La recherche dans les parcs naturels : territoires d’observation, d’expérimentation et d’innovation

Les établissements publics en charge des Parcs nationaux se veulent des acteurs impliqués dans la recherche scientifique.

En effet, les équipes des Parcs nationaux ont besoin, pour bien gérer les territoires remarquables qui leur sont confiés, d'en connaître l'histoire et les composantes et de comprendre les processus, passés et actuels, écologiques et sociaux, qui ont contribué et contribuent encore à les façonner.

Les parcs naturels constituent ainsi des territoires privilégiés pour étudier la biodiversité, les écosystèmes, les pratiques humaines, les transformations sociales et les relations entre les sociétés et leur environnement. Véritables laboratoires à ciel ouvert et espaces de référence scientifique sur des enjeux nationaux et internationaux, ils sont enfin des lieux d'approfondissement de la connaissance sur la Nature.

Des territoires où les activités humaines façonnent les milieux naturels

Dans la plupart des Parcs nationaux, surtout en métropole, les habitats naturels et la biodiversité associée doivent beaucoup aux activités humaines traditionnelles (pastoralisme, prés de fauche, sylviculture, etc.).

La recherche menée dans les parcs ne porte donc pas uniquement sur des espaces considérés comme vierges ou isolés des sociétés humaines. Elle s’intéresse également aux interactions anciennes et contemporaines entre les activités humaines, les paysages et les milieux naturels.

De leur côté, les aires d'adhésion des Parcs nationaux abritent des milieux naturels présentant un grand intérêt biologique, et constituent des zones de flux de populations et d'échanges de gènes.

Les parcs offrent ainsi aux chercheurs la possibilité d’étudier des territoires soumis à des degrés variables d’influence humaine. Ils couvrent un gradient d’anthropisation important, allant de milieux non ou peu perturbés directement par les activités humaines à d'autres sur lesquels certains forçages externes sont maîtrisés par la gestion.

Pourquoi la recherche est-elle nécessaire dans les parcs naturels ?

Cette affirmation, à première vue contre-intuitive, questionne en réalité l’essence même d’un parc naturel, à savoir protéger le vivant.

Mais quel type de vivant au juste ? Les écosystèmes et espèces rares et menacées ? Ou bien, sans hiérarchie aucune, tout type de vivant, “ordinaire” compris ?

La Convention sur la diversité biologique des Nations Unies (CDB, 1992) définit la biodiversité comme suit : “variabilité des êtres vivants de toute origine y compris, entre autres, les écosystèmes aquatiques et les complexes écologiques dont ils font partie : cela comprend la diversité au sein des espèces, ainsi que celle des écosystèmes” (art. 2).

Elle comprend ainsi trois niveaux d’organisation : la diversité des écosystèmes, la diversité des espèces et la diversité génétique, le tout étant en perpétuelle interaction.

Si aujourd’hui 55% de la population mondiale vit en zone urbaine, l’humanité ne dépend pas moins entièrement de la biodiversité.

Différentes raisons l’expliquent : celle-ci produit l’oxygène grâce aux végétaux terrestres et microalgues marines, fournit les sociétés en matières premières, bois, fibres, mais aussi ressources fossiles (pétrole dérivé du plancton ou charbon issu d’anciennes forêts), constitue la base de l’alimentation (végétaux, viandes, poissons), régule le climat, et est enfin gage de la santé humaine, plus de la moitié des principes actifs pharmacologiques étant extraits du monde vivant.

Cependant, sans précédent non seulement dans l’histoire de l’humanité, mais aussi dans celle de la Terre aux échelles géologiques, la biodiversité connaît aujourd’hui un effondrement massif et rapide.

Selon l’IPBES, les ¾ des zones terrestres et 2/3 des zones marines ont été modifiées de manière significative, et 60% des populations de vertébrés ont décliné entre 1970 et 2014 au niveau mondial.

Cette véritable annihilation biologique est le fait des activités humaines.

