-Liban, ce massif qui sépare la Syrie du pays des cèdres.
« Ne vous étonnez pas ! Les musulmans d’alentour, les femmes surtout, viennent souvent ici. Elles étendent leur tapis devant l’icône de la Vierge, récitent la Fatiha (la très courte sourate qui ouvre le coran), font leur prière rituelle, confient leurs intentions à Marie, puis allument un cierge avant de partir ».
C’est ainsi que je découvris que notre Mère du ciel avait aussi une place dans le cœur de beaucoup de musulmans.
Partout au Liban, où la dévotion mariale est très vive, il me fut aisé d’observer la piété des musulmans envers la Mère du Christ. Il me suffira de mentionner le « succès » de Notre-Dame du Liban, le sanctuaire le plus connu du pays.

En haut de son promontoire de Harissa, dominant la baie de Jounieh, la Saïdé (« Notre-Dame ») ouvre ses bras à tous. La présence de disciples de Mahomet pendant le mois de mai, mois de Marie, particulièrement frappante, donne à réfléchir.
En Algérie, à Alger, la basilique Notre Dame d’Afrique n’a pas été islamisée au moment de la récente poussée islamiste, elle est restée un lieu de pèlerinage.
À Notre-Dame d’Afrique, à Alger, le chapelain de la basilique est le témoin de bien des requêtes déposées auprès de Mariam.
À Notre-Dame de la Garde, à Marseille, des musulmans, imitant les Marseillais de souche, viennent se mettre sous la protection de la Bonne Mère.
Jérusalem n’est pas oubliée : les pèlerins visitent volontiers le tombeau de la Vierge lorsqu’ils se rendent dans la cité, troisième lieu saint de l’islam.
Le tombeau de la Vierge à Jérusalem
La Vierge Marie, mère du Christ, occupe une place importante dans la religion musulmane. Elle est considérée comme l’exemple le plus élevé des vertus de chasteté et de pureté dans la culture islamique et une sourate entière du Coran porte son nom.
L’église du tombeau de la Vierge est située dans le Wadi Qadrum, au pied du versant occidental du mont des Oliviers, sur la route principale entre Jérusalem et al-‘Ayzariyya, Jérusalem.
L’historien al-Hanbali mentionne que sa tombe se trouvait dans une église connue pour être un lieu de pèlerinage aussi bien pour les chrétiens que pour les musulmans.
Il note que le calife Omar Ibn al-Khattab, visitant Jérusalem après la conquête de 638, pénétra dans l’église et y pria deux rak'ats.
Le site était à l’origine une caverne naturelle au-dessus de laquelle fut érigée une église byzantine à la fin du VIe siècle.
L’église comptait deux niveaux et portait le nom de Marie, mère du Christ. Avec le temps, l’édifice se détériora et l’on en reconstruisit un autre.
Les Croisés la reconstruisirent sous sa forme actuelle à leur arrivée à Jérusalem.
L’entrée de l’église est précédée par une cour ouverte de plan carré. Le niveau de son sol est inférieur de 5 m à celui de la place, à laquelle il est relié par un escalier partant du porche.
L’entrée possède une grande porte rectangulaire sous un arc brisé gothique datant de la période des Croisés. Elle conduit à un long et large escalier voûté de 47 marches en marbre.
L’église est couverte d’une série de voûtes d’arêtes reposant sur des arcs. À l’extrémité du chœur se trouve le tombeau de la Vierge qui est l’ancienne grotte creusée dans le roc, mais agrandie en maçonnerie.
Le tombeau est situé à 12 m en contrebas de l’entrée du sanctuaire. La tombe elle-même est un bloc de rocher au centre de la partie orientale. Elle ressemble au tombeau de Jésus dans l’église du Saint-Sépulcre.
À droite de la tombe se trouve un important mihrab dépourvu de décor, couronné par une coupole.

Le bâtiment actuel, de style gothique, date de l’époque des Croisés. Il ne reste pas grand chose des éléments architecturaux des églises antérieures.
Le site est également sacré pour les musulmans et l’église contient de nombreux mihrab, niches qui indiquent la direction de La Mecque.
Notre-Dame d’Afrique à Alger
En Algérie, à Alger, la basilique Notre Dame d’Afrique constitue l’un des lieux marials les plus significatifs du Maghreb. Elle n’a pas été islamisée au moment de la récente poussée islamiste, elle est restée un lieu de pèlerinage.
