L’image des auberges de jeunesse s’est profondément transformée au fil du temps. D’abord associées aux mouvements de jeunesse, aux dortoirs, aux règles strictes et à une vie collective très codifiée, elles sont progressivement devenues des lieux de voyage plus souples, plus accessibles et mieux adaptés aux pratiques contemporaines.
Comparer l’auberge de jeunesse « avant et après » permet de comprendre une évolution à la fois architecturale, sociale et culturelle : d’un hébergement parfois perçu comme austère à un espace convivial où se rencontrent voyageurs, familles, étudiants, randonneurs et travailleurs nomades.

Les origines des auberges de jeunesse en France
Le premier organisme d’auberges de jeunesse en France, la Ligue Française des Auberges de Jeunesse (LFAJ), est créé en 1929 sous l’égide du démocrate-chrétien Marc Sangnier.
La religiosité de ce dernier amène les socialistes à créer le Centre Laïc des Auberges de Jeunesse (CLAJ), qui est à son apogée en 1936, quand les congés payés sont mis en place par le Front populaire.
Les auberges de jeunesse ont joué un rôle majeur dans l’élaboration de la politique des loisirs et la naissance de l’éducation populaire.
À la fin de la guerre, les auberges de jeunesse semblent concrétiser le rêve ancien d’une action commune au service de la jeunesse et de l’éducation populaire.
L’union des auberges se réalise pendant la guerre avec la création d’un organisme chargé de la gestion des auberges, les Auberges Françaises de la Jeunesse, et d’un mouvement de jeunesse, Les Camarades de la route (CDR) : l’idéologie ajiste se construit.
Dès 1944, est créée l’Union Française des Auberges de Jeunesse (UFAJ) et le MUAJ, qui regroupe tous les usagers des auberges.
Mais la création de l’Organisation Centrale des Camps et Auberges de la Jeunesse (OCCAJ) par des militants catholiques provoque la dissolution du MUAJ qui s’intègre au mouvement de jeunesse communiste, Forces Unies des Jeunesses Patriotiques (FUJP).
Le rêve d’une unité d’action des auberges de jeunesse aura été impossible à réaliser, bien qu’il animât leurs responsables depuis 1929.
L’image des auberges de jeunesse avant la Seconde Guerre mondiale
Les photographies de Pierre Jamet donnent une image particulièrement vivante des auberges de jeunesse à l’époque du Front populaire.
Se baigner dans l'océan, jouer sur la plage, souffler dans un harmonica, faire de l'auto-stop sur la route des vacances : Pierre Jamet s'est fait le témoin photographique de l'époque insouciante et incroyablement libre des auberges de jeunesse du Front populaire.
Ces magnifiques scènes de vie en noir et blanc saisies juste avant la Seconde Guerre mondiale font l'objet d'une exposition aux Rencontres d'Arles.
À la suite de la victoire du Front populaire, en 1936, il adhère au Centre laïque des auberges de jeunesse, mouvement qui connaît en France un grand essor sous l'impulsion du ministre de la Jeunesse Léo Lagrange.
Cette photo de jeunes gens regagnant la plage après un bain de mer a été prise à Belle-Ile-en-Mer en 1937.

Deux frères torse nu se tenant par le cou devant la pancarte indiquant la direction de l'auberge de jeunesse. Villeneuve-sur-Auvers, dans l'actuelle Essonne, 1937.
Tête d'un jeune campeur hilare dépassant de sa tente. Belle-Ile-en-Mer, 1937.
Un jeune garçon, à quatre pattes sur la plage, souffle sur un petit radeau à voile et à roulettes pour le faire avancer. Belle-Ile-en-Mer, 1937.
Gros plan sur les mains de joueurs jouant avec des galets sur le sable d'une plage. Belle-Ile-en-Mer, 1937.
Trois jeunes femmes se tenant par la main sont en l'air en train de sauter joyeusement dans une dune. Belle-Ile-en-Mer, 1937.
Dina Vierny joue de l'harmonica sur le rebord de la fenêtre de l'auberge de jeunesse. Dammartin-sur-Tigeaux, Seine-et-Marne, 1937.
Groupe de marcheurs, de dos, portant des sacs à dos et marchant sur une route déserte. France, 1937. Les auberges de jeunesse, ou la vie au plein air.
Dans la cour de l'auberge de jeunesse, un jeune homme fait tourner une jeune fille accrochée a son cou. Villeneuve-sur-Auvers, 1937.