Cinq causes majeures sont à l’origine de cette érosion : les changements d’usage, les destructions, et fragmentations des terres dus à la déforestation, l’agriculture, et l’urbanisation ; l’exploitation directe de certains organismes ; le changement climatique ; la pollution ; et les espèces exotiques envahissantes.

À ces causes s’ajoute également le commerce de la faune sauvage, 4ème marché mondial illégal le plus lucratif.

Face à ces constats, une mise à l’agenda des enjeux de biodiversité - étroitement liés à ceux du climat - s’est progressivement opérée au niveau international et national, et des outils ont été mis en place.

Les parcs naturels font donc partie intégrante des outils de protection de la biodiversité, et sont reconnus juridiquement.

Recherche scientifique dans un parc naturel

Parcs nationaux et parcs naturels régionaux : deux vocations différentes

De fait, il faut souligner la distinction entre parc naturel régional et parc national, rattachés à des régimes juridiques différents.

Gilles Martin le rappelle, parler de « Parc naturels » renvoie à « deux choses très différentes ».

Les Parcs Nationaux (PN) sont des espaces essentiellement consacrés à la sauvegarde des milieux naturels.

Il s’agit d’y mener une politique de conservation « de la faune, de la flore, du sol, du sous-sol, de l’atmosphère, des eaux et en général du milieu naturel »1.

Les Parcs Naturels Régionaux (PNR) ont quant à eux une vocation double : la protection des espaces naturels est mêlée à l’ambition de développement économique durable.

Ils s’inscrivent ainsi dans la politique plus large d’aménagement durable des territoires : « ce sont des territoires de projet et d’aménagement beaucoup plus que de protection. »3.

À la décharge du profane, il y a bien un facteur de confusion que nous avons volontairement laissé de côté jusque-là : les Parcs nationaux se décomposent en deux zones spécifiques dont l’une se rapproche du régime des PNR.

En effet, autour des « cœurs» où le pouvoir réglementaire du parc s’applique, on trouve une « aire d’adhésion » qui répond à une charte, à l’instar des PNR.

Les deux espaces des parcs nationaux

Ces espaces naturels protégés comprennent deux zones aux statuts réglementaires différents :

  • Le cœur : hautement réglementé pour la protection de la nature, de la culture et des paysages.
  • L’aire d’adhésion : elle répond à une charte, à l’instar des PNR.

Les parcs ne sont pas les seuls types d’espaces naturels protégés en France.

Pour compléter le tableau, il faut d’abord inclure les Réserves naturelles.

Ces zones correspondent à un espace relativement restreint où s’applique une réglementation plus stricte que dans les parcs.

C’est d’autant plus le cas pour les Réserves intégrales, qui ont elles une vocation de préservation.14

Prévues par les Parcs nationaux, on dénombre sur le territoire français 3 de ces espaces les plus réglementés en matière de protection de l’environnement - toute activité humaine y est proscrite.

Ajoutons enfin les Sites classés et Sites inscrits, lesquels ne couvrent pas nécessairement des espaces naturels, mais des lieux « exceptionnels d’intérêt national »15.

Les parcs naturels comme terrains d’étude scientifique

Territoires d’expérimentation par nature, les 56 parcs naturels régionaux accueillent et développent de nombreux projets de recherche scientifique.

Ces travaux ont pour objectif de contribuer aux missions des Parcs, et de les éclairer sur les enjeux territoriaux et environnementaux de demain.

En écho à la diversité géographique des parcs, les thématiques des recherches qui y sont menées sont elles aussi très variées, et peuvent aussi bien porter sur l’écologie des espèces, les questions agricoles ou forestières, l’économie rurale, la transition écologique ou les relation homme-nature.

Domaines de rechercheObjets étudiés
ÉcologieÉcologie des espèces et diversité des écosystèmes
AgricultureQuestions agricoles et effets des pratiques humaines
ForêtSylviculture et milieux forestiers
Sciences socialesÉconomie rurale et dynamiques territoriales
EnvironnementTransition écologique et enjeux environnementaux
Relations homme-natureInteractions entre sociétés et milieux naturels

Les Parcs nationaux sont utilisateurs de résultats de recherche dans de nombreuses disciplines.

