Quand on pense aux paysages de l’Asie du Sud-Est, les rizières en terrasses viennent immédiatement à l’esprit, avec leurs courbes sculptées dans la montagne. Du nord du Vietnam aux paysages de Bali ou des Philippines, ces terrasses offrent des panoramas spectaculaires, où les couleurs changent au fil des saisons.
Les rizières de Yuanyang sont une prouesse technologique classée au patrimoine de l’Unesco. En effet, les Hanis, minorité qui vit dans cette région, ont mis 1300 ans à façonner le paysage afin d’en tirer profit.

Pourquoi visiter les rizières en terrasses de Yuanyang ?
Le Vietnam est mondialement reconnu pour ses rizières en terrasses, particulièrement celles du Nord, qui captivent les photographes par leur beauté saisissante. Ces paysages ne sont pas de simples décors ; ils sont le fruit du labeur acharné de diverses communautés ethniques, dont l’âme et la culture sont intrinsèquement liées à ces cultures.
À Yuanyang, les terrasses s’étendent à perte de vue et composent un véritable labyrinthe de champs, de chemins et de villages. La région fascine par la rencontre entre un paysage spectaculaire et une vie rurale toujours intimement liée au travail de la terre.
La première matinée : admirer les rizières au lever du soleil
Richard, le patron, nous accueille avec une hospitalité incroyable. Nous rencontrons deux Français, Cécile et Greg, qui restent 4 nuits dans ce petit cocon.
Notre dîner avalé, Richard nous explique, plan à la main, les différents circuits à faire.
Après une bonne nuit, je me réveille tôt, car le propriétaire nous a indiqué qu’il s’agissait du meilleur moment pour les photos. Je quitte le lit sans bruit et pars avec l’appareil photo capturer les instants magiques qui suivent le lever du soleil.
Un calme absolu règne dans le village. Les cochons errent dans les ruelles, les buffles partent aux champs accompagnés de leur maître et les enfants sont sur le chemin de l’école.
Je descends jusqu’au point de vue indiqué par notre hôte. Et surprise, il est là à admirer les rizières qui s’étendent à perte de vue.
Il m’explique qu’il se lève tôt et qu’il vient là chaque matin avant que l’agitation du village vienne envahir les lieux.
Il me conduit vers un autre point de vue magique.
Pour les photographes, le début de la journée offre une lumière particulièrement douce et une atmosphère paisible. Les silhouettes des montagnes, les reflets de l’eau et les gestes des habitants donnent alors aux terrasses une dimension presque irréelle.

Randonnée dans les villages et les rizières
Je remonte ensuite à l’hôtel et, après un bon petit déjeuner, nous partons avec les deux Français faire notre randonnée.
Richard nous accompagne ainsi que son oncle et son chien. Nous avons l’impression d’être à la maison.
Notre hôte est un passionné de photos et nous guide à travers ce labyrinthe tout en prenant lui-même de nombreux clichés.
Il pleut, mais ça n’entache pas notre enthousiasme.
Nous passons devant des cascades, des buffles en train de labourer le terrain et des femmes portant de lourds paniers.
Le terrain est très glissant et nous ne pouvons qu’admirer ces hommes et ces femmes qui travaillent dans des conditions si difficiles.
La récolte du riz est un travail harassant. Les terres doivent être entretenues sans cesse.
Les buffles nettoient les rizières en les labourant pour arracher les vieux plants afin d’en replanter de nouveaux à la saison suivante.

Une agriculture façonnée par plusieurs générations
Les rizières en terrasses sont le résultat du travail et de l’expérience des communautés locales depuis des milliers de générations.
Surpassant les difficultés, les agriculteurs ont utilisé leurs savoirs ainsi que leurs croyances spirituelles et rituelles pour maximiser les rendements annuels.
Les paysans commencent par préparer leurs terres en amenant l’eau des sources ou de pluie dans leurs rizières afin de faciliter le labourage. Puis ils passent la herse, fertilisent les champs et se préparent au repiquage.
L’eau est conduite depuis le niveau supérieur jusqu’aux niveaux inférieurs, chaque petit champ étant une partie de ce système d’irrigation original.
Lorsque les champs installés sur le flanc d’une même colline ou d’une même montagne appartiennent à plusieurs familles, celles-ci se partagent les tâches de protection, de gestion et de répartition de l’eau.
Pendant toute la récolte, le pied du riz est toujours mouillé.
| Moment de la culture | Aspect des rizières |
|---|---|
| Avril à fin mai | Les rizières deviennent comme des miroirs géants sous le reflet du ciel. |
| Juin et juillet | Le riz bien repiqué offre toutes les nuances différentes de vert selon le décalage du repiquage. |
| Août, septembre et octobre | Le riz mûrit et les rizières jaunissent sous les dernières chaleurs de l’été. |
Les couleurs des rizières selon les saisons
La saison de l’eau : des miroirs naturels
La saison d’eau s’étend de mai à juin.
