La Vieille Ville de Prague et ses bâtiments sombres : gothique, histoire et façades remarquables

De tous les quartiers de Prague, la Vieille Ville est celui qui porte le plus de traces du développement de la ville et des diverses couches urbaines accumulées au fil des siècles.

La Vieille Ville de Prague, ou Staré Město en tchèque, se situe sur la rive droite de la Vltava. Elle fait face au quartier de Mala Strana situé derrière le fleuve et accessible par le pont Charles. La Vieille Ville est le plus beau quartier d’Europe centrale. Une véritable perle architecturale où se mêle le gothique, au baroque en passant par l’art nouveau ou encore le cubisme.

Façades gothiques sombres de Prague

Une ville façonnée par plusieurs siècles d’histoire

Elle se trouve au centre du cœur historique de la capitale tchèque, et les rues des quartiers voisins convergent symboliquement vers elle.

Ses rues principales suivent les antiques itinéraires des caravanes de marchands qui passaient par ici, siècle après siècle, traversant les flots de la Vltava pour continuer leur progression plus avant vers l’Europe de l’Ouest.

Ainsi, le meilleur témoin de l’histoire de Prague est certainement le plan de la ville : on y reconnaît les chemins irréguliers qui sont aujourd’hui des ruelles tortueuses, mais aussi les rues et les parcelles régulières créées par décision d’une autorité politique, lors de la fondation d’une ville ou d’un quartier.

Au cours du XIe siècle, les constructions se sont étendues en partant du château pour s’installer jusqu’à la rive droite de la rivière Vltava.

Dès le 13è s., la Vieille Ville, quartier de marchands et d’une riche bourgeoisie, obtient de l’empereur sa charte d’indépendance.

Et c’est surtout vers le milieu du XIIIème siècle, lorsque la Vieille Ville est élevée au rang de ville royale et ceinte de solides fortifications, que s’opère cette division fondamentale.

Jusqu’en 1784, la Vieille Ville est une municipalité indépendante comme Malá Strana, le Hradcany et la Nouvelle Ville.

Au 14e s. est décidé la construction d’un hôtel de ville qui servira de siège au conseil municipal indépendant.

Pourquoi les bâtiments de la Vieille Ville paraissent-ils si sombres ?

La vieille ville de Prague se caractérise par ses façades baroques colorées.

Les constructions gothiques, les tours noircies par le temps, les toitures sombres et les contrastes entre la pierre, les enduits colorés et les éléments décoratifs donnent toutefois au quartier une apparence particulièrement dense et parfois sombre.

Cette impression est particulièrement forte autour des bâtiments gothiques de la place de la Vieille Ville, de la tour Poudrière et de l’église Notre-Dame du Týn.

Pour comprendre leur histoire, il est important de savoir que, jusqu’au XIXème siècle, les immeubles n’étaient jamais démolis mais progressivement agrandis : en d’autres termes, leur façade actuelle ne nous apprend rien sur leur âge réel.

La plupart des maisons anciennes de la Vieille Ville reflètent par conséquent des pans entiers d’histoire, des débuts du style roman jusqu’au XIXème siècle.

Et il n’est pas rare qu’elles soient constituées d’une cave d’époque romane, d’un rez-de-chaussée à arcades de style gothique, de salles Renaissance dans les étages et d’une façade baroque au fronton ostentatoire.

Les bourgeois de la Vieille Ville étant par ailleurs aussi riches que fiers, il est souvent difficile de distinguer les hôtels particuliers édifiés par la bourgeoisie des palais bâtis par la noblesse, les uns étant aussi somptueux et d’une aussi grande valeur artistique que les autres.

Les grandes périodes architecturales de la Vieille Ville

Les origines romanes

Les origines romanes de la ville sont ainsi perceptibles dans la rotonde de la Sainte-Croix, qui date du XIIème siècle, ou encore dans le Palais des seigneurs de Kunštát, situé dans la rue Řetězová et particulièrement bien conservé.

