Missiles de croisière Tomahawk : fonctionnement, portée et enjeux stratégiques

Les missiles de croisière Tomahawk occupent une place centrale dans les capacités de frappe à longue distance des États-Unis. Utilisés depuis la première guerre du Golfe, ils ont été engagés dans plusieurs opérations au Moyen-Orient, dans les Balkans et en Afrique du Nord.

Leur intérêt repose notamment sur trois caractéristiques : une longue portée, une grande précision et la possibilité d’atteindre une cible sans exposer directement la vie des pilotes d’avion.

Qu’est-ce qu’un missile Tomahawk ?

Fabriqué depuis 1986 par la firme américaine Raytheon, le Tomahawk mesure entre 5 et 6 mètres de long, il emporte une charge (classique et possiblement nucléaire) pesant 500 kilos et a une portée de 1250 à 2500 kilomètres.

Missile subsonique, d’un poids total en charge de 1 200 kg, pouvant emporter soit une charge d’explosif de 200 kg, soit des bombes à fragmentation, soit des bombes au graphite pour neutraliser les réseaux électriques, il a une portée de 1 600 km ; soit deux fois la distance Kiev-Moscou.

CaractéristiqueDonnée
FabricantRaytheon
Début de fabrication1986
LongueurEntre 5 et 6 mètres
Vitesse880 kilomètres par heure
Portée mentionnée1 250 à 2 500 kilomètres
Poids total en charge1 200 kg
Charge explosive mentionnée200 kg
Coût unitaireQuelque 830.000 dollars

Il vole à une vitesse de 880 kilomètres par heure.

Chaque unité coûte quelque 830.000 dollars.

Le mot Tomahawk signifierait «frapper» en langue amérindienne algonguin. Il désigne une hache qui restait plantée dans un poteau jusqu’à la fin d’une guerre.

Un missile guidé à basse altitude

Principal avantage: guidé par un système de navigation sophistiqué, il ne nécessite pas de pilote pour atteindre sa cible.

Bien que les Tomahawks volent à une vitesse subsonique, ils le font à basse altitude, à quelques dizaines de mètres du sol, ce qui les rend très difficiles à intercepter.

Ce missile a par ailleurs une capacité de pénétration renforcée par son profil de vol erratique et en basse altitude avec une navigation très précise alimentée tout le long du vol par des informations sur les défenses ennemies et sur la localisation des cibles.

Ces missiles «ne vont pas nécessairement d’un point A à un point B en ligne droite. Ils peuvent faire tout un périple pour éviter d’être abattu», selon un officier supérieur à la retraite cité par CNN.

Ils sont également capables d'atteindre des cibles avec une grande précision grâce à leur système de navigation avancé, selon Pavel Aksenov, correspondant de la BBC Russie pour la défense.

Missile Tomahawk volant à basse altitude

Des frappes sans pilote à bord

Le Tomahawk est ainsi une arme redoutable pour frapper dans la profondeur du territoire ennemi, sans engager la vie des pilotes d’avion.

«C’était l’arme qui s’imposait pour faire des frappes en Syrie», estime le Washington Post.

Les Tomahawks ont une puissance de feu moins importante que des grosses bombes larguées par des avions à pilotage humain.

Mais selon un expert cité par le Washington Post, cela n’a pas d’importance.

Car l’opération avait pour but d’atteindre des avions syriens.

Or, explique l’expert, ces appareils sont «les plus vulnérables des cibles vulnérables et il est inutile d’employer des munitions plus grosses pour les détruire ou les rendre inutilisables».

Des tirs depuis des navires et des sous-marins

Il s'agit principalement d'un missile naval, généralement transporté et lancé par des navires et des sous-marins.

Le Tomahawk peut notamment être lancé depuis des bâtiments de guerre situés à distance de la zone visée.

Missile Tomahawk tiré depuis un navire américain en Méditerranée sur une cible en Libye, le 19 mars 2011, au cours de l'opération Odyssey Dawn.

L’Ukraine ne dispose actuellement pas de navires compatibles pour tirer des Tomahawks.

Cependant, un obstacle majeur à la livraison de Tomahawks à l'Ukraine sera la recherche d'une plateforme de lancement adaptée.

Les principales utilisations opérationnelles

La première apparition de ce missile sur un théâtre d’opération remonte à la première guerre du Golfe en 1991.

