Jérôme Savary aimait mettre de la vie dans ses spectacles, riches et nombreux, populaires et avisés à la fois.
Des frous-frous, du maquillage, des animaux et des grandes robes. Entre cabaret, opéra, répertoire classique et saltos musicaux en tous genres, Savary, cigare vissé à la bouche, s'est imposé dès les années 1960 comme l'un des metteurs en scène les plus libres et les plus inventifs.

Un metteur en scène passionné par la fête et le théâtre populaire
Né le 27 juin 1942 à Buenos-Aires (Argentine), où son père était exploitant agricole, il rejoint le collège de Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire), puis gagne l'Ecole des Arts décoratifs de Paris.
Né en Argentine en 1942, son père était écrivain et sa mère la fille de Frank Higgins, Gouverneur de l’Etat de New York.
Très jeune, il part pour Paris où il étudie la musique avec Les Martenots, avec l’ambition de devenir musicien de jazz.
En 1958, il entre à l’Ecole des Arts Décoratifs.
Quand il revient en France, il intègre le monde du théâtre et les « argentins de Paris » parmi lesquels : Jorge Lavelli, Copi et Fernando Arrabal.
Depuis ses débuts, Savary ose.
En 1966, il fonde la Compagnie du Magic Circus avec laquelle il monte divers spectacles, comme «Zartan» ou «Superdupont».
Avec son Grand Magic Circus et ses animaux tristes, il a décoiffé la mémoire de plus d'un spectateur.
Le Grand Magic Circus et ses animaux tristes, Album de Famille, éditions Belfond, Jérôme Savary, avec la collaboration d’André Bercoff pour les textes, Jacques Prayer pour les photographies, en 1974
Une carrière entre spectacles musicaux, opéra et théâtre
Il enchaînait spectacle sur spectacle sans jamais abandonner sa lutte pour une certaine idée de son art.
Il aime les comédies musicales et monte «L'histoire du cochon qui voulait maigrir» en 1984, «Cabaret» en 1987 et «La légende de Jimmy» en 1990.
Puis des opéras, à travers l'Europe : «La flûte enchantée» en 1985, au festival de Bregenz en Autriche, et «La veuve joyeuse» en 1983, au Grand Théâtre de Genève.
Passionné par Offenbach et Shakespeare, il adapte Jules Verne, «Le tour du monde en 80 jours» en 1979.
Grand amateur de musique, il dirige aussi «La Périchole», «Mistinguett» ou l'opéra-rock «La légende de Jimmy».
En 1982, il a été président du Nouveau Théâtre populaire de Montpellier, où il reprend «La Belle Hélène», monté à Paris en 1983, et dont il démissionne le 12 juin 1985.
De 1982 à 1985 il est directeur du Centre Dramatique National du Languedoc-Roussillon à Béziers et Montpellier.
Il devient alors président du Centre Dramatique de Lyon, où il crée «Le Bal des Cocus» (1987).
De 1988 à 2000, il dirige ensuite le Théâtre national de Chaillot, puis de 2000 à 2005 l'Opéra Comique.
À Paris, mais aussi Milan ou Genève, il multiplie les mises en scène : Le songe d'une nuit d'été, la Mégère apprivoisée, De l’importance d 'être constant...
Astérix dans l’univers de Jérôme Savary
Puis l'«Astérix» de Goscinny/Uderzo en 1988 !
Cette adaptation s’inscrit dans une carrière où Jérôme Savary se tourne aussi bien vers les œuvres populaires que vers les classiques, les opéras et les grandes comédies musicales.
Son approche repose sur le mouvement, la musique, le goût du spectacle et une imagination visuelle particulièrement expansive.
Il y a quelque chose de politique dans sa gestion.
Un engagement, fort et immuable.
Savary est un grand défenseur de la démocratisation du théâtre, osant des mises en scène où il dépoussière les classiques.
L’univers d’Astérix, avec ses personnages reconnaissables, son humour, ses affrontements et son énergie collective, pouvait ainsi rejoindre les préoccupations d’un metteur en scène attaché à un théâtre accessible et généreux.