Le gothique pragois

Pour la période gothique, ce sont de magnifiques églises, des portes richement ornées, des palais bourgeois et des hôtels particuliers aux arcades splendides.

Les principaux exemples sont le couvent Sainte-Agnès, Notre-Dame-devant-le-Týn, la tour du Pont Charles, la tour Poudrière, la maison À la cloche de pierre, la place de la Vieille Ville et le marché Saint-Gall.

Le couvent Saint Agnès est une petite merveille avec des peintures belles, surprenantes, parfois drôles ou terrifiantes et des sculptures puissantes.

La Renaissance

La Renaissance a laissé une trace particulièrement profonde dans les hôtels particuliers, qui rivalisent en termes de magnificence avec les palais les plus somptueux de l’époque.

On peut notamment citer la maison Aux cinq couronnes et la maison Teufel dans la rue Melantrichova, ainsi que la maison À l’arbre vert dans la rue Dlouhá.

La cour marchande du Týn abrite également le joli palais Granovský, de style Renaissance, avec ses arcades et ses splendides fresques et sgraffites représentant des scènes de la Bible et de la mythologie grecque.

Le baroque

La Vieille Ville de Prague abrite un nombre incroyablement élevé de bâtiments extraordinaires datant de toutes les périodes couvertes par sa longue histoire.

On y trouve la célèbre place de la République.

Vous découvrirez la façade baroque de l’église Saint-Nicolas à l’ouest de la place.

Elle fut réalisée entre 1732 et 1737.

Elle se caractérise par une façade blanche et une toiture en cuivre verte.

A l’intérieur, on y trouve un immense lustre.

On y joue presque tous les jours de nombreux concerts de musique à 10h et 17h.

A côté de la maison à la Cloche de pierre, on trouve également le palais Kinsky, dont la façade rose est la plus belle construction de Prague en style rococo.

Le XIXème siècle et la Belle Époque

Le XIXème siècle voit la création des quais de la Vltava et la construction d’un bon nombre d’immeubles et de bâtiments publics, parmi lesquels on citera notamment l’impressionnante maison de concerts néo-Renaissance Rudolfinum.

Le tournant du XXème siècle est particulièrement mouvementé, mais c’est aussi l’époque où sont édifiés la magnifique Maison Municipale, de style Art nouveau, le bâtiment moderniste en brique de la maison Štenc ou encore l’exceptionnelle maison À la vierge noire, de style cubiste.

On quitte le Moyen-Age pour la Belle Epoque.

L’art gothique laisse place à l’art nouveau.

La Maison de la municipalité est une salle de concert impressionnante, une brasserie, un café et entre autre une boutique.

Maison de la Vierge Noire et son musée cubiste.

Maison et musée cubiste de la Vierge Noire dans la vieille ville de Prague.

Dans le café cubiste de la Maison cubiste de la Vierge Noire.

Maison cubiste de la Vierge Noire Prague

La place de la Vieille Ville : le cœur monumental de Prague

La Place de la Vieille Ville est l’un des lieux les plus agréables à Prague.

Accueillante et ancienne, la place est entourée de ruelles intrigantes qui rendent la promenade très plaisante.

La place de la Vieille-Ville, Staroměstské náměstí selon l’appellation officielle depuis 1895, est immanquable.

Elle est toujours au programme et c’est bien normal.

Tout est réuni pour faire de la place de la Vieille-Ville le témoin de l’histoire de Prague et un passage incontournable.

Elle est d’ailleurs située sur l’itinéraire de la fameuse voie royale qui, de la tour Poudrière à la cathédrale Saint-Guy du Château, conduisait la procession du couronnement des rois de Bohême à partir du début du 14ème siècle.

Forte de 9.000 m2, elle est le lieu, avec la fameuse place Venceslas, de tous les rassemblements et d’évènements majeurs.