Les chercheurs, quant à eux, sont demandeurs de territoires à forte naturalité, de séries longues d'observation et de structure d'appui pour accéder rapidement à la connaissance d'un territoire et bénéficier des synthèses et données et de l'appui logistique éventuel des parcs nationaux.

Ces derniers peuvent trouver bénéfices mutuels à travailler ensemble.

Les sites de référence et le suivi à long terme

Les Parcs nationaux ont souhaité disposer de sites consacrés à des recherches scientifiques de longue durée, dits « sites de référence ».

De par leur statut, les Parcs nationaux permettent en effet d'assurer la continuité de leurs dispositifs de collecte et de stockage des données.

Les sites de référence permettent de suivre une diversité d'écosystèmes et d'usages, représentative de ceux présents sur leurs territoires.

Ils couvrent un gradient d'anthropisation important, allant de milieux non ou peu perturbés directement par les activités humaines à d'autres sur lesquels certains forçages externes sont maîtrisés par la gestion.

Les séries longues d’observation permettent de suivre les transformations des milieux et de comparer les évolutions dans le temps. Elles rendent possible une meilleure compréhension des processus écologiques et sociaux qui contribuent à façonner les territoires.

Les partenariats entre parcs, universités et instituts de recherche

Le développement de la recherche dans les parcs est soutenu par de nombreux partenariats locaux liés avec les instituts de recherche et universités.

Les 56 Parcs peuvent ainsi être les commanditaires de travaux scientifiques ciblés, mais ils accueillent également de très nombreux étudiants de l’enseignement supérieur, qu’ils soient de niveau Master, thèse ou même en études postdoctorales.

Les parcs offrent des sujets d’étude ainsi que des conditions de travail facilitantes, et le nombre de travaux universitaires menés à l’initiative ou en partenariat avec les parcs est conséquent.

En accueillant les acteurs de la recherche, les établissements publics de parcs nationaux peuvent participer à la logistique des projets de recherche concernant les espaces dont ils assurent la gestion et auxquels ils sont associés.

Les Parcs nationaux contribuent à la formulation des questions de recherche, notamment par l'expression d'attentes particulières.

Les chercheurs disposent au sein des établissements publics des parcs nationaux d'interlocuteurs privilégiés : des chefs de service scientifique et des chargés de mission avec lesquels les projets de recherche peuvent être discutés et des partenariats consolidés pour la récolte, le traitement, l'interprétation et la valorisation des données.

Ces professionnels du patrimoine peuvent mettre à disposition des chercheurs leur connaissance fine des territoires et des acteurs qui les animent, des données d'études ou d'inventaires ou encore des bases de données attributaires détaillées sur les différentes composantes du patrimoine de ces territoires.

Les chercheurs disposent ainsi d’un accès facilité à des territoires documentés et à des acteurs locaux, tandis que les gestionnaires bénéficient d’analyses utiles à la conduite de leurs missions.

Les thématiques de recherche dans les parcs naturels régionaux

Les parcs naturels régionaux sont souvent présentés comme des « laboratoires d'innovation ».

Leur valeur ajoutée principale concerne l'innovation sociale, autrement dit la construction de dynamiques territoriales d'action collective.

Essentielle mais beaucoup plus discrète et complexe à piloter que l'innovation technique, celle-ci constitue le travail quotidien des agents, des directeurs et des élus des parcs.

Elle se traduit par une dynamique relationnelle et une identité spécifique sur ces territoires.

Prenant l'exemple du parc naturel régional du Vercors, nous décrivons les conditions difficiles et le chemin étroit d'une innovation sociale autour de la construction d'une vision partagée du syndicat mixte du parc.

Une première analyse de cette dynamique, actuellement en cours, permet de souligner des avancées, mais aussi des fragilités qui tiennent aux composantes sociologiques et organisationnelles qui distinguent l'innovation sociale de l'innovation technique, et qui donnent tout son sens à un partenariat étroit entre la recherche et ces « laboratoires d'innovation » que sont les parcs.

