Au bord de la faillite, la compagnie aérienne italienne Alitalia pourrait être sauvée par ses concurrentes Delta et Easyjet. Ces dernières sont prêtes à investir 400 millions d'euros dans l'entreprise, selon Bloomberg.
Au total, le groupe d'investisseurs projette d'injecter 1 milliard d'euros dans Alitalia. Les autres sont le Trésor italien et des compagnies d'Etat, dont en première ligne la Ferrovie (la SNCF italienne).
À l'issue de l'opération, Delta et Alitalia détiendraient 40% des parts de la nouvelle entité, la Ferrovie environ 30% et le Trésor italien en garderait entre 15% et 25%.

Une dernière chance d’éviter la liquidation
Ce projet est la dernière chance pour Alitalia d'éviter la liquidation, selon l'agence de presse. La procédure de faillite de la compagnie a été ouverte en 2017. C'est la seconde fois en une décennie qu'elle risque de mettre la clé sous la porte.
Les incertitudes se poursuivent pour la compagnie aérienne Alitalia, alors que les reports de date limite pour une reprise se multiplient. Ce lundi, le gouvernement italien a accordé un nouveau délai, jusqu'au 31 mai, pour tenter de trouver une solution pour sauver la compagnie aérienne en grande difficulté.
Un nouveau prêt relais de 400 millions d'euros lui a été accordé afin de lui permettre de survivre jusqu'à cette date. 900 millions d'euros avaient déjà été consentis en 2017.
La Commission européenne ouvrant même une enquête afin de savoir si ce dernier prêt constituait une aide d'Etat et s'il était conforme ou non aux règles de l'UE en matière d'aides d'Etat destinées aux entreprises en difficulté.
Il faut dire que c'est la huitième fois que l'avenir de la compagnie est soumis à un report. Sa reprise est dans l'impasse après des mois de négociations infructueuses avec d'éventuels repreneurs.
Atlantia, Delta et les chemins de fer italiens autour de la table
La société nationale italienne des chemins de fer s’est entendue avec Atlantia, propriété de Benetton, et la compagnie américaine Delta pour reprendre la compagnie aérienne.
Alitalia est en passe de reprendre l’air. La société nationale italienne des chemins de fer, Ferrovie dello Stato italiane (FS), a annoncé, lundi 15 juillet, s’être entendue avec le groupe Atlantia, propriété de la famille Benetton, et la compagnie aérienne américaine Delta pour reprendre la compagnie italienne en quasi-faillite.
Les repreneurs ont présenté leur offre de reprise à la date butoir fixée au 15 juillet par les autorités italiennes.
Le ministère de l’Economie participera également au plan de sauvetage d’Alitalia placée sous tutelle depuis 2017. FS avait déposé fin octobre une offre de reprise, mais avait précisé chercher des partenaires. La société publique a obtenu depuis, plusieurs délais pour boucler son tour de table.
Delta et le ministère de l’Economie étaient déjà depuis plusieurs mois identifiés comme de futurs partenaires. Le groupe a précisé qu’il « commencerait au plus vite à travailler avec les partenaires choisis afin de partager un plan industriel et d’autres éléments de l’éventuelle offre ».
| Partenaire | Participation évoquée |
|---|---|
| Ferrovie dello Stato italiane | 35 % |
| Atlantia | De 35 % à 40 % |
| Delta Airlines | De 10 % à 15 % |
| Trésor italien | 15 % |
Malgré l’arrivée d’investisseurs privés, « L’Etat continuera d’avoir la majorité absolue dans l’entreprise et conservera donc le contrôle de la nouvelle société », a précisé Luigi Di Maio, vice premier ministre et ministre du développement économique et chef du Mouvement 5 étoiles (M5S).
Dans le détail, le nouveau tour de table d’Alitalia, devrait être composé à 35 % par FS et à 15 % par le Trésor italien. Du côté des actionnaires privés, Atlantia pourrait acquérir de 35 % à 40 % du capital tandis que Delta Airlines est en discussions pour s’emparer de 10 % à 15 % des parts de la compagnie aérienne.
Le changement de position sur Atlantia
Les discussions ont été longues pour former ce nouveau tour de table. Le Mouvement 5 étoiles a longtemps été vent debout contre l’entrée d’Atlantia au capital d’Alitalia.
Le M5S (antisystème) accuse la famille Benetton de négligences coupables dans l’effondrement meurtrier du pont de Gênes le 14 août 2018, qu’Atlantia gère au travers d’Autostrade per l’Italia (Aspi), une de ses filiales.
Le Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème), l’une des deux formations politiques présentes au gouvernement, a longtemps été vent debout contre l’entrée d’Atlantia au capital d’Alitalia, accusant la famille Benetton de négligences coupables dans l’effondrement meurtrier du pont de Gênes l’an dernier, qu’Atlantia gère via Aspi (Autrostrade per l’Italia).
Après des mois de négociations et l'expiration d'un énième délai fixé par le gouvernement, le groupe autoroutier et aéroportuaire Atlantia , contrôlé par la famille de Luciano Benetton, annonçait que les conditions n'étaient pas réunies pour qu'il puisse rejoindre un consortium qui sauverait Alitalia.
Atlantia devait participer au plan de sauvetage aux côtés du groupe public des chemins de fer italiens Ferrovie dello Stato (FS), de la compagnie aérienne américaine Delta et du ministère italien des Finances.
Les avantages commerciaux attendus pour Delta
De son côté, Delta profiterait de cet investissement pour augmenter le nombre de vols d'Alitalia vers l'Amérique du Nord.
Le 12 novembre dernier, Delta se disait prête à investir jusqu'à 100 millions. Delta Air Lines, devait détenir 10 % des actions, à côté de FS et Atlantia qui en auraient chacun 37,5 %, le ministère de l'Economie en conservant 15 %.
La compagnie italienne ne devrait pas retrouver son lustre d’antan. Elle devrait servir de relais de l’américaine Delta en Europe. Son activité devrait aussi être rationalisée par Atlantia qui gère l’aéroport de Rome.