À Notre-Dame d’Afrique, le chapelain de la basilique est le témoin de bien des requêtes déposées auprès de Mariam.
Cette permanence du pèlerinage montre que la basilique peut être perçue comme un espace de prière et de demande, même lorsque les visiteurs musulmans ne partagent pas la foi chrétienne en la divinité du Christ ou la doctrine catholique de l’intercession.
Marie dans le Coran
Quoi qu’il en soit, même lorsqu’ils désapprouvent les pèlerinages dans les centres marials, les musulmans sont invités par l’islam à honorer la Vierge Marie.
« Un musulman qui a tant soit peu médité le mystère de la Vierge n’évoque jamais son nom sans être ému », écrivait feu Si Hamza Boubakeur, ancien recteur de la Grande Mosquée de Paris, dans l’introduction à la sourate 19 de sa traduction du coran en français.
La sourate 19 est la plus importante concernant Marie.
Le coran, parole authentique de Dieu pour les musulmans, confère en effet à la Mère de Jésus un statut unique, exorbitant du droit commun féminin, pourrait-on dire, eu égard à la condition de la femme en Islam qui, elle aussi, relève de prescriptions coraniques, donc réputées « divines ».
Marie est magnifiée dans le coran. Elle l’est dans la forme et dans le fond.
Son nom y est cité 34 fois (« plus souvent que dans les évangiles », soulignent avec fierté bien des musulmans à l’intention de leurs amis chrétiens) dont 18 fois pour sa personne en tant que telle, les 16 autres mentions étant accolées au nom de Jésus (« Jésus, fils de Marie »).
Celui-ci n’est jamais désigné par son nom seul, isolé de celui de sa mère, pour bien signifier qu’il n’est qu’un homme et non pas Dieu et homme.
De plus, étant donné que le coran affirme la conception miraculeuse de Jésus, œuvre directe de Dieu excluant une paternité charnelle, il devait recourir à la matronymie, contrairement aux usages orientaux qui identifient toujours les fils ou les filles par rapport à leur père.
Signalons au passage que le charpentier Joseph, époux légal de Marie, n’apparaît nullement dans le coran.
À part Marie, aucune des femmes évoquées dans le livre sacré de l’islam n’est désignée par son nom. Elles sont toutes appelées « femme de… ».
La première femme, Ève, n’est pas nommée ; sa création n’est qu’allusive, elle n’est pas détaillée comme dans la Genèse.
Ni Fatima, fille du prophète de l’islam et épouse d’Ali, père du chiisme, ni Asiya, épouse de Pharaon et protectrice de Moïse, toutes deux considérées, à l’instar de Khadija et de Marie, comme des « signes de Dieu » (aya), ne bénéficient d’une aura équivalente à celle de la Sainte Vierge.
Plus étonnante encore, la distorsion entre Marie, la mère de Jésus, et Amina, la mère de Mahomet.
De rang supérieur à celui de Jésus aux yeux de l’islam, compte tenu de sa qualité de « sceau des prophètes » et de sa présence dans la chahada, Mahomet n’a pas eu le privilège de naître d’une mère « préservée » et valorisée : Amina est absente du coran.
La Marie vénérée par les musulmans
Marie se trouve dans treize sourates sur cent quatorze, quatre « reçues » à La Mecque, neuf « reçues » à Médine.
La Vierge a même l’honneur de voir son nom donné à une sourate, la dix-neuvième, appelée « Mariam », tandis qu’une autre, la troisième, a pour titre sa parenté, « La famille d’Imrân ».
Précisément, qui est la Marie du coran ? Celui-ci présente sa mère comme la femme d’Imrân, sans citer son nom, bien sûr.
Il n’est pas non plus question de Joachim. Fille d’Imrân, Marie serait dès lors la sœur de Moïse et d’Aaron, la Bible leur donnant une sœur nommée Marie, puisque ceux-ci avaient Imrân pour père.
Les juifs du coran qui accusent Marie d’inconduite lorsque celle-ci revient chez les siens avec son nouveau-né, Jésus, l’apostrophent d’ailleurs ainsi : « Ils dirent : Ô Marie ! Tu as fait quelque chose de monstrueux ! Ô sœur d’Aaron ! Ton père n’était pas un homme mauvais et ta mère n’était pas une prostituée ».
Jésus serait donc le neveu d’Aaron.