Le conseil d’orientation, de recherche et de prospective

Pour appuyer le développement de la recherche dans les parcs, la fédération des parcs naturels régionaux est dotée d’un conseil d’orientation, de recherche et de prospective (CORP), composé d’une vingtaine de membres issus d’horizons scientifiques divers.

Son président est M.

Cette structure contribue à appuyer le développement de la recherche et à favoriser la prise en compte de regards scientifiques variés dans les orientations des parcs.

Le réseau des parcs nationaux de France

En France, il existe 11 parcs nationaux : la Vanoise (1963), Port-Cros (1963), les Pyrénées (1967), les Cévennes (1970), les Ecrins (1973), le Mercantour (1979), la Guadeloupe (1989), La Réunion (2007), la Guyane (2007), les Calanques (2012) et le Parc national de forêts (2019).

La loi biodiversité prévoit le rattachement des parcs nationaux de France à l’Office français de la biodiversité (OFB).

Les parcs nationaux restent des établissements publics avec leur propre conseil d’administration, mais le rattachement permet de créer des liens forts.

L'OFB prend en charge un certain nombre de fonctions supports des parcs nationaux, ce rattachement a pour objectif d’aller encore plus loin en termes de synergie et de mutualisation.

De plus, l'OFB assure la fonction de tête de réseau, en animant une douzaine de groupes de travail scientifiques, juridiques et techniques inter-parcs nationaux.

Ces groupes de travail ont pour objectifs de mutualiser leurs expériences, d'élaborer des stratégies communes, de construire des projets collectifs et de rédiger des synthèses thématiques transversales.

Le réseau des parcs nationaux de France œuvre à la conservation et à la valorisation d'espaces naturels qui couvrent plus de 50 000 km² soit près de 8 % du territoire national.

Les parcs nationaux de France sont aussi des outils de développement local qui fédèrent les habitants, les collectivités, les associations, les entreprises pour expérimenter et mettre en œuvre des actions de développement durable définies dans les orientations et les objectifs de leurs chartes.

Les parcs nationaux sont ancrés localement et régis par un conseil d'administration majoritairement composé d'élus locaux.

Ils sont dotés de chartes de territoire qui sont élaborées en lien avec les acteurs locaux et auxquels les communes ont le libre choix d'adhérer.

La recherche sur les effets des parcs sur la biodiversité

Les personnes interrogées reconnaissent unanimement l’utilité des parcs naturels contre l’érosion de la biodiversité, en soulignant aussi bien leurs effets externes que internes.

Concernant leurs effets externes, Gilles Martin souligne en effet que, contrairement à certaines idées préconçues, les parcs ne sont pas “sous cloche”, la faune et la flore interagissant entre extérieur et intérieur du parc.

Par exemple, dans le parc national de Port-Cros, est observé un phénomène dit “effet réserve”, des zones fortes de protection du parc bénéficiant à des zones hors parc, et certains poissons protégés pondant ainsi des larves atteignant les côtes voisines, parfois jusqu’à Marseille.

De plus, les deux interlocuteurs mettent également en avant l’importance de la création de réseaux écologiques, de corridors.

Ceux-ci sont indispensables puisque certaines espèces, protégées au sein des parcs, ont besoin de se déplacer.

La recherche permet donc d’étudier les effets de la protection au-delà des limites administratives des parcs, ainsi que les déplacements des espèces et les échanges biologiques entre les espaces protégés et les territoires voisins.

Les limites de l’extension des aires protégées

Face aux effets bénéfiques des parcs sur la biodiversité, la question de leur extension et multiplication mérite d’être posée.

Ici, les deux interlocuteurs mettent en avant les limites d’une certaine course à l’extension, et ce pour diverses raisons.

Tout d’abord, Simon Jolivet souligne “la course au gigantisme des aires protégées” ayant lieu actuellement: une course entre Etats, avec en ligne de mire 30% d’aires protégées dans le monde d’ici 2030.

Or, selon lui, cet effet d’annonce est en réalité souvent inversement proportionnel au degré de protection de l’écosystème.