L’eau inonde les champs, ramollit le sol sec, le fait gonfler avant le labour et permet ensuite de repiquer le riz.
Les rizières sont arrosées en un immense miroir d’eau posé sur la terre.
Avec l’eau, les rizières deviennent comme des miroirs géants : une image extraordinaire sous le reflet du ciel.
Cette période permet également d’observer les travaux agricoles et, dans certaines régions, de participer au repiquage ou au labourage avec les ethnies minoritaires.
La croissance du riz : toutes les nuances de vert
Entre juin et juillet, partout dans le Nord du Vietnam, le riz est bien repiqué et c’est le moment de sa croissance.
On peut voir toutes les nuances différentes de vert selon le décalage du repiquage.
Les hommes s’occupent de creuser des canaux d’irrigation et veillent à ce que le champ soit irrigué en permanence.
La récolte : des terrasses dorées
La saison de récolte s’étend de la mi-septembre à la mi-octobre.
Toute la zone est décorée de beaux tapis de riz mûr jaune vif en un tableau impressionnant offert aux visiteurs.
Le riz mûrit et les rizières jaunissent sous les dernières chaleurs de l’été.
Les femmes courbées dans les rizières en terrasses coupent le riz, les palanches chargées de bottes de riz reposent sur leurs épaules, les enfants gardent les buffles ou aident leurs parents à récolter le riz, tandis que les hommes battent le riz et le transportent avec l’aide du buffle à la maison.
Un moment savoureux et véritablement authentique hors du temps vous attend devant les rizières.
Les étapes de la culture du riz
Une randonnée de quatre heures au cœur de la vie rurale
Nous finissons notre balade d’environ 4 h dans un petit village où nous faisons une halte chez un ami de l’oncle.
Les habitants sont très pauvres. Les enfants vont à l’école dans le village où nous dormons.
La randonnée permet de découvrir les paysages, mais aussi l’organisation quotidienne des villages. Les animaux, les cultures, les maisons et les chemins forment un ensemble indissociable.
Les maisons traditionnelles des villages
Les maisons sont à 3 niveaux.
- Au rez-de-chaussée, c’est la place des cochons.
- Au premier étage vivent les familles.
- Au dernier étage, on stocke la nourriture et on fait sécher le maïs ou le riz.
Les maisons traditionnelles sur pilotis permettent d’associer la vie familiale, l’élevage et le stockage des récoltes dans un même bâtiment.
Les villages de montagne offrent ainsi une immersion directe dans un mode de vie rural, où le riz reste au centre de l’organisation économique et domestique.

Le minibus et l’accès aux points de vue
Le lendemain, direction les rizières ! Nous prenons un minibus qui nous pose tout en haut afin de redescendre à pied.
Ici, le minibus, c’est simple : tu attends sur le bord de la route et, quand tu en vois un passer, tu lui fais signe et il s’arrête s’il a de la place.
Attention ! La dame du minivan nous a arrêtés à la billetterie des points de vue payants des rizières et nous a assuré qu’elle ne pouvait pas continuer sans qu’on achète ce fameux billet.
Bloqués, nous avons payé, mais il n’est absolument pas obligatoire de prendre ce ticket pour accéder à la zone !
Si vous prenez un minibus, demandez bien de ne pas payer la scenic area.
Les points de vue aménagés peuvent offrir des panoramas intéressants, mais il est utile de vérifier les conditions d’accès avant de régler un billet. Les itinéraires à pied permettent également d’observer les terrasses depuis des endroits moins fréquentés.
Les points de vue et la photographie
La région fascine les amateurs de photographie par sa nature sauvage et son atmosphère authentique.
Les paysages de rizières en terrasses s’intègrent harmonieusement aux canyons, créant des panoramas dignes de cartes postales.
Le calme du matin, la brume, les reflets de l’eau, les buffles et les travailleurs dans les champs offrent des sujets très variés.
Les rizières changent d’apparence selon les saisons :
- Juste après la saison sèche, les agriculteurs inondent les champs pour repiquer le riz. Les terrasses deviennent alors de vastes miroirs reflétant le ciel, les montagnes et les silhouettes des paysans.
- Quelques semaines après le repiquage, les jeunes plants de riz nouvellement transplantés colorent les terrasses d’un vert vif et uniforme.
- À l’approche de la moisson, les champs prennent une teinte dorée éclatante.
Le contraste entre le jaune des rizières, le vert des collines et le bleu du ciel crée un spectacle éblouissant.