Par la suite, il l’avait été en 1995 en Bosnie-Herzégovine, en Afghanistan en 1998 et au Kosovo en 1999.

Le Pentagone y a eu recours en 2011 contre les forces du colonel Kadhafi en Libye et, en 2014, contre des djihadistes en Irak et en Syrie.

La dernière utilisation de ce missile remonte à octobre 2016.

Les Britanniques utilisent, eux aussi, des Tomahawks.

La frappe contre la base de Chayrat

Les Etats-Unis ont procédé dans la nuit du 6 au 7 avril 2017 au lancement de 59 missiles de croisière Tomahawk contre la base de Chayrat près de Homs (Syrie), après l’attaque à l’arme chimique d’un village du nord-ouest du pays.

Missiles Tomahawk lancés depuis un navire

Le projet de fournir des Tomahawk à l’Ukraine

Depuis l'invasion russe à grande échelle en 2022, l'Ukraine a multiplié les demandes de missiles longue portée, envisageant de frapper des villes et des cibles russes loin des lignes de front du conflit.

Fin septembre 2025, le vice-président américain J.D. Vance a avancé l’idée d’une vente du missile américain Tomahawk à l’Ukraine, soulignant que la décision finale incomberait au président.

Il faisait suite à une demande du président Zelensky, formulée le 23 septembre, de disposer de capacités d’attaque dans la profondeur contre la Russie.

De prime abord, le président Trump a paru enthousiaste, puis il a échangé au téléphone avec Vladimir Poutine le 16 octobre, et il semble aujourd’hui être opposé à l’idée.

Lors de la rencontre du président ukrainien Volodymyr Zelensky avec le président américain Donald Trump vendredi, les missiles de croisière longue portée Tomahawk figureront en bonne place à l'ordre du jour.

Trump a récemment suggéré qu'il pourrait accéder à une demande antérieure de Zelensky visant à doter Kiev de ces armes de pointe.

Le président ukrainien a régulièrement plaidé pour un soutien militaire renforcé afin de lancer des contre-attaques contre la Russie et espère de bonnes nouvelles lors de cette rencontre, qui marquera sa troisième visite dans la capitale américaine depuis janvier.

L'Ukraine aurait également récemment déployé son propre missile de croisière longue portée, le Flamingo, mais estime toujours avoir besoin des Tomahawks pour renverser définitivement le cours de la guerre contre la Russie.

Pourquoi les Tomahawk seraient-ils importants pour l’Ukraine ?

Certaines versions du Tomahawk, précédemment déployées par les États-Unis, ont une portée de 2 500 km (1 550 miles), ce qui place Moscou facilement à portée de missiles tirés depuis le territoire ukrainien.

Le Tomahawk est ainsi une arme redoutable pour frapper dans la profondeur du territoire ennemi, sans engager la vie des pilotes d’avion.

Des villes ukrainiennes, dont Kiev, ont été à plusieurs reprises la cible de bombardements russes intensifs, notamment de drones et de missiles.

Moscou avait déjà mis en garde Washington contre la fourniture de missiles longue portée à Kiev, affirmant que cela provoquerait une escalade majeure du conflit et mettrait à rude épreuve les relations russo-américaines.

Les réactions de la Russie

La Russie a réagi fermement à ses propos.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré que l'évocation des Tomahawks était "extrêmement préoccupante".

"Nous traversons un moment véritablement dramatique, car les tensions s'intensifient de toutes parts", a-t-il déclaré.

En septembre, Peskov s'est montré plus indulgent face à la menace des Tomahawks, affirmant qu'ils ne pourraient pas "changer la dynamique" de la guerre.

Mais dans ses récents commentaires, il a souligné que si ces missiles étaient lancés contre la Russie, Moscou ne serait pas en mesure de déterminer s'ils transportaient des ogives nucléaires.

"Que devrait penser la Fédération de Russie ? Comment la Russie devrait-elle réagir ?", a-t-il demandé.

L'ancien président russe Dmitri Medvedev a réitéré les propos de Peskov.

"Comment la Russie devrait-elle réagir ? Exactement !", a-t-il déclaré sur les réseaux sociaux.

"La livraison de ces missiles pourrait avoir de graves conséquences pour tout le monde. Et d'abord pour Trump lui-même."