Longtemps ouverte à la circulation, la place est devenue piétonne en 1979 et aujourd’hui très peu de voitures s’engagent dans la Vieille Ville.

La place de la Vieille-Ville est située au coeur de Prague.

Avec ses façades colorées aux tons pastel, elle ravit les touristes.

C’est là que se tiennent le plus important des fameux marchés de Noël de Prague dont la réputation est devenue mondiale.

Il s’y tient aussi un marché de Pâques.

C’est la plus ancienne place de la ville bien sûr.

La place s’est formée au 10ème siècle à partir d’un petit marché où on vendait gibier, fruits des bois ou pain d’épices et qui voisinait avec une douane, Ungelt.

Cette douane, aujourd’hui un restaurant qui porte le nom d’Ungelt, se trouvait juste à côté, dans la jolie cour marchande du Týn, Týnský dvůr.

Vous y trouverez la boutique Botanicus et ses jolis souvenirs naturels.

Notre-Dame de Týn, la silhouette gothique la plus célèbre

Construite au XIVᵉ siècle sur les vestiges d’une ancienne église romane, l’Eglise de Notre-Dame de Týn, Kostel Matky Boží před Týnem, est un impressionnant édifice de style gothique tardif, chargé d’histoire.

L’église mesure 52 mètres de long et 28 mètres de large, mais l’œil des touristes est plus particulièrement attiré par ses deux impressionnantes tours de 80 m de haut.

Cette église aux toits noirs surplombe la place de ses 2 flèches hautes de 70m de haut.

Construite entre 1365 et 1470, elle a été commanditée par l’élite commerçante pour concurrencer la cathédrale de Prague située sur l’autre rive.

Elle se situe juste à côté de la cour de Týn d’où elle tire son nom, lieu où les marchandises arrivaient dans la ville et étaient soumises à la taxe, et autour de laquelle la communauté des marchands étrangers vivait et travaillait.

Vous avez du gothique tout d’abord avec l’église Notre-Dame du Týn.

Souvent appelée la « cathédrale », c’est la plus importante église de la Vieille Ville, construite au 14ème siècle sous Charles IV.

Ses deux tours en imposent et l’église fut celle des réformateurs hussites jusqu’en 1621.

La niche dans laquelle se dresse aujourd’hui une statue de la Vierge Marie abritait au départ un immense calice, symbole du mouvement hussite.

Selon la légende, une des fenêtres de l’écrivain Kafka donnait directement sur son autel.

L’ancien hôtel de ville et sa tour

L’édifice, qui a servi de mairie jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, possède une tour gothique de 60 mètres de haut.

L’ancien Hôtel de ville aux airs de château fort permet une vue panoramique depuis sa tour.

La place de la Vieille-Ville, c’est bien sûr la célèbre horloge astronomique de 1410 à laquelle j’ai consacré un article.

Elle est située sur l’hôtel de ville de la Vieille-Ville, du 14ème siècle, dont la tour médiévale se visite.

Haut de près de 70 mètres, le beffroi offre une très jolie vue de sa galerie panoramique.

En fait l’ancien hôtel de ville, à l’origine, c’est la 2ème petite maison à gauche de la tour avec une façade colorée en rose.

L’horloge astronomique

Construite au 15e siècle, l’horloge présente deux cadrans : celui du haut indique l’heure et la position du soleil, de la lune et des planètes.

Le premier cadran en haut, c’est l’horloge astronomique.

Elle aurait été construite par Nicolas de Kadau en 1410, puis remaniée par l’horloger Hanus de la Rose en 1490.

Comme cette horloge faisait la fierté de Prague à travers toute l’Europe, la ville voulait à tout prix éviter que ce chef d’œuvre soit reproduit ailleurs.

Alors la légende dit qu’une agression est commanditée par les notables de la ville contre Hanus pour le rendre aveugle.