Concrètement, des stratégies de communication étatiques sont en jeu, puisque plus l’environnement monte à l’agenda des préoccupations politiques internationales, plus cela devient un enjeu de puissance pour les Etats, et plus il devient nécessaire de manifester son engagement.

Gilles Martin met également en avant le risque de baisse d’ambition dans la multiplication des aires protégées, avec par exemple des activités humaines perpétuées au sein des parcs pour atteindre les 30%…

Conséquence ? Une non protection de la biodiversité.

La recherche contribue à mesurer l’efficacité réelle des dispositifs de protection, au-delà de la seule superficie couverte par un statut réglementaire.

Étudier la biodiversité rare et la biodiversité ordinaire

Un autre enjeu de taille est celui de la régulation des espèces au sein des parcs, mais aussi celui du choix de protection du type de biodiversité.

En effet, le chercheur D. Thierry dénonce le cloisonnement affectant l’action publique française en matière de protection de la biodiversité, et les échecs que cela entraîne.

Les mesures selon lui sont trop largement centrées sur les espèces rares, en danger d’extinction, les protections tendant à s’apparenter donc à de la muséographie, et ce au détriment de la biodiversité ordinaire.

Partiellement en opposition, Simon Jolivet indique que les espaces protégés ont au contraire été mis en place historiquement indépendamment des espèces, tout en soulignant effectivement que le droit de l’environnement dans son ensemble reste trop centré sur la nature extraordinaire, au détriment de l’ordinaire.

Néanmoins, celle-ci ne relève selon lui pas entièrement des parcs naturels potentiels, puisqu’une grande partie se trouve en milieu agricole.

C’est donc également à d’autres secteurs, notamment l’agriculture et l’habitat, plus éloignés a priori des problématiques biodiversité, d’intégrer ces dimensions de protection.

Gilles Martin s’inscrit aussi dans cette perspective, puisque, selon lui, ce serait une erreur que de déconsidérer l’outil des parcs naturels au motif qu’il ne peut protéger l’entièreté de la biodiversité dite ordinaire.

Si les parcs s’avèrent donc nécessaires aujourd’hui pour la protection de la biodiversité, ils ne sont néanmoins pas suffisants pour contrer à eux seuls l’érosion de la biodiversité.

La recherche face aux conflits entre conservation et activités humaines

Si les formes d’espaces protégés et tout le panel d’institutions et de mesures concrètes mises en place pour protéger la biodiversité semblent relativement efficaces, dans bien des cas les principes de protection de la nature avancés sont mis face à la complexité du terrain.

Cette réalité, ce sont évidemment des intérêts socio-économiques propres à l’activité humaine et qui peuvent se trouver en contradiction avec ceux de la préservation de la nature (exploitation agricole, halieutique, tourisme, habitat…etc).

Ce qui a pour effet de provoquer un certain nombre de litiges.

On remarque à ce sujet que l’implication du juge dans la vie des parcs s’est nettement accrue au fil du temps.

Si l’on prête attention aux chiffres dans les parcs naturels régionaux, on constate que le nombre d’arrêts et de jugements engageant les parcs entre 2002 et 2006 est supérieur au nombre d’arrêts et jugements constatés entre 1967 (date de création des parcs) et 2002, soit une période de 35 ans17.

En l’occurrence, dans le droit des parcs, on retrouve les chartes précédemment évoquées.

Les chartes des parcs nationaux ont toujours par essence fait office d’acte administratif, elles sont d’ailleurs reconnues par le préfet à la création du parc.

Rappelons que leur portée réglementaire est consacrée depuis 200918.

Ce socle juridique, défini dernièrement par la loi de 2006, implique ainsi tout un apanage d’acteurs qui vont eux aussi produire du droit.

Parmi ceux-ci on peut citer les directeurs des parcs nationaux qui émettent des décisions, ou encore un corps de police qui adresse des procès-verbaux.

En somme, on parle ici de tous les inspecteurs, agents administratifs assermentés, qui sont habilités à constater les infractions dans les espaces protégés.