Quatre jeunes gens embarquent dans un camion de déménagement qui les prend en auto-stop sur une route. Villeneuve-sur-Auvers, 1937. Encore un témoignage de la vitalité de cette jeunesse libre et anticonformiste.
Les photos de son père n'étaient pas posées, mais « suscitées par ce qui était en train de se passer ».
Une jeunesse libre, sportive et mixte
Les auberges de jeunesse d’avant-guerre ne sont pas seulement des lieux où dormir. Elles favorisent une nouvelle manière de voyager, fondée sur la mobilité, la nature, la découverte et les relations entre jeunes.
Ces jeunes découvrent les loisirs, la nature, l’activité sportive, la franche camaraderie, la mixité.
Les ajistes, qu’ils soient intellectuels, paysans ou ouvriers comme ici, partagent tous le même idéal.
« Les gars et les filles qui étaient proches de mon père étaient politisés à gauche, mais dans les auberges de jeunesse, il y avait de tout ; c'est ça qui faisait leur force ».
Les jeunes, réticents à l’idée d’adopter un uniforme ajiste, portent ici le costume type du randonneur.
Fidèle à l’esprit ajiste, rien ne distingue la jeune ajiste de son « camarade ».
On est loin de la morale étriquée qui vouait la jeune fille à son destin d’épouse et de mère.
La mixité, l’autodiscipline et l’égalité entre les participants contribuent alors à faire des auberges de jeunesse des lieux d’expérimentation sociale.

L’affiche de 1945 : une représentation idéalisée de l’auberge
Cette affiche, créée en mars 1945 par M.
La domination de deux personnages à la dimension démesurée, le graphisme simplifié, les traits stylisés font penser à l’esthétique du réalisme socialiste alors promue par le Parti communiste.
Deux jeunes ajistes, couleur de terre, portant sacs à dos, shorts et godillots se tiennent par la main, cheveux au vent, sous un ciel d’azur.
Ils s’éloignent de l’usine, dessinée en gris, symbole de la morosité de leur vie quotidienne, pour aller d’un pas décidé « au-devant de la vie », « par les monts et par les plaines », une fleur à leurs pieds, symbole de la nature bienfaisante.
L’image oppose ainsi deux univers : l’usine grise, associée à la monotonie de la vie quotidienne, et la nature lumineuse, présentée comme un espace d’émancipation.
| Élément visuel | Signification |
|---|---|
| Deux jeunes personnages | Jeunesse, égalité et camaraderie |
| Sacs à dos, shorts et godillots | Randonnée et mobilité |
| Usine dessinée en gris | Morosité de la vie quotidienne |
| Ciel d’azur | Liberté et avenir |
| Fleur au premier plan | Nature bienfaisante |
De l’idéal collectif à l’image des auberges d’avant-guerre
Dans la recherche de sponsoring, les questions d’image sont au premier plan.
« La réputation des Auberges de Jeunesse Suisses à l’étranger est bonne. (…) Mais dans notre pays, on croit encore aux histoires des foyers et auberges d’avant-guerre, légèrement poussiéreux, surdimensionnés et plutôt mal tenus par des gérants peu communicatifs. Certes, les mœurs et coutumes sévères sont restées ici et là comme le vestige du mouvement des Wandervögel (trop) idéaliste, (…). »
Cette perception montre l’écart entre l’idéal fondateur et l’image parfois conservée dans l’opinion publique : des établissements austères, vieillissants, peu confortables et soumis à des règles contraignantes.
La notoriété des auberges de jeunesse dans les années 1980
Durant l’été 1980, un institut d’études de marché tente de déterminer la popularité et l’image des Auberges de Jeunesse Suisses auprès de la population suisse.
La raison en est le sponsoring envisagé par « une grande compagnie d’assurance suisse ».
Près de 1000 personnes, dont exactement la moitié de femmes et d’hommes, âgées de 15 à 74 ans, provenant de toutes les régions du pays et de toutes les classes de pouvoir d’achat, sont interrogées.
Près de 50 % connaissent les auberges de jeunesse.
« La moitié des Suisses pensent spontanément aux auberges de jeunesse lorsqu’il est question d’hébergements bon marché pour le week-end et les vacances, en particulier pour les jeunes. »
Mais qu’en est-il de l’image ? « Elles ne sont pas du tout bünzli, elles ne sont pas du tout inconfortables », note-t-on dans les réponses.
Selon les personnes interrogées, les auberges de jeunesse sont également plus ou moins propres.