Un plan industriel fondé sur la réduction des coûts
Les nouveaux actionnaires vont devoir se mettre d’accord sur un nouveau plan industriel pour relancer la compagnie aérienne. Cela devrait passer par une nouvelle réduction de la flotte et par un plan social.
Selon un business plan élaboré par FS et Delta, dont le quotidien économique italien Il sole 24 ore a eu connaissance, le nombre des appareils devrait être réduit de 117 à 102 d’ici 2023.
Dans le même temps, la nouvelle Alitalia devrait fermer toutes ses destinations non rentables. Notamment celles où elle subit la plus forte concurrence des compagnies low cost.
Sur le plan social, FS et Delta prévoient de supprimer 740 emplois sur 12 500.
Pour remettre d’aplomb les comptes de la compagnie, les actionnaires comptent réduire de 5 % à 5,8 % les rémunérations des pilotes et des personnels navigants.
Enfin, Atlantia et Delta, ont aussi prévu de remettre la main à la poche. Une augmentation de capital de 700 millions d’euros sera lancée en au premier janvier 2020.
| Mesure envisagée | Donnée |
|---|---|
| Réduction de la flotte | De 117 à 102 appareils d’ici 2023 |
| Suppressions d’emplois | 740 emplois sur 12 500 |
| Rémunérations concernées | Réduction de 5 % à 5,8 % |
| Augmentation de capital | 700 millions d’euros |
Une compagnie placée sous tutelle depuis 2017
Pourtant, il y avait urgence. Depuis qu’elle a été mise sous tutelle, en mai 2017, par le gouvernement, la compagnie est un véritable puits de pertes.
Elle perdrait environ un million d’euros par jour et elle doit, en plus, rembourser un prêt relais de 900 millions d’euros.
En quasi-faillite lors de sa mise sous tutelle en 2017, Alitalia a retrouvé un peu d’air ces derniers mois. Au cours du premier semestre, son revenu par passager a augmenté de 4,4 % par rapport à la même période un an auparavant.
En juin, le nombre de passagers transportés a progressé de 2 % comme son chiffre d’affaires qui s’est établi à 126 millions d’euros.
Il n’empêche, Alitalia est loin d’être sortie d’affaires.
Les difficultés structurelles d’Alitalia
Prise en étau entre les low cost et les compagnies du Golfe offrant des services haut de gamme, Alitalia, dont la présence sur le long courrier est réduite, accumule les pertes depuis des années.
Depuis des années, Alitalia a multiplié les erreurs stratégiques pour se retrouver finalement dans le rouge.
Au contraire des autres compagnies historiques européennes, elle n’a pas concentré ses forces sur un hub unique, tel Roissy pour Air France ou Heathrow pour British Airways.
Surtout, le transporteur national italien n’a pas supporté le choc de la rivalité avec les transporteurs à bas coûts apparus dans les années 2000.
« En Italie, les compagnies low cost ont tout de suite eu beaucoup de succès », fait savoir un observateur, proche d’Alitalia.
Notamment, ajoute ce dernier, « parce que les petits aéroports de province leur ont donné beaucoup d’argent. Ils disaient à l’époque que c’était bon pour l’économie régionale ».
Un système dont a beaucoup profité la low cost irlandaise Ryanair.
Enfin, Alitalia a aussi payé très cher son isolement. Faute d’alliance, « elle n’a pas une taille suffisante pour être compétitive sur le marché », indique un proche du dossier.
« Aujourd’hui, en Europe, il y a trois grands groupes : Air France-KLM, British Airways et Lufthansa ».

L’échec du précédent sauvetage avec Etihad
De plus, la compagnie italienne n’a pas eu de chance. En 2014, elle pensait être sauvée lorsque la compagnie du golfe Etihad avait repris 49 % de son capital.
À l’époque, Etihad, au contraire de ses rivales du Golf Emirates et Qatar Airways, avait choisi une stratégie de développement risquée qui passait par des prises participations minoritaires dans une myriade de compagnies.
In fine, ce développement s’est révélé être un véritable fiasco financier pour Etihad obligée de couper les vivres d’Alitalia la poussant ainsi à la faillite en 2017.
Les conséquences sociales et la mobilisation des salariés
Elle a dû être placée sous tutelle en 2017, après le rejet par les salariés d'un plan de restructuration prévoyant 1.700 suppressions d'emplois sur un total de 11.000 salariés.
Une grève a d'ores et déjà été annoncée pour le 13 décembre.