Le projet de Parc naturel régional du Bocage gâtinais

Coincé aux franges de la Bourgogne, de l’Ile de France et de la Franche-Comté, le bocage gâtinais pâti de sa proximité avec Paris qui en fait une « zone blanche » que l’on traverse d’un coup de volant sans se soucier d’un patrimoine naturel et agricole pourtant attractif pour des Parisiens en mal de verdure.

Vaste plateau, délimité par les vallées de la Seine, de l’Yonne et du Loing, ainsi que de la Cléry au sud, le Bocage Gâtinais apparaît comme un territoire rural bien identifié, formant une entité cohérente, répondant aux critères d’un parc naturel régional : ses richesses patrimoniales sont de qualité bien qu’hétérogènes, et soumises à une forte pression urbaine et agricole, dans le contexte du Bassin parisien.

Situé à la frontière de trois régions : l’Île-de-France, la Bourgogne et le Centre, entouré par la Seine, l’Yonne et le Loing, et traversé par quatre petites rivières (Orvanne, Lunain, Betz et Cléry), le territoire rural s’étend sur 110 000 hectares, compte 77 communes et 55 000 habitants.

Le territoire du projet est également décrit comme un plateau de 150 m qui s’abaisse depuis Paris en allant vers l’Yonne, une zone rurale coupée de vallées profondes où coulent les affluents du Loing, une région de grandes cultures alors dédiée à la polyculture et l’élevage où l’on plante aujourd’hui du blé, de l’orge, du colza, et un peu de betterave.

Carte du projet de PNR Bocage gâtinais

Un territoire rural entre trois régions

Le Bocage Gâtinais, un territoire de frange, se trouve à la confluence de trois régions et de trois départements. Les réponses nécessaires se heurtent cependant au découpage administratif en trois départements et trois régions de ce territoire de frange.

Entre Ile de France, Centre-Val de Loire, et Bourgogne-Franche-Comté, pas facile de convaincre un ensemble aussi diffus qui s’est décentré vers l’est.

Sens, Montereau, Moret, Nemours, Dordives, Courtenay, cela vous parle ? Ce sont pourtant des villes moyennes qui pourraient être les futures portes du PNR « Bocage gâtinais ».

Au cœur de cet ensemble, 78 communes et bourgs de 200 à 2000 habitants ont décidé de s’unir pour un projet de PNR également porté par de nombreuses associations.

Après délibération en 2011 des trois régions - Île-de-France, Centre et Bourgogne - pour la mise à l’étude du projet de PNR sur 78 communes et la réalisation d’une étude d’opportunité en 2012, l’IAU îdF a été missionné pour conduire une étude de faisabilité afin d’obtenir toutes les informations nécessaires à la constitution du dossier d’opportunité soumis à l’avis de l’État.

Un projet porté par les associations et les élus

Fort de ce constat, depuis 2006, un collectif d’élus et d’associations a déposé un projet de PNR qui permettrait de fédérer un tourisme vert et de rejoindre ainsi l’exemple vertueux du Vexin.

Depuis 2003 l’AHVOL œuvre à l’obtention du titre de PNR (parc naturel régional) pour le bocage gâtinais.

L’historique du projet s’inscrit dans un processus entamé en 2000, quand les associations locales Ahvol et Arbre ont décidé de promouvoir l’idée d’un parc naturel régional auprès des élus locaux et de la population.

L’ensemble menacé de perdre sa spécificité à cause de la périurbanisation des villes environnantes et de la région parisienne, l’AHVOL (association pour l’Aménagement Harmonieux des Vallées de l’Orvanne et du Lunain) et l’ARBRE (Association des Riverains du Betz et de la sainte-Rose pour la protection de leur Environnement) ont lancé dès 2003 l’idée de créer un PNR, idée reprise par des élus locaux de soixante-six communes.

Parmi ces associations figure l’Association pour l’aménagement harmonieux des vallées de l’Orvanne et du Lunain, qui milite depuis 1974 pour la préservation du Gâtinais.

À l’origine, nous avons constitué notre association en réaction à des projets d’extension d’un terrain militaire. Avec le temps, nous avons souhaité passer d’une position défensive à une position offensive, et avec l’aide de notre conseil d’administration, nous avons fourni dans les années 2000 une importante documentation sur la région qui a abouti au dépôt du projet de PNR en 2006.

Depuis 1991, l’association de loi 1901 Environnement Bocage Gâtinais (EBG) agit pour la protection de la nature et de l’environnement dans 27 communes du Sud Seine-et-Marne.