Les principales comédies musicales de Jérôme Savary
| Année | Spectacle | Lieu ou particularité |
|---|---|---|
| 1982 | L’Histoire du cochon qui voulait maigrir | Théâtre Mogador et à l'étranger |
| 1987 | Cabaret | Meilleur spectacle musical |
| 1990 | La Légende de Jimmy | Comédie musicale de Michel Berger et Luc Plamondon, au Théâtre Mogador |
| 1991 | Marilyn Montreuil | Comédie musicale de Jérôme Savary et Diane Tell, au Théâtre National de Chaillot |
| 1995 | Cabaret | Nouvelle version au Théâtre Mogador, Paris |
| 2000 | Irma la douce | Comédie musicale au Théâtre National de Chaillot |
Une chronologie de spectacles et de mises en scène
Les débuts du Magic Circus
1965 Les Boîtes et l’Invasion du vert olive, à la Comédie de Paris
1966 Le Labyrinthe d’Arrabal, au Théâtre Daniel-Sorano à Vincennes, puis à Francfort en R.F.A.
1967 Le Radeau de la méduse (oratorio), à la Biennale de Paris, Comédie des Champs-Elysées
1968 Le Labyrinthe, nouvelle version, à Londres, puis à New York (Extension Theatre)
1969/70 Actions de rues, parades
1969 Os Montros, à Sao Paulo au Brésil
1970 Zartan, frère mal-aimé de Tarzan, au festival de Toronto, puis à « La Mamma » de New York et à Paris, au Théâtre de la Cité Universitaire en 1971
1972 Les Derniers jours de solitude de Robinson Crusoë, au SIGMA-Bordeaux, puis au Théâtre de la Cité Universitaire
1973 Cendrillon ou la Lutte des classes, à la Maison de la Culture de La Rochelle
1974 De Moïse à Mao, 5000 ans d’Aventures et d’Amour, au Théâtre National de Strasbourg, puis à Paris au Théâtre d’Orsay
1974 Good bye Mister Freud, au Théâtre de la Porte Saint-Martin
1975 Les Grands sentiments, à Villeneuve-sur-Lot, puis à Paris avec le T.E.P. (sous chapiteau, place Jean Jaurès). Tournée en 1976
1977 Courage, d’après Grimmelhausen, au Schauspielhaus de Bochum, puis en tournée, avec une troupe allemande et le Grand Magic Circus
1977 Léonce et Léna de Büchner, au Schauspielhaus de Hambourg
1977 Les Trois Mousquetaires, adaptation de Jérôme Savary d’après A.
1978 Les Mille et une nuits, à Fribourg en R.F.A. avec une troupe allemande, à Rotterdam avec une troupe hollandaise ; à Paris, au Théâtre d’Orsay avec le Grand Magic Circus