Quand il finit par découvrir qui était à l’origine de cet acte, il se rend en secret dans la tour et arrache un mécanisme qui fait que l’horloge ne fonctionnera plus pendant de nombreuses années.

L’horloge a failli disparaître pour de bon en 1945 quand les nazis ont fui la capitale et mis le feu à l’hôtel de ville.

Si vous voulez un peu de calme allez y à n’importe quel moment mais pas au changement d’heure.

Car à ce moment-là, la foule est présente en nombre pour voir les statues des différents personnages s’animer : l’avare, le vaniteux, la mort et le turc.

Et pendant ce ballet, la clochette de la tour sonne.

Puis deux petites fenêtres s’ouvrent et les statues des apôtres et du Christ passent voir la foule.

Enfin on entend un petit coup de trompette venant du haut de la tour.

Les maisons historiques et leurs façades

La maison À la cloche de pierre

A l’extrême droite de cette photo, vous pouvez voir la maison à la Cloche de pierre.

Elle doit son nom à une cloche de pierre placée comme symbole dans un de ses angles.

La façade gothique de la Maison à la cloche de pierre possède de superbes fenêtres à croisée et une cloche de pierre à l’angle droit.

La maison est aujourd’hui un lieu d’exposition de la Galerie de la ville de Prague.

Le palais Kinský

À côté, à gauche, on trouve également le palais Kinsky, de style rococo, à la façade rose.

La façade baroque rococo rose du palais Kinský, construite en 1765, possède des stucs et des statues.

Abîmées en 1945, les statues sont des copies depuis 1956.

Au rez-de-chaussée du palais Kinský, le père de Franz Kafka, Hermann, a tenu une mercerie à partir de 1912.

Le jeune Franz Kafka, lui, a fréquenté l’école allemande au 2ème étage entre 1893 et 1901.

C’est aussi du balcon de ce palais Kinský, qui appartient aujourd’hui à la Galerie Nationale, que Klement Gottwald, en février 1948 et alors premier ministre, a annoncé la volonté d’édifier le socialisme en Tchécoslovaquie ouvrant la voie à une longue période de 40 ans de totalitarisme dans le pays.

La maison U Minutu

Autre magnifique maison à découvrir : la maison « U Minutu », « à la minute », est ornée de sgraffites en noir et blanc.

La Maison À la minute, Dům U Minuty, au n°3, possède des sgraffites Renaissance qui représentent parfois des scènes de la Grèce antique.

Comme l’histoire de Franz Kafka est intimement liée à sa ville natale, sachez que c’est dans cette dernière maison qu’il a vécu avec ses parents de 1889 à 1896.

Les maisons aux enseignes anciennes

De très nombreuses façades et immeubles ont d’ailleurs une petite histoire et les maisons portent de jolis noms : maisons À l’oie bleue, Au Renard Roux, Au Chameau d’or, À l’agneau de pierre, À la licorne blanche.

Autant d’enseignes qui permettaient de se repérer avant la numérotation des rues.

D’autres maisons de la place de la Vieille-Ville ont de superbes façades, surtout côté sud.

Ces hôtels particuliers rappellent l’essor de la ville aux 18ème et 19ème siècles.

Les façades sont richement décorées dans les styles Renaissance, baroque et classique.

Vous avez la Maison Štorch de style néo-Renaissance au n°16 avec la représentation de Saint-Venceslas sur son cheval, peinture de la fin du 19ème siècle.

La tour Poudrière, un bâtiment gothique aux pierres sombres

Pour terminer cette visite de la vieille ville, vous pouvez remonter la rue Celetna jusqu’à la tour poudrière qui date de 1475.

Il s’agit d’une haute tour noire gothique qui marque l’entrée de la vieille ville.

Au 18e siècle, elle était utilisée pour le stockage de la poudre d’où elle tire son nom.

La tour Poudrière compte parmi les portes richement ornées de la période gothique.