Quoi qu’il en soit, il s’agit bien ici de Marie, mère de Jésus, puisque c’est cet enfant qui est considéré comme illégitime.
Comment s’y retrouver ? L’absence dans le coran d’une généalogie de Marie et de son Fils clairement établie ne facilite pas la tâche.
Dans l’incertitude, il convient de s’en remettre aux explications de commentateurs musulmans autorisés.
Boubakeur s’élève avec force contre une « prétendue confusion ». Se référant à une interprétation ancienne, il indique que les parents directs de Marie s’appelaient Joachim et Anne.
Pour lui, il y a lieu de comprendre les mots « père », « mère », « fille », « sœur », selon la conception du langage sémitique, à savoir « parenté » au sens large, tribu, ascendance, voire spirituel.
Cette hypothèse est retenue par l’islamologue Maurice Borrmans qui la rapproche de l’exégèse catholique pour l’expression « les frères de Jésus » dans les évangiles canoniques.
La Marie que les musulmans vénèrent - et c’est l’essentiel - semble donc bien être « notre » Marie, la vierge de Nazareth, mère de Jésus le Galiléen.
Celui que nous croyons être le Fils de Dieu venu nous sauver, mais en qui eux ne reconnaissent qu’un prophète et que le coran nous reproche d’associer au Dieu Un qui l’aurait engendré comme fils.
Une dévotion mariale surtout privée
Cette dévotion à Marie se rencontre dans toutes les confessions qui composent l’Oumma musulmane : sunnisme, chiisme, druzisme, alaouitisme.
De la part de certains d’entre eux, notamment les sunnites, qui représentent 90 % des musulmans, cela a de quoi surprendre, tellement leur islam est iconoclaste et ignore l’intercession.
En islam, l’homme est seul devant le Dieu créateur et juge.
Malgré son heureuse propension actuelle, cette pratique n’est pas générale ; elle n’est ni prescrite ni liturgique, relevant seulement de l’initiative privée.
Le Coran enseigne parfois qu’il y a la possibilité d’une intercession, mais il ne précise pas qui peut intercéder.
Certains versets du Coran préviennent qu’au jugement dernier, plus personne ne pourra intercéder auprès de Allah qui sera seul patron.
Et l’on imagine mal des sujets du Royaume d’Arabie Séoudite ou des militants des Frères musulmans d’Égypte, et encore moins des djihadistes, formulant quelque invocation devant une icône de la Vierge Marie.
Les musulmans les plus rigoristes, y compris en France, critiquent assez « l’idolâtrie » que constitue, selon eux, la présence de figurations humaines dans nos églises.
Il n’empêche que cette « permission » cultuelle implicite a le mérite d’exister.
Pourquoi des musulmans se rendent-ils auprès de Marie ?
Ne serait-ce point la raison pour laquelle la piété mariale islamique est plus féminine que masculine ?
Pour plus d’une musulmane, on s’en doute, la valorisation coranique de Marie peut être source de consolation ou peut servir d’exutoire à des frustrations répétées.
Dans les sanctuaires, les visiteurs peuvent déposer leurs intentions, demander une guérison, confier leur famille ou rechercher la paix intérieure.
Toujours est-il qu’il est bien question ici d’une expression de la confiance populaire musulmane en l’intercession de Marie.
Cette prière musulmane est une bénédiction pour la paix, ce qui pourrait s’enraciner - quoique de manière indirecte avec la sourate de Marie, où le fils de Marie est décrit comme un être non violent sur lequel repose la paix.
Les pèlerinages marials au Maghreb et en Méditerranée
Le Liban n’a cependant pas le monopole de cette ferveur.
Tout autour de la Méditerranée, les lieux de pèlerinage marials reçoivent l’hommage de musulmans.
À Notre-Dame d’Afrique, à Alger, le chapelain de la basilique est le témoin de bien des requêtes déposées auprès de Mariam.
À Notre-Dame de la Garde, à Marseille, des musulmans, imitant les Marseillais de souche, viennent se mettre sous la protection de la Bonne Mère.
Jérusalem n’est pas oubliée : les pèlerins visitent volontiers le tombeau de la Vierge lorsqu’ils se rendent dans la cité, troisième lieu saint de l’islam.
Un même élan conduit de nombreux Turcs à Meryem Ana Evi, la « Maison de Marie Mère », située près d’Éphèse, où, selon une antique tradition, la Sainte Vierge aurait passé les dernières années de sa vie terrestre.