La moitié d’entre elles, notamment les plus âgées, apprécient l’idée qu’une grande assurance puisse « aider les auberges de jeunesse par le biais de la publicité à être plus connues et plus actuelles ».
| Élément de l’étude | Résultat |
|---|---|
| Période | Durant l’été 1980 |
| Personnes interrogées | Près de 1000 personnes |
| Répartition femmes-hommes | Exactement la moitié de femmes et d’hommes |
| Âge | De 15 à 74 ans |
| Notoriété | Près de 50 % connaissent les auberges de jeunesse |
| Association spontanée | Hébergements bon marché pour le week-end et les vacances |
Les règles anciennes et leur remise en question
Les affirmations sont certes prometteuses, mais elles ne se reflètent pas dans le nombre de membres : de moins en moins de jeunes décident de devenir membres.
La « philosophie des auberges de jeunesse » leur correspond-elle encore ?
Des enquêtes révèlent que la réglementation restrictive du repos nocturne et la ségrégation des sexes ne sont plus d’actualité.
Mais certains pensent aussi qu’il faut s’en tenir à ces idéaux.
Les partisans et les détracteurs sont plus ou moins équilibrés.
Dans certaines auberges de jeunesse, il est toutefois devenu possible, au cours des années 1980, d’héberger des couples dans la même chambre ; la séparation des familles a déjà été supprimée partout.
Cette évolution marque une rupture avec l’image traditionnelle de l’auberge : le séjour n’est plus nécessairement associé à une discipline collective rigide ni à une séparation systématique des voyageurs.
Le passage des dortoirs austères aux hébergements contemporains
Avec les modifications de la structure spatiale, la question se pose à nouveau à partir de 1983 de savoir si les auberges de jeunesse appartiennent à l’hôtellerie ou à la parahôtellerie, c’est-à-dire s’il s’agit d’hébergements à prestations limitées tels que les chambres privées, les campings ou les hébergements collectifs.
Aujourd’hui, les auberges de jeunesse font clairement partie de cette deuxième catégorie, même si on leur reproche parfois d’exploiter des hôtels de luxe en raison des nouveaux établissements comme ceux de Saas-Fee ou de Saint-Moritz.
Avec des chambres sans télévision, minibar, verre à dents, peignoir ou claquettes jetables.
Mais fini les établissements miteux et les dortoirs, car les auberges de jeunesse ont elles aussi évolué et se sont adaptées à leur époque.
Elles ont néanmoins conservé une chose : leurs valeurs sociales et l’utilisation parcimonieuse des ressources naturelles.

Les auberges de jeunesse aujourd’hui : confort, partage et flexibilité
Les auberges de jeunesse rendent le voyage plus facile, moins cher et infiniment plus convivial, mais elles ont aussi leur propre rythme.
Chambres partagées, cuisines communes et espaces communs animés : vous aurez donc besoin d’un équipement pratique, compact et polyvalent.
Les auberges de jeunesse proposent des prises électriques communes, des routines variées et un mélange de voyageurs qui travaillent, regardent des séries en streaming ou planifient leur prochaine étape.
Les discussions regorgent d’invitations spontanées : clubs de plage, visites guidées à pied, tournées des bars, randonnées dans la jungle.
Comme ces projets se concrétisent à la dernière minute, les voyageurs ne cessent de dire à quel point ils sont contents d’avoir un petit sac à dos de jour prêt à emporter.
Une liste de voyage bien pensée pour l’auberge de jeunesse vous permet de voyager léger, confortablement et d’être prêt à profiter de chaque instant de votre périple.
Le sac et l’équipement adaptés à l’auberge
Votre sac est la base de toute votre expérience en auberge de jeunesse.
Optez pour un modèle d’une capacité de 40 à 50 litres, car il peut être emporté en bagage à main par de nombreuses compagnies aériennes et vous évite de trop vous encombrer.
Petit conseil : si vous comptez souvent dormir en dortoir, choisissez un sac qui tient debout sans s’affaisser.
Si vous préférez avoir vos affaires bien rangées, un petit sac fourre-tout pliable ou un sac de jour compact peut s’avérer très pratique pour faire les courses ou sortir de l’auberge.
Vous n’avez pas besoin de beaucoup de choses, mais vous devez trouver la bonne combinaison.
Privilégiez les superpositions plutôt que le volume.
Privilégiez les tissus à séchage rapide et les pièces que vous pouvez assortir entre elles.
Une bonne méthode consiste à établir votre liste de matériel en fonction des couches, puis à n’adapter que 10 à 15 % de votre équipement en fonction du climat.
Les cascades, les balades en bateau et la plongée avec tuba reviennent sans cesse dans les discussions de l’application.