Une soirée dans les hébergements locaux
Nous rentrons en minivan que Richard paiera pour nous.
Le soir, nous décidons d’aller goûter la nourriture de l’hôtel de l’oncle.
Celui-ci nous fait visiter toutes ses chambres. Chacune a une vue imprenable sur les rizières.
Pour le repas, il n’y a pas de menu. Il faut aller dans la cuisine et dire ce que l’on veut, hyper original !
Nous lui faisons confiance et lui demandons de nous faire un mix de ce qu’il y a de meilleur.
Le repas arrive et est composé de 4 plats : des pommes de terre, des fèves et du porc, du bambou épicé et une omelette de lichen qui a le goût des champignons.
Bien sûr, on nous emmène aussi un saladier de riz !
À la fin du repas, ils nous offrent une bière et nous font goûter l’eau-de-vie qu’ils ont fabriquée il y a deux ans avec une variété particulière de raisin.
La soirée se termine tranquillement en jouant au Rubik’s cube pour certains et en câlinant les chiens pour d’autres.
Une expérience fondée sur l’hospitalité
Richard nous accueille avec une hospitalité incroyable.
Nous avons l’impression d’être à la maison.
Notre hôte est un passionné de photos et nous guide à travers ce labyrinthe tout en prenant lui-même de nombreux clichés.
Séjourner dans un hébergement local permet de bénéficier de conseils personnalisés pour choisir les circuits, les horaires et les points de vue.
Vivre quelques jours chez une famille locale permet une immersion totale. Les maisons traditionnelles sur pilotis, ouvertes sur les rizières, offrent un cadre idéal pour observer les scènes de la vie agricole.
Conseils pratiques pour préparer l’excursion
Choisir la bonne saison
Si vous souhaitez voir des rizières tout en couleur, il vous faut connaître le bon moment.
La période entre avril et fin mai est idéale pour observer les rizières remplies d’eau et ressemblant à des miroirs du ciel.
Entre juin et juillet, les terrasses se couvrent de nuances de vert.
Entre août et septembre, octobre, le riz jauni est comme recouvert d’une couche de poudre d’or.
Prévoir une randonnée adaptée
Le terrain peut être très glissant lorsqu’il pleut.
Des chaussures offrant une bonne adhérence sont donc particulièrement utiles pour les chemins de terre et les passages entre les terrasses.
Les sentiers peuvent traverser des villages, des cascades, des ruisseaux et des champs cultivés.
Organiser les déplacements
Pour explorer les rizières, une combinaison de marche, de voiture et de moto peut être une excellente option.
Pour les voyageurs en quête de liberté, louer une moto permet de parcourir une plus grande distance et d’accéder à des points de vue moins fréquentés.
Une fois sur place, se déplacer en moto permet de serpenter à travers les rizières, d’accéder à des points de vue isolés et de s’arrêter au gré de ses envies.
Préparer ses documents
Anecdote du jour : nous avons fait faire nos visas vietnamiens sur internet et il fallait imprimer le reçu.
Il n’y a qu’une imprimante dans tout le village.
Après avoir demandé où se trouvait le magasin à 4 ou 5 personnes, nous tombons sur une boutique de vêtements et chaussures avec une imprimante posée là, devant l’entrée.
Petit problème : mon visa était sur une carte SD et celui de mon mari sur son téléphone.
Ça, c’était sans compter sur WeChat !
Découvrir d’autres rizières en terrasses en Asie
Mu Cang Chai
Située dans la province de Yên Bái, au cœur des montagnes du Nord du Vietnam, Mu Cang Chai offre des paysages impressionnants avec ses rizières en terrasses sculptées dans les flancs des montagnes.
Mu Cang Chai est un district montagneux à l’ouest de la province de Yen Bai, à environ 300 km au nord-ouest de Hanoï.
Considéré comme un des berceaux de la riziculture, Mu Cang Chai possède près de 500 hectares de rizières en terrasses, classées comme un site du patrimoine national en 2007.
Pour avoir un aperçu des rizières, il est recommandé de monter au col de Khau Pha, l’un des quatre grands cols du Vietnam.
Les routes sinueuses traversant de nombreux sites célèbres tels que La Pan Tan, Mu Cang Chai, Tu Le, Che Cu Nha et Nam Co surplombent des champs en terrasses où essaiment les petites maisons des Hmong.
La saison d’eau s’étend de mai à juin, tandis que la saison de récolte s’étend de la mi-septembre à la mi-octobre.
Sapa
Située dans les montagnes du nord du Vietnam, Sapa est souvent la première image qui vient à l’esprit.
Les rizières de Sapa sont classées parmi les 7 plus belles rizières du monde.