Medvedev, devenu ces dernières années une figure de plus en plus belliciste, publie fréquemment sur les réseaux sociaux des positions plus extrêmes que la ligne officielle du gouvernement russe.

Il a déjà eu des altercations avec Trump.

Les commentaires de Medvedev en ligne en août ont conduit le président américain à annoncer qu'il avait ordonné à deux sous-marins nucléaires de se rapprocher de la Russie.

Les versions terrestres du Tomahawk

À partir de 2021, et avec la sortie des États-Unis du traité sur les forces nucléaires de moyenne portée en 2019 (traité interdisant les missiles terrestres de portée entre 500 à 5500 km), l’Armée de terre américaine (Army) et le corps des Marines (US Marines Corps) ont aussi voulu renforcer leurs capacités de frappe dans la profondeur à longue distance face aux Russes et aux Chinois qui ont augmenté leurs propres capacités.

L’Army développe le Mid-Range Capability System (MRC) composé d’un centre d’opération de batterie (COB) et de quatre véhicules lanceurs Typhoon pour tirer le missile Tomahawk depuis la terre.

Et les Marines ? Ils ont choisi pour le Tomahawk un lanceur monté sur un véhicule télépiloté (drone), avec une seule rampe de lancement, le LRF.

Les quatre premiers lanceurs sont mis en service en 2024, et devaient être suivis d’une commande de 56.

Le projet a été annulé en 2025 et les quatre lanceurs transférés à la Marine (US Navy) et à l’Army.

Pour en revenir à la promesse de fournir des Tomahawk à l’Ukraine, il faut bien comprendre qu’il s’agit de livrer la batterie de lancement (MRC-System) et les missiles.

Au total donc, les États-Unis disposent de deux batteries, dont l’élément central indispensable est le COB de MRC/Typhoon et d’un COB pour les quatre lanceurs LRF, pour tirer le Tomahawk depuis la terre.

Ces éléments sont déployés sur le théâtre majeur pour les États-Unis, le Pacifique et en réserve en Europe.

L’Army a en outre commandé 56 missiles sur le budget 2026, sachant que pour l’instant ces batteries tirent des missiles SM-6.

Lanceur terrestre Typhoon du système MRC

Pourquoi une livraison reste difficile

Quelles que soient les analyses et arguments stratégiques, politiques, voire moraux pour doter ou non l’Ukraine d’une capacité de frappe dans la profondeur, les systèmes d’armes Tomahawk ne seront pas donnés (ou vendus plus exactement) à l’Ukraine parce qu’ils ne sont pas encore opérationnels et disponibles au regard des intérêts majeurs des États-Unis.

À moins que les États-Unis ne donnent la priorité à l’Ukraine avec le peu existant au détriment du Pacifique et de la défense de l’Europe ?

Il est peu probable que les États-Unis prennent le risque de dégarnir le Pacifique.

Un recul qui serait en outre, vu comme une victoire par la Chine qui proteste depuis un an contre le déploiement des MRC/Typhoon.

Non plus que de se priver d’une capacité en Europe qui contribue à la sécurité de celle-ci.

Le précédent des missiles nucléaires terrestres

Reste cependant une inconnue : la disponibilité du parc des lanceurs du BGM-109G Gryphon Ground Launch Cruise Missile (GLCM-Tomahawk) équipant l’Army jusqu’au début des années 1990 et destinés à lancer le Tomahawk à tête nucléaire.

Retirés du service vers 1990 après la « crise des euromissiles » et la signature du traité sur les forces nucléaires terrestres de moyenne portée, ils ont été ferraillés.

Quelques-uns ont-ils survécu et pourraient-ils être remis en état pour la vente à l’Ukraine avec financement européen ?

Mais l’on se souviendra que les GLCM/Tomahawk et les Pershing ont été au cœur de la crise des euromissiles.

Les priorités américaines

Reste que les États-Unis ont deux priorités : être prêts à faire face au risque chinois sur Taïwan et renouer des liens avec la Russie.

Lors de leurs récents entretiens téléphoniques, Zelensky et Trump ont discuté de la volonté de l’Ukraine de renforcer ses capacités militaires, notamment en renforçant sa défense aérienne et ses armes à longue portée.

Comment c'est fait : Le Missile Tomahawk qui Vole à 1600 km

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