Un parc naturel régional s'organise autour d'un projet concerté de développement durable, fondé sur la protection et la valorisation de son patrimoine naturel et culturel.
Ses missions définies dans une charte révisée tous les 15 ans sont multiples.
Il doit préserver et valoriser la biodiversité comme les cultures et les savoir-faire locaux.
Il contribue au développement économique et social en valorisant les ressources naturelles.
Il participe à l'amélioration de la qualité de vie en orientant les projets d'aménagement dans le respect de l'environnement.
Pour mener à bien ses missions, le Parc dispose d'une équipe de techniciens au service des habitants et des élus du territoire.
Des paysages où la forêt domine
Le Parc naturel régional des Vosges du nord se situe dans un triangle allant de Wissembourg à (presque) Sarreguemines et plongeant sur Saverne.
L’océan, ici, c’est une forêt.
Elle couvre les deux tiers du territoire.
Essentiellement constituée de hêtres, de chênes, de pins sylvestres, elle laisse apparaître ici et là des prairies et des vergers.
127 666 hectares dont 83 525 de forêts, soit près de 66% du territoire du Parc.
Les richesses patrimoniales, naturelles et culturelles des Vosges du Nord sont nombreuses et variées.

La complémentarité des espaces forestiers et agricoles
De tout temps, l’Homme a façonné les territoires et les paysages.
Espaces agricoles et espaces forestiers fonctionnent comme des complémentaires.
Les hommes ont marqué les paysages en bâtissant des villages mêlant colombages en bois et pierre de grès, mais aussi ces incroyables châteaux forts qui ponctuent les hauteurs.
Leur nature industrieuse en a fait des paysans, des bûcherons, des menuisiers mais aussi des maîtres verriers.
Les prairies et les vergers introduisent dans la matrice forestière des espaces ouverts qui participent à la diversité des paysages et des usages.
Les surfaces forestières dans les Préalpes d’Azur
Aujourd’hui, les forêts couvrent 72% des Préalpes d’Azur.
Au milieu du XIXe siècle, la majorité des bois (44%) se situaient entre 650m et 1200m d’altitude, à l’étage supra-méditerranéen.
Le milieu du XIXe siècle est une période de transition forestière en France puisqu’elle correspond au minimum forestier.
Cette période marque le passage, à l’échelle nationale, de la dynamique générale de défrichement à une recolonisation forestière.
En 1866, les forêts se situaient majoritairement dans la moitié nord du territoire, au Nord d’une ligne qui traverse la Cime du Cheiron d’ouest en est.
De 1866 à aujourd’hui, la surface forestière a été multipliée par 3,2.
Les paysages forestiers dominent les Préalpes d’Azur, en particulier sur la moitié nord.
Les secteurs non forestiers, plus au Sud, sont dédiés au pastoralisme et aux cultures agricoles.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Part actuelle des forêts dans les Préalpes d’Azur | 72% |
| Part moyenne de la forêt dans les communes adhérentes au Parc | 74% |
| Surface forestière des Vosges du Nord | 83 525 hectares |
| Part des forêts dans le territoire des Vosges du Nord | près de 66% |
Les communes où les paysages ouverts demeurent présents
Sur les 48 communes adhérentes au Parc, la forêt représente en moyenne 74% de la surface communale.
Les communes dont le couvert forestier est le plus faible sont celles qui sont les plus urbanisées (Vence, Carros) mais aussi celles où le pastoralisme et les cultures maintiennent les paysages ouverts (Coursegoules, Courmes).
Les espaces non forestiers ne constituent donc pas nécessairement des milieux dépourvus de valeur paysagère ou écologique.
Ils peuvent correspondre à des terres agricoles, à des prairies pastorales, à des cultures ou à des vergers insérés dans un environnement forestier.
Une mosaïque de forêts, de prés et de grandes cultures
Aux confins de la montagne châtillonnaise et du plateau de Langres, le long des cours d’eau, une mosaïque de paysages défile entre forêts, prés et grandes cultures (document 4).
Ces espaces ruraux et agricoles offrent une grande multifonctionnalité d’usages : de la cueillette des champignons au ramassage des mues, en passant par la pêche, la photographie animalière (document 9) la randonnée ou encore la petite industrie.
Par exemple, le canton de Châtillon-sur-Seine dispose d’unités industrielles liées à cette forêt (scieries, déroulage de hêtre) et de petit agroalimentaire.

Champs de grandes cultures (tournesols) au milieu des espaces forestiers, paysage caractéristique du plateau de Langres (commune de Rolampont).
Ainsi, la diversité de ces ressources permet d’alimenter les différentes filières économiques présentes sur le périmètre du Parc : les filières bois, agricole et pierre demeurent les plus représentées.