1979 Les Mélodies du malheur, au Théâtre de l’Olivier à Istres, puis au Théâtre National de Chaillot
1979 Noël au Front, à Hambourg avec une troupe allemande et le Grand Magic Circus
1980 Le Bourgeois Gentilhomme, à Aulnay-sous-Bois, puis au T.E.P. à Paris
1982 Superdupont, à Béziers, puis Théâtre National de l’Odéon et au Casino de Paris
1982 L’Histoire du cochon qui voulait maigrir, au Théâtre Mogador et à l'étranger
1984 Bye Bye Show-Biz, au Carnaval de Venise, puis en tournée.
Les grandes productions des années 1990
1990 Zazou, chronique des années quarante-50, autour de chansons d’époque, dialogues et mise en scène, Théâtre National de Chaillot
1990 Blimunda, d’après le roman Memorial do Convento de José Saramago, sur la musique d’Azio Corghi, à la Scala de Milan
1990 Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare, au festival d’Avignon, puis en tournée au festival de Taormina Arte en Sicile et à Vérone, Théâtre National de Chaillot
1990 La Légende de Jimmy, comédie musicale de Michel Berger et Luc Plamondon, au Théâtre Mogador
1991 Fregoli, de Patrick Rambaud et Bernard Haller, au Théâtre National de Chaillot
1991 Attila de Verdi, à la Scala de Milan
1991 Carmen de Bizet, au festival de Bregenz
1991 La Nuit des rois de Shakespeare, au Teatro Romano de Vérone
1991 Guerre et Paix de Prokofiev, en langue russe, à l’Opéra de San Francisco
1991 Marilyn Montreuil, comédie musicale de Jérôme Savary et Diane Tell, au Théâtre National de Chaillot
1991 La Chauve-Souris de Strauss, au Grand Théâtre de Genève
1992 Fra Diavolo d’Auber, à la Scala de Milan
1992 La Nuit des rois de Shakespeare, au Théâtre National de Chaillot
1992 Cabaret, version catalane, Festival Olimpic de les Arts, à Barcelone, et version espagnole à Bilbao, Valence, Madrid
1992 La Légende de Jimmy, nouvelle version, au Théâtre Maisonneuve à Montréal
1992 Les Rustres de Carlo Goldoni, au Théâtre National de Chaillot. Théâtre Mogador en avril 1993
1993 La Mégère apprivoisée de Shakespeare, au Théâtre National de Chaillot
1993 Mise en scène de la cérémonie d’ouverture des Jeux Méditerranéens 93 en Languedoc-Roussillon
1993 Les Rustres de Carlo Goldoni, en langue allemande, au Theater Am Kurfürstendamm de Berlin
1993 La Cenerentola de Rossini, au Grand Théâtre de Genève
1993 La Résistible ascension d’Arturo Ui de Bertold Brecht, au Théâtre National de Chaillot
1994 Pierre Dac, mon maître soixante-trois, textes de Pierre Dac adaptés et dialogués par Jacques Pessis, Théâtre National de Chaillot et tournée
1994 Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand, en langue allemande, au Festspiele der Kreisstadt Bad Hersfeld
1994 Chanteclerc d’Edmond Rostand, au Théâtre National de Chaillot
1995 Cabaret, nouvelle version au Théâtre Mogador, Paris
1995 Mère Courage de Bertold Brecht, au Théâtre National de Chaillot. Version allemande au Thalia Theater de Hambourg et tournée
1995 Zazou, en langue allemande, au Residenztheater de Munich
1995 Nina Stromboli, revue en quinze tableaux, avec le Magic Circus Old Stars, tournée
1996 L’importance d’être constant d’Oscar Wilde, au Théâtre National de Chaillot
1996 A Drum Is a Woman de Duke Ellington, création mondiale sur scène, au Théâtre National de Chaillot
1996 La Cenerentola de Rossini, à l’Opéra Garnier de Paris
1996 Nina Stromboli, au Théâtre National de Chaillot
1996 Rigoletto de Verdi, à l’Opéra Bastille
1996 Le Bourgeois gentilhomme de Molière, au Théâtre National de Chaillot
1997 Dommage qu’elle soit une putain de John Ford, adaptation et mise en scène, au Théâtre National de Chaillot
1997 Le Comte Ory de Rossini, mise en scène au festival de Glyndebourne
1997 Y’a d’la joie !… et d’l’amour, spectacle de Jérôme Savary sur des chansons de Charles Trénet, livret de Jacques Pessis et Jérôme Savary, Estivales de Perpignan-Campo Santo, tournée en France
1997 Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand, au Théâtre National de Chaillot
1997 Dérapage d’Arthur Miller, mise en scène et décor au Théâtre de Paris
1997 El Burgues Gentilhombre de Molière, au Teatro Mella de La Havane, à Cuba
1998 Macbeth de Verdi, au Teatro Colon de Buenos Aires, en Argentine
1998 Richard III de Shakespeare, en langue allemande, adaptation et mise en scène au Festspiele der Kreisstadt Bad Hersfeld
1998 Reprise du Comte Ory de Rossini au festival de Glyndebourne
1998 Reprise de El Burgues Gentilhombre de Molière, au Théâtre National de Chaillot
1998 Reprise de Y’a d’la joie !… et d’l’amour, au Théâtre National de Chaillot
1999 L’Avare de Molière, création au CADO d’Orléans, puis au Théâtre National de Chaillot.
2000 Irma la douce, comédie musicale, texte d’Alexandre Breffort, musique de Marguerite Monnot et Raymond Legrand, orchestration de Gérard Daguerre au Théâtre National de Chaillot
2000 Les Contes d’Hoffmann d’Offenbach aux Chorégies d’Orange, dir. musicale Michel Plasson
2000 14 juillet, pasticcio musical de Franklin Le Naour, Jérôme Savary, dir.
