Astérix et la Fille de Vercingétorix : critique de la bande dessinée

Astérix et la Fille de Vercingétorix, paru en 2019, est le trente-huitième album de la série créée par René Goscinny et Albert Uderzo. Signé par Jean-Yves Ferri au scénario et Didier Conrad au dessin, il introduit Adrénaline, la fille du vaincu de César, dans l’univers du célèbre village gaulois.

Soixante ans après sa création par René Goscinny et Albert Uderzo, le héros gaulois s’offre une nouvelle jeunesse pour son 38e album avec l’arrivée d’Adrénaline, la fille du vaincu de César.

Une intrigue centrée sur la fille de Vercingétorix

Un groupe de guerriers Arvernes a recueilli la fille de Vercingétorix après la défaite d’Alesia. Ils veulent se rendre à Londinium (Londres) avec elle, pour s’en servir comme symbole et entamer la reconquête de la Gaule.

En chemin, ils s’arrêtent dans un petit village d’Armorique, qui résiste encore et toujours à l’envahisseur. C’est, vous l’aurez reconnu, le village d’Astérix et Obélix, les célèbres Gaulois.

Les Arvernes leur confient la fille, pour aller préparer la traversée de la Manche, la pensant en sécurité auprès des irréductibles Gaulois.

Elle est arrivée au village gaulois dans le plus grand secret. Grande, l'air boudeur, son torque autour du cou, Adrénaline se tient un peu voûtée et a de l'énergie à revendre… C’est la fille de Vercingétorix, celui qui a déposé violemment ses armes sur les pieds de Jules César dans Le Bouclier Arverne.

Astérix et Obélix sont chargés de veiller sur elle : l'empereur romain se verrait bien la récupérer pour achever l’humiliation du chef des Gaulois.

Or la jeunette est de tendance fugueuse. Et le traître gaulois Adictoserix, prêt à la livrer à l'ennemi, rode avec son cheval Nosferatus dans les parages…

Adrénaline dans le village gaulois

Une aventure proche du village

Après quelques aventures loin de leurs bases, Astérix et Obélix vivent cette fois une aventure à proximité du village, retrouvant ici l’alternance de scénarios chère aux créateurs.

Si tous les ingrédients habituels de la série née en 1959 dans le journal Pilote sont présents, - pirates et Romains compris - la trente-huitième aventure du célèbre duo gaulois est traversée par d’autres éléments de modernité.

Il n'y a jamais eu de vrai suspens dans Astérix.

Suspens, non ! Au sens où on savait toujours que les gentils allaient gagner et que cela allait se terminer pour un banquet. Mais quelle richesse avant ! Qu'importe la fin ! Ce qui compte c'est le chemin pour y arriver !

Adrénaline, une adolescente moderne

Adrénaline est une adolescente particulièrement réussie. Outre son « lâchez-moi les brogues » assez explicite, elle traîne son ennui comme tous les ados du monde.

Elle "tient le mur" ou, plutôt, le menhir dans la carrière d’Obélix avec Blinix et Selfix, les fils respectifs du forgeron Cetautomatix et du poissonnier Ordralfabetix.

Les jeunes se révoltent contre l’ancien système "sanglier-menhir-potion"… Et Adrénaline est prête à tomber sous le charme d'un écologiste, Letitbix.

Certains comparent même l’héroïne Adrénaline à Greta Thunberg. Trop c’est trop !

A l'heure de #metoo, on ne boude pas son plaisir de voir une jeune héroïne de caractère chez Astérix et Obélix. Il faut dire qu’il y avait du retard à rattraper.

Après la disparition de son géniteur, Adrénaline a ainsi été élevée par deux papas arvernes (Monolitix et Ipocalorix).

Autre clin d’œil savoureux : on ne peut prononcer le nom de son père, à la façon de Voldemort dans Harry Potter.

La volonté de moderniser le contexte fait flop, et alourdit même l’histoire.

Les adolescents du village

Adrénaline et ses compagnons adolescents, Blinix, le fils du poissonnier Ordralfabétix, et Selfix, le fils du forgeron Cétautomatix, tentent bien de donner un coup de jeune à la série, mais on tourne vite en rond.

Les ados du village gaulois avec Adrénaline.

Adolescents gaulois autour d’un menhir

Un scénario correct, mais peu inspiré

Après la déception du tome précédent, Astérix et la Transitalique, on attendait ce nouvel opus avec un zest d’inquiétude.

On le verra dans les points faibles, cette inquiétude s’avère hélas justifiée.

Mais reconnaissons à Ferri, après la faiblesse scénaristique de cet avant-dernier album, d’avoir retrouvé le chemin d’un scénario correct.

Hélas, rien ne dissipe l’ennui qui nous prend très vite en tournant les pages de cet album.

L’aventure est fade, les gags convenus et sans originalité, ni finesse.