La région attire des millions de touristes chaque année, qui peuvent y faire de magnifiques randonnées guidées par les populations Hmong et Dao à travers la vallée de Muong Hoa et les villages de Ta Phin et Lao Chai.
Les rizières vertigineuses de Sapa sont entourées de hauts sommets et de villages ethniques comme Lao Chai, Ta Van ou Ban Ho, en faisant un lieu idéal pour la randonnée et la découverte des communautés Hmong, Dao et Giay.
Sapa est facilement accessible depuis Hanoï en train de nuit ou en bus.
Le trajet en train dure environ 8 à 9 heures jusqu’à Lao Cai, puis un court trajet en bus jusqu’à Sapa.
Hoang Su Phi
Aux confins du Vietnam, près de la frontière chinoise, Hoang Su Phi, dans la province de Ha Giang, est une région préservée et sauvage, idéale pour la randonnée au pied de la montagne Tay Con Linh.
Classée au patrimoine national, Hoang Su Phi est célèbre pour son incroyable diversité ethnique et ses spectaculaires « vagues » de rizières en escaliers dans les villages de Ban Luoc, Thong Nguyen et Nam Ty.
L’exploration de cette région se fait idéalement par ses nombreux chemins de terre, parfois non asphaltés, à travers de grandes forêts de bambous, avec l’aide de guides locaux Dao, Nung ou Chi.
Pu Luong
Niché dans les montagnes dans le Nord-Ouest du Vietnam, à l’écart des circuits touristiques traditionnels, le massif de Pu Luong est un joyau encore préservé du nord du Vietnam.
Ce territoire, habité par des communautés thaïes et muongs, séduit les voyageurs étrangers ou vietnamiens en quête d’authenticité, de nature et de paix intérieure.
Mais surtout, ce sont les rizières en terrasses à Pu Luong qui émerveillent, déployant leurs courbes harmonieuses à flanc de montagne.
La Réserve naturelle de Pu Luong, dans la province de Thanh Hoa, est située à côté de la vallée de Mai Chau.
Son paysage typique est composé de forêts tropicales sur de hautes montagnes calcaires et de paisibles villages ruraux habités par des minorités ethniques qui ont créé des cultures en terrasses en puisant l’eau des ruisseaux.
De nombreuses roues hydrauliques sont présentes pour l’agriculture.
La majorité des communautés de la réserve sont des populations Thaï, avec deux branches locales : les Thaï Blancs et les Thaï Noirs.
Banaue et Batad
Souvent associées dans un même voyage en raison de leur proximité, les rizières de Banaue et de Batad offrent deux visions complémentaires d’un même paysage.
Les Banaue Rice Terraces comptent parmi les plus anciennes au monde, avec plus de deux millénaires d’existence.
Tegallalang et Jatiluwih
Situées à proximité d’Ubud, les rizières en terrasses de Tegallalang comptent parmi les plus célèbres de Bali.
Le site le plus connu, appelé Ceking Rice Terrace, correspond au point de vue principal où l’on retrouve les paysages les plus photogéniques, souvent visibles sur les réseaux sociaux.
Moins fréquenté que Tegallalang, Jatiluwih Rice Terraces offre une sensation d’espace et de sérénité.
Tam Coc
Plus au sud, Tam Coc, dans la baie terrestre de Ninh Binh, est une destination emblématique.
Ses rizières sont situées entre la rivière Ngo Dong et les falaises de calcaire, et peuvent être admirées en bateau ou depuis le sommet de la montagne Ngoa Long.
En raison d’un approvisionnement en eau limité, Tam Coc ne produit qu’une seule récolte de riz, semée en janvier et récoltée en mai.
Les rizières dorées de Tam Coc sont particulièrement attendues chaque année fin mai, et un festival est organisé pour célébrer leur beauté.
Saveurs et repas dans les villages
Dans les villages de rizières, la cuisine reste directement liée aux récoltes, aux élevages, aux ruisseaux et aux ressources de la forêt.
La cuisine de montagne se distingue par sa simplicité rustique, sa fraîcheur et son lien direct avec la nature.
- Les pommes de terre, les fèves et le porc composent des plats simples et nourrissants.
- Le bambou épicé apporte une saveur caractéristique aux repas locaux.
- L’omelette de lichen a le goût des champignons.
- Le riz est servi dans un grand saladier pour accompagner les différents plats.
- Les boissons locales peuvent inclure une bière et une eau-de-vie fabriquée avec une variété particulière de raisin.
Chaque plat porte la mémoire du terroir, de la forêt, des rivières et des champs.
Manger ici, c’est non seulement se nourrir, mais aussi comprendre un mode de vie façonné par les saisons, le climat et surtout par les rizières en terrasses qui nourrissent corps et âme.