« Au moins la moitié des visiteurs du sanctuaire sont des musulmans », constatait l’archevêque de Smyrne, Mgr Guiseppe Bernardini, en 1998, lors de ma première visite en ce lieu.
Il ajoutait : « Musulmans et chrétiens y prient côte à côte, sans problème, et la Vierge les écoute tous, sans tenir compte de leur religion. Les nombreux ex-voto offerts par des musulmans qui reviennent là pour remercier Marie des grâces reçues le prouvent ».
Des guérisons et des vœux exaucés
Parmi ces dons célestes, aux côtés de guérisons miraculeuses et autres vœux exaucés, il faut signaler des grâces de conversion, parfois suivies du baptême.
Le Frère mariste Albert Pfleger en rapporte quelques-unes dans un petit recueil de fioretti.
Nasser, jeune musulman, parachutiste de l'armée jordanienne à Amman, fait lors d'un saut une chute qui lui déplace une vertèbre et l'oblige à garder le lit.
On ne peut le guérir.
Il est fiancé à une jeune musulmane, élève chez les Sœurs du Rosaire. Grande est la tristesse des fiancés.
On envoie Nasser à Londres où, après une piqûre malheureuse, il se trouve paralysé à vie.
Il revient à l'hôpital militaire d'Amman.
Or, une amie de la fiancée, Sœur L. du Rosaire, en visite mue par le Saint Esprit, donne à Nasser une Médaille Miraculeuse.
Il la baise et la porte.
Une troisième fois, la voix lui dit : « Je suis la Mère de Jésus, en son Nom, je te guéris, lève-toi. »
Et en même temps, il sent deux mains vigoureuses qui le mettent debout.
Il est guéri.
Exultant de joie, vraiment guéri, il réveille tout l'hôpital.
Le lendemain, il demande un certificat reconnaissant que sa guérison est miraculeuse.
On ne lui fait qu'un certificat comme quoi sa guérison est humainement inexplicable.
Qu’importe, Nasser se fait l’apôtre de Marie et clame partout que « Sittna Mariam », Notre-Dame Marie, l’a guéri.
Il prend part avec sa fiancée à une messe d’action de grâce.
Rien ne s’oppose plus à leur union.
Et Mgr Sinnaan, évêque d’Amman, est informé du fait soumis à son appréciation, ainsi que du désir de Nasser de devenir chrétien.
Sœur L. a confié le paralysé à l’intercession de Marie. C’est la signification de son geste quand elle donne à Nasser une médaille miraculeuse.
Le sanctuaire de Béchouat au Liban
Dans ce pays, en 1985, un antique sanctuaire marial, situé à Béchouat, dans la Bekaa, a retrouvé une grande vitalité grâce à la guérison miraculeuse d’un petit Jordanien musulman venu prier avec sa mère devant la statue de Notre-Dame de Pontmain, offerte à l’église par un jésuite français, le père Joseph Goudard, au début du XXe siècle.
Notre-Dame de Zeitoun au Caire
Et comment ne pas évoquer Notre-Dame de Zeitoun, « l’Olivier », petite église copte située au Caire, où, dans les années 1968-69, la Vierge est apparue à des foules de fidèles, chrétiens et musulmans ?
Touché par la ferveur engendrée par ces événements, le président Nasser offrit un vaste terrain, juste en face de la petite église, pour y édifier une grande basilique.
Notre-Dame de Fatima et la confiance populaire
L’auteur s’y fait aussi l’écho de l’accueil enthousiaste réservé par des musulmans à Notre-Dame de Fatima, venue en pèlerine dans quelques-unes de leurs contrées, notamment au Pakistan, au Mozambique et à Zanzibar, au début des années 1970.
Au Mozambique, en 1948, à Nampula, durant une procession de Notre Dame de Fatima, une délégation musulmane interrompit le cortège.
Son président, Galamussen R., déclara : « La communauté islamique de S. O Notre Dame de Fatima, permets que nous t’offrions cet hommage, bien qu’il soit insignifiant, qui vient directement de nos cœurs pleins de vénération et d’amour vrai. »
Il s’agit là d’un discours qui pourrait être en partie de circonstance, dans le but d’entretenir la convivialité locale.
Il ne faut pas non plus écarter la confusion possible pour les auditeurs musulmans entre « notre Dame de Fatima » et « Fatima, la fille du prophète ».