Tour Poudrière noire de Prague

Le quartier juif Josefov et ses bâtiments anciens

On pénètre ensuite dans l’ancien quartier juif Josefov.

Les premiers colons juifs s’installent à Prague dès le IXe siècle et peu à peu une petite ville autonome se forme.

Les juifs de Prague n’ont pas le droit de construire en dehors de la zone qui leur est allouée et n’ont pas le droit d’utiliser d’autres cimetières.

Ce qui donnera au cimetière son aspect aussi unique.

Le ghetto juif subira au cours des siècles bien des évènements tragiques.

On découvre donc en premier cette étrange façade, c’est la Synagogue Vieille-Nouvelle.

Elle date de 1270 et c’est la plus vieille synagogue d’Europe encore utilisée.

La légende dit que c’est dans la genizah de la synagogue, lieu où l’on entrepose tous les documents où le nom de Dieu est inscrit car il est interdit de l’effacer ou de le jeter, que se trouverait le corps du Golem.

Le golem serait une créature créée à base d’argile par le rabbin Loew au XVIe siècle dans le but de protéger la communauté juive des pogroms.

Il lui a donné la vie en écrivant EMET, vérité, sur son front et en mettant dans sa bouche un parchemin avec un des noms de Dieu.

Pour l’arrêter il faut effacer la première lettre sur son front et on obtient MET, mort.

Juste à côté se trouve la synagogue Haute, XVIe siècle mais avec une façade du XIXe, et un peu plus loin, la synagogue Klaus, XVIIe siècle.

Il est possible de prendre un ticket pour visiter toutes les synagogues et le vieux cimetière juif.

La rue Pařížská et les transformations de la Vieille Ville

La fin du XIXème siècle marque un tournant décisif pour l’histoire de la Vieille Ville.

Cette époque voit en effet la victoire de l’idée selon laquelle les vieux immeubles sont inadaptés à la vie moderne, et il est par conséquent nécessaire de démolir et reconstruire tout le quartier.

Ce goût des immeubles modernes et des larges avenues devait être à l’origine de la disparition du ghetto juif et d’une bonne partie de la Vieille Ville.

En quelques décennies, ce sont pas moins de 600 édifices anciens qui sont rasés, dont la plupart étaient bien sûr d’une valeur historique aussi grande que ceux qui ont survécu et qui sont aujourd’hui minutieusement protégés.

Avec sa rue de Paris, Pařížská, qui la traverse de part en part, le nouveau quartier qui émerge alors se distingue heureusement par son élégance originale, et il s’intègre relativement bien dans l’ensemble de la ville.

Lors du réaménagement du quartier au 19e siècle, cette rue aurait dû être une grande avenue « à la parisienne », mais elle reste néanmoins une des rues les plus luxueuses de Prague.

En vue d’un assainissement à la fin du 19ème siècle, un grand nombre de maisons dans la partie nord de la place et du ghetto juif ont été démolies.

Une nouvelle rue a été créée permettant de voir la colline de Letná, cette rue est dénommée rue Pařížská, ou rue de Paris, depuis 1926.

Regardez bien depuis la place dans l’axe de cette rue, vous verrez au sommet de la colline un métronome rouge.

Sous le communisme se trouvait à la place une gigantesque statue de Staline.

En revenant sur la rue de Paris, on continue vers le sud, les grandes boutiques, Vuitton, Gucci et d’autres, s’alignent sur les trottoirs et on arrive enfin à la place de la Vieille Ville.

Jan Hus et la mémoire des conflits religieux

La sculpture de Jan Hus par l’artiste Ladislav Šaloun, de style Secession, date de 1915.

Jan Hus est un réformateur tchèque brûlé comme hérétique en 1415 et considéré comme un symbole d’indépendance nationale.

La place de la Vieille-Ville abrite depuis 1915 le monument, statue Art nouveau, du réformateur chrétien Jan Hus, inauguré pour le 500ème anniversaire de sa mort.