De ce fait, le Parc national de forêts a été « créé dans un territoire où l’économie locale est principalement basée sur la gestion et l’exploitation des ressources naturelles » (Parc national de forêts, 2019, p. 1), ce qui s’avère aussi le cas des parcs de montagne (Cévennes, Pyrénées, Alpes).
En effet, son territoire (cœur et aire d’adhésion) est couvert à 95 % par des forêts largement anthropisées et des terres agricoles, il a donc « un caractère à être exploité quasiment sur tout le territoire à part demain la réserve intégrale », précise un maire d’une commune forestière (entretien, 23 février 2021).
Des forêts exploitées, habitées et protégées
En effet, ces forêts, principales assises paysagères et économiques du territoire, sont une ressource qui a occupé une place importante dans l’organisation des sociétés humaines locales, sur le temps long.
La diversité des milieux implique de prendre en compte simultanément les fonctions écologiques, agricoles, pastorales, économiques et récréatives des territoires.
Le territoire du parc national, avec moins de 11 habitants au km2, est considéré comme rural, voire « hyper-rural » (Bertrand, 2014) puisqu’« un tiers des communes du périmètre d’étude ont moins de 5 hab./km2 » (GIP, 2013, p. 16).
Marqués par un habitat groupé, enveloppés par des espaces agricoles et forestiers, les petits villages du territoire connaissent aujourd’hui une réalité amère de déprise démographique : de nombreuses habitations demeurent vacantes et des bâtiments restent sans usage.
Les limites de la reconnaissance par un parc
Le parc national n’a pas été perçu par tous les acteurs concernés de manière enthousiaste et unanime.
À ses débuts, le projet de parc national a semble-t-il suscité une adhésion majoritaire sur le territoire puisque 60 % des habitants se déclaraient dans le cadre de notre enquête favorables ou très favorables à sa création (document 11).
Quelle qu’en soit la raison, « il y avait une vraie volonté d’adhérer à ce projet », témoigne un membre du CESC (entretien, 19 février 2021).
Cet enthousiasme général s’est alors rapidement essoufflé à la suite d’un compte-rendu du CNPN (Conseil national de Protection de la Nature, constitué d’experts et de scientifiques, qui émet un avis sur les projets et les chartes de parcs nationaux et de parcs naturels régionaux, et sur tout autre sujet relatif à la protection de l’environnement.
Son positionnement est fréquemment jugé très strict.) qui a jugé que le projet n’était pas assez ambitieux en l’état, et que la zone d’étude du cœur devait être établie sur une méthode dégressive (retirer ce qui ne pouvait relever d’un cœur de parc) et non plus agrégative (assembler des espaces de forte naturalité supposée), obligeant le GIP à modifier sa feuille de route.
Alors que des terres agricoles, des forêts privées et communales étaient concernées par cette zone d’étude (assemblage d’espaces jugés dignes d’intérêt écologique), certains propriétaires privés ont eu le sentiment de se faire spolier leurs biens par l’État.
Les expressions de « mise sous cloche » ou encore de « réserve d’Indiens » ont beaucoup été utilisées lors des entretiens conduits, notamment par les acteurs économiques du territoire, qui redoutaient ne plus pouvoir accéder aux ressources naturelles présentes dans le cœur, les privant ainsi de leur matière première.
La modification de la feuille de route pour définir le périmètre du parc était sans doute une erreur stratégique, source d’un conflit naissant.
La charte et la participation des communes
La charte est un document contractuel, fixant des orientations dans l’aire d’adhésion, rappelant la réglementation du cœur, auquel adhèrent les communes qui le souhaitent, constituant ainsi l’aire d’adhésion.
Que la charte soit votée ou non par les communes, cela ne change rien au cœur.
Durant une dizaine d’années, les acteurs du territoire du futur Parc national de forêts ont tenté de rédiger une charte équilibrée, permettant de maintenir les activités économiques du secteur, tout en répondant aux ambitions de protection fixées par l’État.
Cependant, cette initiative nationale, alors perçue comme la dernière chance du territoire pour certains, s’opposait à une lutte au quotidien pour d’autres.
Après dix années difficiles de mise en place, le Parc national de forêts fut créé par décret le 6 novembre 2019 et promulgué le 7 novembre 2019 par le Conseil d’État.
La gestation du onzième parc national français entre Champagne et Bourgogne fut longue et parfois compliquée.
Des espaces naturels reconnus à plusieurs niveaux
Depuis longtemps, les forêts de Champagne et Bourgogne suscitent l'intérêt de nombreux scientifiques et des porteurs de projets de protection ; ainsi, l’un des maires du territoire a retrouvé dans les archives qu’un projet de Parc naturel régional de Champagne et Bourgogne avait été initié et abandonné.