Toujours est-il qu’il est bien question ici d’une expression de la confiance populaire musulmane en l’intercession de Marie.
Mariamabad : un pèlerinage interreligieux au Pakistan
Dans le sanctuaire de la province du Pendjab, au Pakistan, le pèlerinage jubilaire devient une occasion de charité et de dialogue interreligieux.
Dans la « grotte mariale » du sanctuaire de Mariamabad, dans la province pakistanaise du Pendjab, on célèbre un jubilé très spécial : de nombreux fidèles viennent ici en pèlerinage jubilaire pour vivre avec une foi profonde un moment spirituellement intense de dévotion, de conversion du cœur et de demande de grâces.
Mais parmi eux, il y a aussi de nombreux fidèles musulmans qui viennent confier à Marie, figure très respectée et accueillie dans l'islam, leurs préoccupations familiales et leurs intentions de prière.
« D'autre part, à Mariamabad - affirme le père Jahanzeb Iqbal, prêtre venu de Karachi, ville située au sud du pays - on vénère Notre-Dame de la Miséricorde. Ici, au pied de la statue mariale, inspirée de la grotte et de la Vierge de Lourdes, des fidèles de toutes religions, cultures et ethnies déposent leurs angoisses et leurs espoirs, certains que notre Mère Marie les écoutera ».

Au cœur du Pendjab, dès la fin du XIXe siècle, les missionnaires franciscains ont voulu construire un village consacré à la Vierge Marie.
C'est ainsi qu'en 1898, Mariamabad, « la ville de Marie », a vu le jour pour accueillir les familles catholiques dans un lieu caractérisé par la dévotion mariale, encouragée par les frères capucins qui, dans les années suivantes, ont commencé à construire un lieu de culte.
Comme le rappelle l'Agence Fides, après les premières chapelles, le sanctuaire de Mariamabad a été construit en 1949 par le frère capucin belge Frank Joseph, qui perdra la vie à Mariamabad en 1953.
Aujourd'hui, cette église est un sanctuaire national, l'un des lieux mariaux les plus fréquentés du Pakistan, visité par des fidèles chrétiens et musulmans qui demandent constamment des grâces spéciales à la Vierge.
Dans le village de Mariamabad, les missionnaires ont également voulu construire une grotte inspirée de Notre-Dame de Lourdes.
À cet endroit, situé à 90 kilomètres de Lahore, la capitale du Pendjab, se déroule un impressionnant pèlerinage national à l'occasion de la fête de la Nativité de la Très Sainte Vierge Marie, le 8 septembre, auquel participent des centaines de milliers de personnes venues de tout le Pakistan.
« Ici, en cette année sainte, des milliers de fidèles sont venus et continuent de venir pour retrouver l'espérance », affirme le père Tariq George, recteur du sanctuaire, qui met en œuvre toutes les ressources possibles pour accueillir les pèlerins, dont des milliers campent à la belle étoile ou dans des tentes sur l'esplanade face à l’église.
À l'occasion du Jubilé pour les catholiques, « un message d'amour, de tolérance et d'harmonie rayonne depuis Mariamabad », souligne James Channan, dominicain de Lahore, directeur du « Peace Center » dédié au dialogue islamo-chrétien.
Dans ses interventions lors des rencontres interreligieuses, il cite souvent le sanctuaire marial comme un lieu où se concrétisent la solidarité et la proximité spirituelle entre musulmans et chrétiens.
Cette proximité se reflète également dans la satisfaction des besoins matériels : au sanctuaire, des centaines de bénévoles et de bienfaiteurs s'occupent de nourrir et de loger les pèlerins, qui font de longs voyages, parfois à pied pendant plusieurs jours, pour toucher de leurs propres mains, émus, la statue de la Vierge ou y déposer une fleur.
L'accueil et l'attention portée au prochain se manifestent également dans les centres de soins aménagés pour ceux qui souffrent de déshydratation, d'hypertension ou de blessures aux pieds.
Avec la présence de médecins et d'infirmiers, ces lieux sont indispensables lors de journées spéciales comme la solennité de l'Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie, le 15 août, ou la fête du 8 septembre, lorsque le nombre de pèlerins dépasse les quatre cent mille.
« Le message à l'entrée du sanctuaire dit que toutes les religions enseignent la paix et l'amour », rappelle le père Channan.
Il indique le sens et la signification d'un pèlerinage qui transforme le Jubilé pour les fidèles catholiques du Pakistan en un événement qui prend des aspects et des contours interreligieux.