Convaincu d’hérésie, il est mort sur le bûcher en 1415 suite au concile de Constance.

Cette statue symbolise la Réforme protestante et l’indépendance nationale face à l’absolutisme des Habsbourg.

Mais que voulaient les Hussites du 15ème siècle ?

Une Église plus spirituelle et pauvre, alors qu’elle détenait un tiers des terres du royaume et que les ecclésiastiques étaient riches, la liberté du prêche, la punition des péchés mortels pour tous et, plus surprenant, autoriser les communiants à boire le vin au calice, ce qui était réservé aux seuls membres du clergé.

Ces idées plaisaient à la haute noblesse qui y voyait la possibilité de s’attribuer les biens ecclésiastiques.

Quelques années après la mort de Jan Hus, en 1419, a lieu la défenestration de Prague.

Le nouveau roi de Bohême ne voulant pas entendre parler de réforme, s’ensuivirent des guerres hussites dans tout le royaume jusqu’en 1458, quand hussites et catholiques s’entendent pour élire le roi Georges de Poděbrady.

Le hussisme et son interprétation ont joué un rôle très important dans l’historiographie tchèque au 19ème siècle.

Plus tard, en 1620 et à côté de Prague, la célèbre bataille de la Montagne blanche voyait l’écrasement des armées des États protestants de Bohême par les troupes catholiques de Ferdinand à la tête du Saint-Empire.

Une défaite pour les protestants tchèques suivie de la dépossession des biens des bourgeois et des citoyens au profit de la noblesse et de l’Église.

Les 27 croix blanches et la colonne mariale

Au sol, sur le côté donnant vers la place, il y a 27 petites étoiles blanches qui représentent les 27 nobles tchèques qui ont été décapités publiquement sur cette place le 21 juin 1621.

Sur les pavés de la place, vous trouverez le lieu d’exécution des 27 seigneurs de Bohême, exécutés en 1621.

27 croix blanches, peintes après la Seconde Guerre mondiale, sont marquées au sol à côté de l’hôtel de Ville de la Vieille-Ville en l’honneur des 27 chefs de la révolte des États tchèques contre les Habsbourg.

Les 27 seigneurs ont été décapités par le bourreau de la ville le matin du 21 juin 1621, ce dernier, lui-même protestant, ayant utilisé pas moins de 4 épées.

12 têtes seront ensuite exposées en haut de la tour Est du pont Charles où elles resteront dix ans.

C’est l’empereur Ferdinand II de Habsbourg qui avait ordonné cette exécution quelques mois seulement après la célèbre bataille de la Montagne-Blanche.

Vous retrouverez les croix au sol en contournant l’horloge par la droite.

Une 28ème croix a été ajoutée il y a quelques années en souvenir de Martin Fruwein qui était tombé de la tour blanche du château de Prague dans le fossé des cerfs et mort sur le coup.

En 1650 est érigée par l’empereur Ferdinand III une colonne de la Vierge suite à la libération de Prague occupée par les Suédois lors de la Guerre de Trente ans.

Lors de cette guerre, la population implorait la Vierge de l’aider dans son combat contre l’envahisseur.

C’est une des premières constructions baroques à Prague et elle rendait hommage à la légion mariale formée de bourgeois, d’artisans et d’étudiants qui constituaient le noyau des défenseurs de la ville.

Sur un piédestal entouré d’une balustrade, il y avait quatre anges combattant des diables.

La colonne, haute de 6 mètres, était couronnée, au sommet, par la statue de la Vierge Immaculée.

La colonne restera en place jusqu’au 3 novembre 1918, soit quelques jours après la naissance de la République tchécoslovaque.