Je leur laissais du temps pour s'améliorer et je crois que je ne l'ai jamais critiqué avant ce volume. Là, au bout de 4 tomes, je trouve qu'on y est toujours pas.

Et grandement à cause de Ferri !

J'en viens à me demander si Arleston ne ferait pas un meilleur scénariste pour Astérix que Ferri.

Ses hommages à Astérix étaient plus réussis dans Lanfeust que bien des gags de Ferri (rien que les noms.....)

Et ici, c'est le prétexte à un très bon gag avec l'intervention des romains en mode "police nationale".

L'exemple même du gag que je trouve bien pourri. mal amené, prévisible, surligné et trop long........

Humour, érudition et lourdeur explicative

Il y avait toujours des moments "didactiques" du temps de Goscinny, c'est d'ailleurs une spécificité d'Astérix : humour et érudition.

Humour et érudition oui !!!

Didactisme, non ! Là, on a l'impression du larousse illustré.

Goscinny n’expliquait pas ces recherches ou ces jeux de mots. Il ne se sentait pas obligé d'expliquer le il affranchit le rubicon ! Et en fluidité de lecture cela change tout.

Ferri et Conrad font juste du très bon boulot.

Uderzo et Goscinny racontait plus de choses en une planche quand 15 de Ferri.

En une planche d'Astérix en Corse, on s'accroche plus aux enfants (ils vivent, on les garde en tête) qu'en 1 album du duo Ferri-Conrad.

Des personnages moins marquants

L'art de Goscinny et de d'Uderzo de créer des personnages marquants en 2 planches (Homéopatix le frère de Bonemine, les vieux sur leur banc, César l'Arverne etc.)

Là quel nouveau personnage restera dans les marquants de l'Histoire d'Astérix. La falote Adrénaline ? Les adolescents ?

On a tellement vu mieux avant (Goudurix).

Le très mauvais méchant (rappelez-vous le romain dans Le Fils d'Astérix pour voir la différence, etc.) pour montrer que même Uderzo seul s'en sortait mieux.

Le dessin de Didier Conrad

Et côté dessin, Conrad est toujours aussi à l’aise dans le respect des codes graphiques d’Astérix.

C’est le quatrième album conçu par le duo Ferri-Conrad, et leur complicité se sent. Ils ont pris leurs marques : le récit et le dessin se fluidifient pour notre plus grand plaisir.

On a l’impression que Ferri et Conrad sont prisonniers des codes de la série et que cela brime toute leur imagination.

Ces deux-là ont prouvé par le passé leur indéniable talent.

Conrad, le dessinateur, est décidemment un homme de duos. Avant celui qu’il crée avec Ferri, tous les amateurs de BD ont en tête les albums réalisés avec son complice Yann.

Citons Bob Marone, parodie du célèbre aventurier, Bob Morane, ou encore la série des « tigresse blanche » qui nous plongeait dans un exotisme fantasmé.

Didier Conrad : comment dessiner Astérix dans "La Fille de Vercingétorix" ?

Ferri et Conrad face à l’héritage d’Astérix

Astérix représente une aventure nouvelle pour lui qui l’éloigne un peu de la ruralité qu’il affectionne particulièrement.

De Ferri, je garde en premier le scénario du « retour à la terre », où il donnait corps aux angoisses de Manu Larcenet.

Franchement, si vous ne connaissez pas, allez acheter un album tout de suite pour combler cette grave lacune.

Mais ici, ils ne trouvent pas la clé d’un revival qu’attendent tous les fans de Goscinny, comme une renaissance du petit Gaulois.

Alors, j’ai envie de dire à Ferri et Conrad : envoyez balader Uderzo, faites-vous plaisir en cassant les codes et arrêtez de respecter le mythe !

C’est ce qui pourrait arriver de mieux à Astérix.

Un album anniversaire en demi-teinte

Pour les 60 ans du petit Gaulois (et oui, la première aventure remonte à 1959), on rêvait mieux comme cadeau d’anniversaire que ce triste album.

La Fille de Vercingétorix de Jean-Yves Ferri et Didier Conrad est paru chez Albert René Editions, d'après les héros créés par René Goscinny et Albert Uderzo.

ÉlémentInformation
TitreAstérix et la Fille de Vercingétorix
ScénarioJean-Yves Ferri
DessinDidier Conrad
Numéro d’album38e album
ÉditeurAlbert René Editions
ParutionJeudi 24 octobre 2019
Première aventure d’Astérix1959

Édition grand format et contenu graphique

Un album grand format (290 x 370 mm), de 112 pages imprimées sur papier Munken Print White 150g, comprenant les planches crayonnées et les planches encrées par Didier Conrad, ainsi qu’un cahier graphique de 20 pages avec des dessins inédits, des études de personnages, des extraits de story-board et des esquisses de Jean-Yves Ferri et Didier Conrad.

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