Ces agents sont détachés par l’Office français de la biodiversité (OFB), dont la compétence administrative découle directement du Ministère de la transition écologique et solidaire.

Ainsi, à l’échelle de l’espace protégé, en cas de désaccord avec un acte administratif relatif à la gestion des parcs, toute personne physique ou morale est en droit d’introduire un recours en contentieux auprès du Tribunal administratif de son lieu de résidence.

Des exemples de contentieux dans les parcs

Dans la pratique, les motifs de ces contentieux croissants sont multiples.

Cela peut tenir à la contestation de procès-verbaux, de décisions de la direction, ou encore à la remise en cause d’une interdiction d’activité.

Gilles Martin nous donne l’exemple dans le Parc national du Mercantour d’une association de cyclistes qui attaque une décision de la direction du parc limitant la circulation des vélos sur une zone protégée.

L’association va alors fonder son action sur le droit commun, en mobilisant, par exemple, une atteinte à la liberté d’aller et venir.

Toujours dans la lignée de litiges semblables, Gilles Martin nous cite un contentieux avec des commerçants qui contestent une décision d’interdiction d’activité.

Après avoir évoqué les contentieux où les requérants contestent l’avancée de la législation protectrice, venons-en aux contentieux où les dégâts sont déjà palpables, où c’est cette fois le parc qui demande des réparations face aux dommages constatés sur son territoire.

À ce sujet, Gilles Martin nous donne l’exemple d’un serial-killer jugé il y a quelques années pour avoir tué 104 chamois dans les parcs nationaux du Mercantour et des Écrins.

Dans ce cas, le loisir de braconnage de cet individu se heurte à la législation protectrice du parc, l’infraction se constatant sur son territoire.

Des écosystèmes qui dépassent les limites administratives

Toutefois, dans bien d’autres cas, les responsables du dommage constaté se trouvent à l’extérieur de l’aire protégée, ce qui peut s’avérer problématique.

Comme nous le rappelle Gilles Martin, la nature n’est jamais mise « sous cloche », les éco-systèmes communiquent entre eux et s’affectent sur des superficies toujours plus vastes que celle du territoire tel qu’il est établi juridiquement.

Les animaux effectuent des migrations, de même que l’eau suit son cycle à une échelle bien plus large.

On a encore une fois l’exemple à Port-Cros d’une pollution par des hydrocarbures, due à la percussion de deux bateaux au large de la Corse ayant impacté des côtes constituantes du cœur du Parc national en octobre 2019.

Un procès est sûrement à venir, où il faudra avancer la notion de préjudice écologique.

Or, la difficulté sera d’évaluer et de prouver ce préjudice.

Les recherches sur les flux d’espèces, les migrations, les corridors écologiques, les cycles de l’eau et les pollutions transfrontalières sont donc essentielles pour comprendre les conséquences d’un dommage et établir les relations entre sa cause et ses effets.

Corridors écologiques entre parcs naturels

Fréquentation touristique et observation des milieux

La pandémie de Covid-19 a généré une hausse sensible de la fréquentation des parcs naturels.

Elle vient renforcer une tendance déjà observable pendant la décennie, comme l’illustre cette statistique concernant les Parcs nationaux : En 2018, plus de 10 millions de visites sont recensées, soit une augmentation de 60% par rapport à 2011.19

Cette nouvelle manne économique bienvenue ramène néanmoins les parcs à un enjeu de taille : comment s’accommoder de l’augmentation du tourisme tout en menant à bien la mission de conservation des espaces naturels ?

« Quiétude Altitude » est justement le thème d’un dispositif mis en place par le parc régional des Vosges du Nord pour répondre à ce défi.21

Depuis 2015, le public est informé en temps réel sur les comportements à observer pour favoriser une expérience la plus harmonieuse possible avec les espaces naturels.

Certaines zones peuvent ainsi être placées en vigilance renforcée, quand elles ne sont pas tout simplement interdites à la visite.

Même son de cloche au parc des Landes de Gascogne22, où la fréquentation a doublé pendant la pandémie.