Aidés par un camion de pompiers et malgré l’intervention de riverains, la foule en liesse de patriotes tchèques met alors à bas cette colonne mariale baroque, symbole, peut-être à tort, de la monarchie disparue, du catholicisme des Habsbourg et de la Contre-Réforme catholique victorieuse des États tchèques protestants à la Montagne blanche.

En 1915, avait aussi été édifiée en face de la colonne mariale et non sans provocation, une statue du prédicateur Jan Hus.

Une Société pour le renouveau de la colonne, fondée en 1990, s’est longtemps battue pour qu’une copie fidèle de la colonne de la Vierge Immaculée soit installée, voyant dans cette reconstruction un acte de réconciliation, de vivre-ensemble et de tolérance.

En 1993, la première pierre de la colonne a été posée sur la place de la Vieille-Ville pour marquer le lieu où elle se trouvait et des travaux de copie ont débuté en 1997 d’après des fragments originaux, les travaux ayant duré 15 ans.

Les parties de la statue disparues à jamais, bras, hanche et épaule, ont été modelées d’après des photographies et le sculpteur, bénévole, s’est aussi chargé de la tâche périlleuse de tailler la tige même de la colonne de 6 mètres de hauteur.

Une immense pierre de taille en grès a été trouvée en Inde et transportée à Prague à bord du navire des frères Forman, fils du célèbre cinéaste, qui ont transformé un ancien remorqueur en scène de théâtre.

La colonne mariale a été réinstallée en 2020, sans les anges d’origine, suite à une autorisation de la mairie après deux refus.

Au pied de cette tour mariale passe le méridien de Prague.

Quand le soleil brille et que l’ombre de la colonne mariale est centrée sur le méridien de Prague, il est midi.

Le méridien de Prague est également visible sous la forme d’une longue bande métallique encastrée dans le sol de la place, avec une plaque en marbre située quelques mètres plus loin.

En 1852, le Clementinum a repris le calcul de l’heure de midi annoncé par une cloche et quelqu’un agitant un drapeau du haut de l’Observatoire.

En 1891, un canon a été placé le long du méridien de Prague, mais de l’autre côté de la rivière, dans le parc de Letná.

La Maison Municipale et les bâtiments modernes

Le tournant du XXème siècle est aussi l’époque où sont édifiés la magnifique Maison Municipale, de style Art nouveau, le bâtiment moderniste en brique de la maison Štenc ou encore l’exceptionnelle maison À la vierge noire, de style cubiste.

La Maison de la municipalité est une salle de concert impressionnante, une brasserie, un café et entre autre une boutique.

La Maison de la Vierge Noire possède un musée cubiste.

Dans le café cubiste de la Maison cubiste de la Vierge Noire, l’architecture et le mobilier prolongent l’esthétique géométrique du bâtiment.

Le XIXème siècle voit également la construction d’un bon nombre d’immeubles et de bâtiments publics, parmi lesquels on citera notamment l’impressionnante maison de concerts néo-Renaissance Rudolfinum.

Opéra et musique classique occupent une place importante dans la vie culturelle de Prague.

Prague est une ville d’art dramatique et de musique.

À la demande du Théâtre des Arts, ouvert en 1783, Mozart composera l’opéra Don Giovanni en 1787.

Le pont Charles et la sortie vers Malá Strana

Pour quitter le quartier, on file à l’ouest, vers le pont Charles.

C’est le pont le plus célèbre de Prague qui sert de trait d’union avec le quartier de Mala Strana.

Il mesure plus de 515 m de long et a été construit de 1357 à 1380 sous le règne de Charles IV.

À l’image du pont Saint-Ange à Rome, entre 1683 et 1714, chaque pilier est surmonté d’une grande statue en lien avec l’histoire religieuse de la ville ou du pays.

Et en plus, à chaque extrémité du pont, il y a une grande porte gothique.

Une des légendes autour du pont dit que dans le ciment utilisé pour le construire, on a rajouté des œufs et du vin, pour que le pont soit fort et costaud.