Les objectifs d’EBG affilié à France Nature Environnement Seine-et-Marne visent à contribuer, même à un modeste niveau, au sauvetage de la planète et donc à préserver la biodiversité.

EBG peut collaborer avec d’autres associations locales comme SOS Voulx, Vigilance Environnement à La Grande Paroisse, ou des collectifs comme L’Affaire du siècle ICI à Moret-Loing-et-Orvanne (marches pour le climat).

Les principales associations mobilisées

AssociationRôle ou objet
AHVOLAssociation pour l’Aménagement Harmonieux des Vallées de l’Orvanne et du Lunain
ARBREAssociation des Riverains du Betz et de la sainte Rose pour la protection de leur Environnement
ARBGAssociation pour la Réflexion sur la création d’un parc naturel régional du Bocage Gâtinais
EBGProtection de la nature et de l’environnement dans 27 communes du Sud Seine-et-Marne

Les étapes administratives du projet

La création d’un PNR comporte trois étapes : opportunité, faisabilité et établissement d’une Charte.

Ces opérations sont placées sous la direction du ou des Conseils régionaux.

La première phase s’est achevée en 2012 et ses conclusions positives ont été publiées la même année, approuvées par les Conseils régionaux concernés.

Elle affirme que le Bocage gâtinais représente un ensemble cohérent mais fragile, menacé par l’envahissement des villes voisines et l’exploration du sous-sol.

Cette étude de faisabilité approfondit l’analyse du territoire afin d’identifier les spécificités de ses différentes entités géographiques, le situe dans un contexte élargi par comparaison avec les parcs naturels régionaux des trois régions et les espaces ruraux des départements concernés, apporte des éléments sur les vallées adjacentes pour affiner le choix du périmètre, et enfin analyse les acteurs et dispositifs en présence et les questions de gouvernance.

Elle intègre les principales conclusions des analyses menées en 2013 et 2014, sur le marché foncier par les Safer des trois régions, sur la flore par le Conservatoire botanique national du Bassin parisien (CBNBP), et sur la faune par le cabinet Biotope.

Une étude de faisabilité a été datée du 30 septembre 2015.

Cette année, la phase de faisabilité va démarrer.

Après dix ans de procédure, tous les regards sont désormais tournés vers la Bourgogne, où une table ronde est organisée le 3 décembre prochain pour débattre de ces enjeux et questionner la pertinence d’un PNR sur un territoire qui a bien besoin d’une réponse.

L’année 2016 devrait toutefois marquer une étape décisive, avec la sollicitation de l’Etat afin qu’il se positionne sur l’opportunité de poursuivre le processus.

Dix ans ont passé et de nombreux acteurs sont toujours mobilisés sur ce projet de PNR dont l’issue reste floue.

Au-delà des 78 communes adhérentes représentées chacune par deux délégués, travaille sur le projet un CA de 19 membres actifs qui fait le maximum pour le faire avancer.

Pourquoi créer un parc naturel régional ?

Un parc naturel régional permettrait de fédérer un tourisme vert et de rejoindre ainsi l’exemple vertueux du Vexin.

S’il se réalise, ce serait le quatrième PNR d’Ile-de-France.

Un PNR, c’est aussi un levier d’acquisition pour des aides régionales, nationales et européennes, autant d’argent frais pour entretenir les monuments locaux, les grandes fermes, le bocage.

Un levier qui peut ensuite devenir une vitrine pour de futurs visiteurs en quête de tourisme vert.

L’Ile de France est la région la plus impliquée, car le PNR « Bocage gâtinais » permettrait ainsi de compléter une couronne verte autour de Paris.

Le projet répond également à une volonté de préserver un territoire rural soumis à la pression de la métropole parisienne.

On voudrait éviter que le Bocage gâtinais, une région traditionnellement pauvre, ne devienne une région dortoir, et pouvoir via le PNR assurer la protection de nos espaces naturels, de notre patrimoine.

Patrimoine naturel, agricole et architectural

Le Bocage gâtinais représente un ensemble cohérent mais fragile, menacé par l’envahissement des villes voisines et l’exploration du sous-sol.

La présence de villages aux maisons et fermes d’architecture typique, d’églises et châteaux, et de multiples petits monuments - menhirs, polissoirs, croix de chemin, lavoirs, ponts, puits - participent à la diversité des milieux naturels et paysagers.

Ses richesses patrimoniales sont de qualité bien qu’hétérogènes.

Le territoire est soumis à une forte pression urbaine et agricole, dans le contexte du Bassin parisien.