Le Théâtre national de Chaillot, un lieu central
En juin 1988, il est nommé directeur du théâtre national de Chaillot et monte «D'Artagnan» (1988), «Les rustres» (1992) et «Pierre Dac, mon maître soixante-trois» (1994).
De 1988 à 2000, il dirige ensuite le Théâtre national de Chaillot, puis de 2000 à 2005 l'Opéra Comique.
Son activité à Chaillot témoigne de la diversité de son répertoire : comédies musicales, pièces classiques, créations, opéras et spectacles inspirés de la chanson.
Les Rustres de Carlo Goldoni, au Théâtre National de Chaillot. Théâtre Mogador en avril 1993
1996 A Drum Is a Woman de Duke Ellington, création mondiale sur scène, au Théâtre National de Chaillot
1996 Le Bourgeois gentilhomme de Molière, au Théâtre National de Chaillot
1997 Dommage qu’elle soit une putain de John Ford, adaptation et mise en scène, au Théâtre National de Chaillot
Une esthétique reconnaissable : musique, costumes et mouvement
Des frous-frous, du maquillage, des animaux et des grandes robes.
Savary avait ses fans, ses complices, ses amours de scène.
Tous se souviennent du gourmet de théâtre populaire qu'il était.
Entre cabaret, opéra, répertoire classique et saltos musicaux en tous genres, Savary, cigare vissé à la bouche, s'est imposé dès les années 1960 comme l'un des metteurs en scène les plus libres et les plus inventifs.
Le spectacle musical constitue l’un des axes majeurs de son parcours, comme le montrent «Cabaret», «La légende de Jimmy», «Marilyn Montreuil», «Irma la douce» et «Zazou».
Il avait aussi signé la cérémonie d'ouverture des Jeux Méditerranéens au Cap d'Agde en 1993, et mis en scène les défilés et le spectacle sur la Libération de Paris en 2004.
Du théâtre au cinéma et aux grands événements
Le cinéma n'a pas échappé à sa plume!
Dans les années 70, il réalise «La fille du garde-barrière» et «Le boucher, la star et l'orpheline».
En 2010, il est l'auteur et le metteur en scène de «Paris frou-frou dernière séance».
Jérôme Savary a également publié plusieurs ouvrages :
La Vie privée d’un magicien ordinaire, aux éditions Ramsay, en septembre 1985
Ma vie commence à 20h30, aux éditions Stock, en septembre 1991
Marilyn Montreuil, roman, aux éditions de l’Archipel, en octobre 1991
Prix et distinctions
Prix Dominique pour la mise en scène de Cyrano de Bergerac.
Six nominations aux Molières 1987 pour Cabaret.
Molière 1987 pour le meilleur spectacle musical, Cabaret.
Victoire de la Musique 1987 pour le meilleur spectacle musical, Cabaret.
Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres.
Grand insigne d'honneur de la République d'Autriche.
Nomination aux Molières 1991 pour le meilleur spectacle musical, Zazou.
Avoriaz 91 : Prix des étoiles des Français fantastiques.
Prix de la meilleure mise en scène pour Cabaret, en Espagne, 1993.
Nomination aux Molières 1995 pour le meilleur specacle comique, Pierre Dac, mon maître soixante-trois.
La disparition d’un homme de spectacle
Le monde du spectacle rend hommage à ce passionné.
Sa passion n'a pas empêché l'homme d'avoir des responsabilités et d'arriver à gérer un établissement.
Jérôme Savary s'est éteint lundi soir à l'hôpital franco-britannique de Levallois-Perret, dans les Hauts-de-Seine.
A l'âge de 70 ans, un cancer a eu raison de sa fougue.