La direction reste alerte ; si elle entend « aller à la rencontre des attentes des clientèles d’aujourd’hui et de demain », décision a déjà été prise de cesser de communiquer sur ses espaces les plus prisés.

L’étude de la fréquentation, des comportements des visiteurs et de leurs effets sur les espèces et les habitats fournit aux gestionnaires des éléments pour adapter les modalités d’accueil du public.

Les parcs naturels comme laboratoires d’innovation sociale

Les parcs naturels régionaux sont souvent présentés comme des « laboratoires d'innovation ».

Leur valeur ajoutée principale concerne l'innovation sociale, autrement dit la construction de dynamiques territoriales d'action collective.

Essentielle mais beaucoup plus discrète et complexe à piloter que l'innovation technique, celle-ci constitue le travail quotidien des agents, des directeurs et des élus des parcs.

Elle se traduit par une dynamique relationnelle et une identité spécifique sur ces territoires.

Prenant l'exemple du parc naturel régional du Vercors, nous décrivons les conditions difficiles et le chemin étroit d'une innovation sociale autour de la construction d'une vision partagée du syndicat mixte du parc.

Une première analyse de cette dynamique, actuellement en cours, permet de souligner des avancées, mais aussi des fragilités qui tiennent aux composantes sociologiques et organisationnelles qui distinguent l'innovation sociale de l'innovation technique, et qui donnent tout son sens à un partenariat étroit entre la recherche et ces « laboratoires d'innovation » que sont les parcs.

Les parcs nationaux de France sont aussi des outils de développement local qui fédèrent les habitants, les collectivités, les associations, les entreprises pour expérimenter et mettre en œuvre des actions de développement durable définies dans les orientations et les objectifs de leurs chartes.

La recherche peut accompagner ces dynamiques en étudiant les formes de coopération, les conditions de construction d’une vision commune, les tensions entre acteurs et les mécanismes qui facilitent l’action collective.

Des espaces de recherche au service de la gestion des territoires

Le classement d’un parc témoigne donc d’une volonté politique de doter un territoire d’une forte visibilité nationale et internationale, et d’y mener une politique stricte et intégrée de protection et de gestion de valeurs patrimoniales naturelles et culturelles.

L’objectif est donc assez délicat, puisqu’il s’agit d’allier actions humaines et protection de la nature.

Afin de comprendre si les parcs naturels français représentent aujourd’hui une réponse efficace à l’enjeu de l’érosion massive de la biodiversité, ou si, au contraire, leur portée se limite à des outils dits compensatoires insuffisants face à l’érosion massive et globale de celle-ci, nous avons interrogé deux acteurs de terrain : Gilles MARTIN, Professeur émérite de l’Université Côte d’Azur et Président du conseil scientifique du parc national de Port-Cros, et Simon JOLIVET, maître de conférence en droit public à l’université de Poitier et spécialiste des questions de conservation.

Les données scientifiques, les inventaires, les séries longues et l’expertise territoriale permettent d’éclairer les décisions relatives à la conservation, à la gestion des usages, à l’accueil du public et au développement local.

Les établissements publics des parcs peuvent participer à la logistique des projets de recherche concernant les espaces dont ils assurent la gestion et auxquels ils sont associés.

Les Parcs nationaux contribuent à la formulation des questions de recherche, notamment par l'expression d'attentes particulières.

Les chercheurs disposent au sein des établissements publics des parcs nationaux d'interlocuteurs privilégiés : des chefs de service scientifique et des chargés de mission avec lesquels les projets de recherche peuvent être discutés et des partenariats consolidés pour la récolte, le traitement, l'interprétation et la valorisation des données.

Ces professionnels du patrimoine peuvent mettre à disposition des chercheurs leur connaissance fine des territoires et des acteurs qui les animent, des données d'études ou d'inventaires ou encore des bases de données attributaires détaillées sur les différentes composantes du patrimoine de ces territoires.

Colloque "40 ans de recherche en Mercantour" : Marcel Barbero, Retraité, Conseil Scientifique du PNM

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