Alors que cet élu haut-marnais souhaitait relancer ce projet, une chance inespérée s’est offerte : un appel à candidatures pour un parc national de forêts a découlé du Grenelle de l’environnement de 2007.
Si le plateau de Langres et le Chatillonnais ont été désignés pour ce projet, la raison de son choix ne fait pas l’unanimité au sein de la population locale.
Malgré ces divergences, l’état écologique du territoire était reconnu, puisque près de 23 % de la zone d’étude fait partie du réseau européen Natura 2000, quand 43 % est inventorié en ZNIEFF 1 et 2 et 4 % en site d’importance communautaire (GIP, 2013 et Parc national de forêts, 2019).
Il existe en 2023, 58 Parcs naturels régionaux en France.
Issue de la coopération entre deux réserves de biosphère nationales et limitrophes, celle des Vosges du Nord créée en 1998 et celle du Pfälzerwald en 1992, la Réserve de Biosphère Vosges du Nord-Pfälzerwald a été reconnue en décembre 1998 par l’UNESCO.
Il s’agit de la première réserve de biosphère transfrontalière en Europe.
Elle atteint une superficie de 3105 km², 1800 km² sur le territoire allemand et 1305 km² sur le territoire français, et rassemble environ 337 000 habitants.
Le territoire de la réserve de biosphère "Vosges du Nord-Pfälzerwald" présente des caractéristiques géologiques homogènes et connaît un patrimoine naturel commun, lui donnant un atout pour la coopération et la cohésion territoriale.
Le paysage principal de la réserve est constitué de la forêt tempérée qui couvre près des trois quarts du territoire, représentant la plus vaste entité forestière d’Europe occidentale non fragmentée, de part et d’autre de la frontière franco-allemande.
La portion urbanisée du territoire est très faible, favorisant la préservation de cet environnement.
Des dynamiques forestières fragilisées
Les peuplements de pins sylvestres et de sapins pectinés sont fortement impactés par un dépérissement (affaiblissement progressif pouvant engendrer la mort des arbres).
Le devenir des forêts préalpines constitue une grande incertitude.
A l’échelle de la région Sud Provence Alpes Côte d’Azur, les modèles développés lors des recherches de l’IRSTEA (INRAe) dirigées par Michel Vennetier montrent que le pin sylvestre n’a que très peu d’avenir, sur près de 50% des surfaces qu’il occupe.
16% de forêts présentes en 1866 ne le sont plus aujourd’hui.
Ces défrichements, minimes à l’échelle du Parc, ont tout de même concerné la quasi-majorité de ses communes.
Ces défrichements ont d’abord concerné les versants pentus et bien exposés.
Ainsi, 84% des espaces forestiers de 1866 sont toujours présents actuellement, en raison de la dynamique forestière globale d’expansion qui s’est produite depuis le milieu du XIXe siècle.
Et si on laissait nos forêts tranquilles ? #PlanB
La perception sociale des espaces protégés
L’acceptation sociale est une notion récente, qui ne concerne pas uniquement les espaces protégés.
Elle s’est appliquée aussi et d’abord à des mesures sociales (taxes, conditions de travail), à des populations (accueil de réfugiés), au sort réservé aux animaux d’élevage ou à de nouvelles technologies (modifications génétiques, nanotechnologies ou énergies renouvelables) ; autant de questions interpellant les sociétés dans ce qu’elles jugent tolérables.
Le premier emploi de cette notion dans une conférence internationale sur la protection de l’environnement remonte au 6e Congrès mondial des parcs (Sydney, novembre 2014) : les participants ont en effet dégagé les « 6 grands axes de changement pour influencer l’effectivité de la conservation et l’acceptation sociale des espaces protégés ».
L’idée est alors de sortir du ressenti de confiscation et de montrer les effets positifs des espaces protégés sur les sociétés.
Afin d’appréhender la perception des habitants à propos du Parc national de forêts, de son état de projet à aujourd’hui, un questionnaire a été diffusé par internet.
Après avoir récolté des données pendant un mois et demi, 196 réponses - dont 183 réponses exploitables - ont été obtenues.
Afin de compléter et d’affiner ce travail, 40 entretiens semi-directifs ont été menés, à 60 % en présentiel, auprès d’acteurs essentiels du territoire, tels que des représentants des filières économiques et les élus communaux du périmètre.
D’après le document 16, il semble exister un lien inverse entre le degré de renseignement acquis par les habitants et la perception contraignante qu’ils ont du Parc.
En effet, de nombreux évènements ont contribué à alimenter cette incompréhension.
Initialement perçu comme une chance inespérée, le projet de Parc est parfois devenu un combat du quotidien pour certains.