Une autre histoire sur le pont est celle de Jean Népomucène.

Jean refusait que le roi place à la tête d’une abbaye un homme de son choix sans passer par les élections habituelles.

Il lui faisait aussi des leçons de morale à la cour et il était enfin le confesseur de la reine Jeanne, que le roi soupçonnait d’infidélités.

La légende veut que le roi lui ait ordonné de lui répéter une confession de la reine.

Comme il a normalement refusé cette demande à plusieurs reprises, il a fini emprisonné, torturé, brûlé et jeté dans le fleuve depuis le pont.

La suite de la légende dit qu’à l’endroit où on a repêché son corps, on a vu une couronne à cinq étoiles.

Il est béatifié en 1721 et c’est le saint tchèque le plus connu.

Au pied de sa statue au milieu du pont, il y a des plaques en bronze que tout le monde touche, car il paraît que cela porte bonheur.

Pont Charles et tours gothiques de Prague

Promenade dans la Vieille Ville

La Place de la Vieille Ville est l’un des lieux les plus agréables à Prague.

Accueillante et ancienne, la place est entourée de ruelles intrigantes qui rendent la promenade très plaisante.

En continuant la balade dans le quartier en suivant la rue Železná, on arrive devant le Théâtre des Arts.

En remontant la rue Celetná, on rejoint la tour Poudrière, haute tour noire gothique qui marque l’entrée de la Vieille Ville.

Dans le quartier vous sentirez sûrement une odeur sucrée et alléchante, c’est l’odeur du trdelník.

C’est une sorte de gâteau en cheminée.

Cette pâtisserie s’appelle aussi kürtős kalács en Hongrie et cozonac secuiesc en Roumanie, et tout le monde en réclame la paternité.

C’est une pâte sucrée enroulée autour d’une brochette en bois, grillée à la braise puis recouverte de sucre ou de ce que vous voulez, et cela peut parfois être très gras.

Il y a le restaurant Mlejnice dans la minuscule ruelle Kožná 488/14 qui a retenu notre attention.

Vaut le coup.

Au cours d’un séjour à Prague, on y passe obligatoirement une, deux, voire trois ou quatre fois.

Bon plan : découvrez les itinéraires pour vous balader à Prague, avec étapes, description précise et photos du parcours.

TakenVR - Promenade Architecturale

Principaux bâtiments et styles à observer

Période ou styleBâtiments et éléments remarquables
RomanRotonde de la Sainte-Croix ; Palais des seigneurs de Kunštát
GothiqueNotre-Dame-du-Týn ; couvent Sainte-Agnès ; maison À la cloche de pierre ; tour Poudrière ; tour du Pont Charles
RenaissanceMaison Aux cinq couronnes ; maison Teufel ; maison À l’arbre vert ; palais Granovský
Baroque et rococoÉglise Saint-Nicolas ; palais Kinský ; façades colorées de la Vieille Ville
Néo-RenaissanceRudolfinum ; Maison Štorch
Art nouveauMaison Municipale ; monument de Jan Hus
CubismeMaison À la vierge noire et son musée cubiste

Repères géographiques

La Vieille Ville de Prague est le quartier numéro 1 sur la carte.

  • Staré Město ou Vieille Ville de Prague
  • Mala Strana ou Petit côté
  • Hradčany et Strahov, le quartier du château de Prague
  • Nové Město ou Nouvelle Ville de Prague
  • Vinohrady et Vršovice
  • Žižkov
  • Holešovice
  • Karlin
  • Place de la Vieille Ville

La Vieille Ville de Prague abrite un nombre incroyablement élevé de bâtiments extraordinaires datant de toutes les périodes couvertes par sa longue histoire.

Ses façades sombres, ses tours gothiques, ses bâtiments baroques colorés, ses hôtels particuliers Renaissance, ses édifices Art nouveau et ses constructions cubistes composent un ensemble architectural exceptionnel.

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