Comme ces activités se décident souvent à la dernière minute, les voyageurs finissent souvent par emprunter ou acheter à la dernière minute des articles tels que des sacs étanches, des étuis imperméables pour téléphone et des serviettes en microfibre.
Hygiène, sommeil et espaces communs
Les produits d’hygiène peuvent rapidement alourdir vos bagages, alors privilégiez les petits formats adaptés à la vie en auberge.
Elle sèche rapidement, prend très peu de place et fait partie des articles les plus utiles que vous puissiez emporter.
Une petite pochette à fermeture éclair ou une trousse de toilette à suspendre permet également de tout ranger proprement dans les salles de bains communes.
Une bonne nuit de sommeil dans une auberge de jeunesse n’a pas de prix.
Ces petits détails de confort font toute la différence.
Si vous avez tendance à vous réveiller facilement, évitez les lits du bas près de la porte.
Les auberges de jeunesse proposent des prises électriques communes, des routines variées et un mélange de voyageurs qui travaillent, regardent des séries en streaming ou planifient leur prochaine étape.
Si vous travaillez à distance, optez pour la configuration la plus compacte possible.
De nombreux voyageurs trouvent qu’une tablette avec un clavier suffit.
Une chose à ne pas oublier : un adaptateur universel doté de ports USB.
Les batteries de téléphone se déchargent rapidement lorsque vous coordonnez navettes, ferries et rendez-vous.
Sécurité et organisation dans les dortoirs
La taille des casiers d’auberge varie.
Certains peuvent contenir un sac à dos entier, d’autres uniquement des objets de valeur.
Conseil de sécurité rapide : gardez votre passeport soit sous clé, soit sur vous lorsque vous changez d’auberge.
Mais surtout, fiez-vous à votre instinct.
Si un dortoir vous semble trop bondé ou chaotique, parlez-en à la réception.
Les cadenas font partie des articles les plus demandés dans les discussions de la communauté Hostelworld.
Il arrive souvent que les voyageurs découvrent à leur arrivée que le casier de leur auberge nécessite un cadenas qu’ils n’ont pas emporté, ou qu’ils aient tout simplement égaré le leur en faisant leurs valises.
Un petit mousqueton s’avère également très pratique.
Si vous aimez l’ordre, étiquetez les cubes par catégorie.
Enrouler ses vêtements plutôt que de les plier permet de gagner de la place.
Les objets à emporter et ceux à laisser de côté
Chaque voyage comporte des moments où les voyageurs se disent : « J’aurais mieux fait de ne pas emporter ça.
Certains articles sont tout simplement peu pratiques dans les auberges de jeunesse.
Les sèche-cheveux sont rarement nécessaires, car de nombreuses auberges en mettent déjà à disposition à la réception.
Même les guides touristiques peuvent être remplacés par des cartes hors ligne ou des versions numériques légères.
Une gourde réutilisable permet de faire des économies, de réduire la consommation de plastique et de rester hydraté pendant les longues journées de voyage.
Des cartes, des jeux de voyage ou même un câble de recharge de rechange peuvent transformer des inconnus en amis en quelques minutes.
La liste des objets souvent oubliés comprend notamment les cadenas, les batteries externes, les vestes imperméables, les câbles de recharge supplémentaires et les serviettes en microfibre.
| Objet | Utilité |
|---|---|
| Cadenas | Sécuriser le casier |
| Serviette en microfibre | Sécher rapidement et prendre peu de place |
| Batterie externe | Recharger les appareils pendant les déplacements |
| Adaptateur universel | Utiliser les prises dans différents pays |
| Petit sac à dos | Accompagner les sorties et les excursions |
| Veste imperméable | Faire face aux averses imprévues |
Une image actuelle fondée sur la communauté
Les auberges de jeunesse ont évolué et se sont adaptées à leur époque.
Elles ont néanmoins conservé une chose : leurs valeurs sociales et l’utilisation parcimonieuse des ressources naturelles.
Les auberges de jeunesse rendent le voyage plus facile, moins cher et infiniment plus convivial.
Ces petits objets sont souvent le point de départ de conversations.
Les discussions regorgent d’invitations spontanées : clubs de plage, visites guidées à pied, tournées des bars, randonnées dans la jungle.
Voyager en auberge, c’est avant tout une question de liberté, de spontanéité et de communauté.
Moins vous emportez de choses, plus il est facile de participer à des excursions de dernière minute, de changer de ville sur un coup de tête ou de grimper sans peine sur la couchette du haut.
Faites vos valises intelligemment, restez curieux et imprégnez-vous de l’énergie que les auberges apportent à chaque aventure.