« Le temps de prière à Mariamabad est un temps de conversion spirituelle personnelle et de guérison intérieure. C'est sans aucun doute l'occasion de demander miséricorde pour soi-même et pour sa famille, mais c'est aussi un temps pour s'adresser à Dieu et à Marie, leur confier notre nation, dans sa composition interreligieuse, prier pour le Pape et pour la paix dans le monde ».
Le Maroc et l’itinéraire du pèlerin
Sa soif d’aventures et de nouvelles découvertes l’ont conduit à risquer sa vie et à endosser le costume et les rituels d’un juif errant pour pouvoir explorer le Maroc interdit aux chrétiens.
Partir de Fès, s’enfoncer dans le Moyen-Atlas et atteindre le Haut-Atlas pour aller à la rencontre de ces communautés monastiques qui ont choisi de partager la vie simple du peuple berbère et de mettre leurs compétences à son service.
Ces communautés sont fidèles à la vocation de discrétion du père de Foucauld dont elles ont adopté l’idéal de présence respectueuse détachée de toute ambition prosélyte.
L’itinéraire prend une dimension initiatique.
De la douceur dorée de Fès, cité impériale débordante de vie dont la médina reste inchangée depuis le XIIe siècle, en chemin vers les terres arides où ciel et terre s’unissent, le pèlerin s’exile de son monde familier.
Une tradition qui dépasse les frontières sociales
Cette piété mariale en islam concerne les « petits » comme les « grands ».
L’actuel roi du Maroc, Mohamed VI, alors qu’il était encore prince héritier, n’est-il pas venu prier à Lourdes en compagnie de ses trois sœurs, le 14 septembre 1971 ?
De même, elle n’est pas nouvelle. Des chroniques anciennes, remontant parfois au Moyen Âge, en témoignent.
Retenons l’histoire de cet émir, Malek El-Adel Seïfeddin, frère du fameux Saladin, évoquée par un prêtre syrien de rite grec-catholique, Mgr Joseph Nasrallah, dans une belle conférence prononcée à Paris.
Prétendant à la main de la sœur de Richard Cœur de Lion, ce prince souffrait d’une étrange maladie olfactive.
« Il tombait en défaillance dès qu’il respirait une rose, et cela précisément dans le pays des roses et le royaume de l’immortelle essence des roses. Ayant vainement essayé tous les remèdes, il alla, lui aussi, faire un pèlerinage à la Vierge de Saïdnaya, en Syrie. Elle le guérit miraculeusement et, revenu à Damas, ce fanatique musulman lui fit hommage d’une rose d’or et d’escarboucles si merveilleusement travaillées par les maîtres-orfèvres damascènes que la rose, par un mystérieux agencement, distillait des parfums d’une telle suavité que tout le désert de Syrie en fut parfumé ».
Pour l’époque contemporaine, on retiendra l’initiative du prince héritier des Émirats Arabes Unis, Mohamed Ben Zayad, qui, en 2017, a fait changer le nom de l’une des plus grandes mosquées de la capitale Abou Dhabi, qui s’appelle désormais « Marie mère de Jésus ».
Des espaces de prière, de paix et de dialogue
La présence de musulmans dans les sanctuaires marials ne signifie pas une identité complète entre la foi islamique et la foi chrétienne.
Les musulmans reconnaissent en Marie une femme choisie, chaste et pure, ainsi que Jésus comme prophète, tandis que les chrétiens confessent en Jésus le Fils de Dieu et comprennent la mission de Marie à la lumière de l’Incarnation.
La compréhension de l’intercession diffère donc profondément entre ces traditions.
Pourtant, dans la pratique populaire, les sanctuaires peuvent devenir des lieux de rencontre où des hommes et des femmes expriment des préoccupations communes : la santé, la famille, la paix, la protection et l’espérance.
Au terme du mois de mai, dédié à la Vierge Marie, Léon XIV, en récitant le rosaire dans les jardins du Vatican, l'a défini comme « un geste de foi par lequel, de manière simple et dévote, nous nous réunissons sous le manteau maternel de Marie ».
Cette année, a ajouté le Souverain pontife, « rappelle certains aspects importants du Jubilé que nous célébrons : la louange, le chemin, l’espérance et, surtout, la foi méditée et manifestée à l’unisson ».
La foi qui, depuis Mariamabad, est annoncée au Pakistan et au monde entier.
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