Suite à la Seconde Guerre Mondiale, un certain courant entre Paris et notre bocage s’est développé avec l’acquisition de résidence secondaires par des Parisiens. Ces dernières sont ensuite devenues de plus en plus permanentes par choix.

Si cela augure bien de la qualité de vie en Bocage gâtinais, les acteurs locaux craignent aussi que cette pression urbaine issue de la métropole parisienne puisse à terme banaliser la région.

Beaucoup déplorent également que dans l’inconscient collectif, la Bourgogne ne commence qu’à Joigny, oubliant tout le pan septentrional d’une région qui souhaite réaffirmer son identité.

Peu à peu toutefois, des habitants se réapproprient le vocable et parlent de Bocage gâtinais.

Les enjeux liés à l’exploitation du sous-sol

L’exploration du sous-sol est présentée comme une menace pour la spécificité du territoire.

Elle entraînait des conséquences néfastes pour l’environnement.

D’abord, un trafic intense de camions pour transporter les chailles à La Grande Paroisse où elles sont concassées, avec une pollution sonore et atmosphérique.

Ensuite, une modification du paysage.

Enfin, une vulnérabilité des nappes phréatiques.

Les chailles sont en effet enfouies sous une couche de 4 à 20 mètres de profondeur.

Elles sont mélangées à de la silice, du sable, et vont jusqu’à la couche de craie.

Cet ensemble chailles/silice forme un filtre naturel qui nettoie l’eau.

Tourisme vert, randonnée et vélotourisme

Le tourisme rural, ou vert, c’est quelque chose de très ancien sur notre territoire.

Des randonnées à thème sont organisées depuis longtemps avec la région Ile de France ou la Chambre d’Agriculture de Seine-et-Marne.

Des balades gourmandes de 7/8 kms attirent un public nombreux et refusent parfois du monde.

Il y aurait un fort intérêt pour des citadins de venir voir tout ce qui se passe chez nous.

Outre un GRP qui va de Moret à Villeneuve/Yonne et traverse tout le bocage, les vallées de l’Yonne et du Loing accueillent également des tronçons du chemin de Saint-Jacques.

Il y a aussi tous ces sentiers créés par les communes ou de petites associations qui imaginent des parcours au cœur du bocage.

De nombreuses départementales sont idéales pour les cyclistes car sans montées.

Le vélotourisme est d’ores et déjà très développé ici, avec tous les clubs cyclistes des alentours qui s’entraînent sur ces routes.

Sentier de randonnée dans le Bocage gâtinais

La mobilisation locale et les débats autour du PNR

Yvette, Jean-Claude, à l’image de tout un territoire mobilisé depuis près de vingt ans et qui espère fortement sortir des blocages pour que le PNR ne soit pas un projet de plus enterré par une administration trop lourde.

Beaucoup d’agriculteurs sont encore frileux par rapport au parc, ils n’ont pas toujours compris la différence entre PNR et un parc national.

Ils ont peur qu’un parc leur amène de nouvelles contraintes, une main mise, qu’ils soient obligés de se soumettre à de nouveaux règlements.

Or un PNR naît d’une concertation, et n’a pour règles que celles qu’il se donne.

Le PNR s’inscrit dans une volonté de réaffirmer l’identité du territoire et de pousser la Bourgogne à s’engager plus avant.

Les associations AHVOL, l’ARBRE et ARBG organisent une table ronde pour débattre du PNR : « Tourisme vert, un atout pour le développement durable du Bocage gatinais ».

L’objectif est de remobiliser les élus et de faire à nouveau parler du projet pour éviter un « enterrement muet ».

Parmi les intervenants figurent Jean-Baptiste LEMOYNE, maire de Vallery, conseiller départemental de l’Yonne, et Jean-Charles BRIQUET-LAUGIER, co-responsable du projet tourisme au MSHS Sud-Est, l’occasion d’échanges constructifs pour avancer vers du concret.

La table ronde se tient à la salle des fêtes de Domats, route de La Belliole.

Un projet de développement durable

Le projet de PNR associe protection des espaces naturels, préservation de la biodiversité, maintien des paysages agricoles et valorisation du patrimoine local.

Il vise à contribuer, même à un modeste niveau, au sauvetage de la planète et donc à préserver la biodiversité.

La création d’un parc permettrait d’accompagner les communes, les associations, les agriculteurs et les habitants dans une démarche commune.

Elle offrirait également un cadre pour répondre à la périurbanisation, à la pression agricole et à l’exploration du sous-sol.

Le tourisme vert pourrait devenir un atout pour le développement durable du Bocage gâtinais, à condition de préserver la qualité de vie, les espaces naturels, le patrimoine et l’identité rurale du territoire.

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