Terres rares en République dominicaine : potentiel minier et enjeux stratégiques

Lors de sa visite officielle de 24 heures à Santo-Domingo du 5 au 6 février 2025, Marco Rubio, nouveau Secrétaire d’Etat nord-américain a tenu des discussions avec Luis Abinader, le président dominicain ainsi que le ministre des affaires étrangères dominicain.

L'un des sujets de grande importance était l’exploitation des terres rares, recherchées pour toutes les grandes puissances industrielles, qui se trouvent en grandes quantités dans le sous-sol de la République-Dominicaine.

Carte des terres rares en République dominicaine

Un potentiel estimé à 100 millions de tonnes

En République-Dominicaine, les estimations préliminaires s'élèvent à 100 millions de tonnes de réserves brutes de ces minéraux si convoités par les pays développés comme les États-Unis.

« Le Corps des Ingénieurs de notre armée a déjà collaboré avec vous, sous contrat, pour identifier quelque chose qui sera extrêmement important pour l’avenir du monde et de l’économie moderne. Nous espérons travailler avec vous pour la suite. »

Depuis août 2024, sous la présidence de Joe Biden, les États-Unis collaborent avec Saint-Domingue sur les forages des terres rares qui se trouvent dans le sous-sol de la province de Pedernales située dans le sud du pays.

Le fleuve Pedernales est à la frontière entre Haïti et la République-Dominicaine.

Le gouvernement dominicain a déjà créé l'Empresa Minera Dominicaine, S.A. (EMIDOM), un organisme public, pour la promotion de l’extraction des ressources.

Luis Abinader, le président dominicain a affirmé que les États-Unis sont le partenaire préféré de la République-Dominicaine.

Pourquoi les terres rares sont-elles stratégiques ?

Les terres rares sont un groupe de 17 éléments chimiques présents dans la nature et indispensables à la fabrication de produits technologiques utilisés dans la défense, dans l’aérospatiale et dans le domaine médical.

Elles sont également utilisées pour la production des téléphones portables, des composants de véhicules électriques, des puces et les énergies renouvelables.

À l’évocation de ces nouvelles richesses minérales, indispensables pour la fabrication des puces électroniques, téléphones, ordinateurs, batteries et véhicules de demain.

Du point de vue de l'économie mondiale, les terres rares font désormais partie des matières premières stratégiques.

Depuis les années 1970, les terres rares sont d'usage courant dans l'industrie.

Les semi-conducteurs, les éléments de base de la plupart des appareils électroniques, traitent les données et alimentent les écrans.

Sans eux, de nombreux appareils numériques ne fonctionneraient pas.

Les puces à semi-conducteurs sont vitales dans cette ère numérique.

DomaineUtilisation des terres rares
TechnologieTéléphones portables, ordinateurs, puces
MobilitéComposants de véhicules électriques, batteries
Énergies renouvelablesÉoliennes et autres équipements
Défense et aérospatialeProduits technologiques spécialisés
MédecineProduits technologiques utilisés dans le domaine médical

Des éléments relativement répandus, mais difficiles à séparer

Ces métaux, contrairement à ce que suggère leur appellation, sont assez répandus dans la croûte terrestre, à l'égal de certains métaux usuels.

L'abondance dans la croûte terrestre du cérium (25e élément le plus abondant avec 68 ppm) surpasse ainsi celle de plusieurs métaux communs comme le cuivre (60 ppm), le cobalt (20 ppm) ou le plomb (13 ppm), l'étain (2,1 ppm), l'argent (0,075 ppm) et l'or (0,004 ppm) étant, eux, bien plus rares.

Le néodyme (41,5 ppm, utilisé dans les aimants), le lanthane (39 ppm) et l'yttrium (33 ppm) sont également relativement abondants, alors que l'abondance du thulium et du lutécium n'est que de 0,5 ppm.

Sous forme élémentaire, les terres rares ont un aspect métallique et sont assez tendres, malléables et ductiles.

Leur nom de terres rares vient du fait qu'on les a découverts à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle dans des minerais peu courants à cette époque et à l'exploitation commerciale rendue compliquée par le fait que ces minerais étaient éparpillés et les terres difficiles à séparer les unes des autres : « terres rares » signifiait donc « minerais rares ».

Comme les terres rares ont des propriétés chimiques très voisines, on les trouve en mélange dans un même minerai et il est difficile de les séparer.

Il faut attendre le projet Manhattan, dans les années 1940, pour que les terres rares soient purifiées à un niveau industriel, et les années 1970 pour que l’une d'elles, l'yttrium, trouve une application de masse dans la fabrication de luminophores des tubes cathodiques utilisés dans la télévision couleur.

Une histoire industrielle ancienne

L'aventure débute en 1787, lorsqu'un minéralogiste amateur suédois, lieutenant d'artillerie de son état, Carl Axel Arrhenius, visite les carrières de feldspath d'Ytterby et y découvre un minéral noir qu'il nomme « ytterbite » : un nouvel oxyde est alors identifié qui prendra le nom d'yttria et yttrium pour l'élément qui lui correspond.

Les techniques de séparation par cristallisation fractionnée sont développées par Paul-Émile Lecoq de Boisbaudran ou Georges Urbain au début du XIXe siècle.

La Société des produits chimiques des terres rares est fondée en 1919 par Georges Urbain avec le soutien financier du groupe Worms ; elle installe une usine de traitement de monazite à Serquigny (France).

Cette usine est détruite par les bombardements lors de la Seconde Guerre mondiale.

En 1948, la Société des terres rares installe un établissement à La Rochelle qui devient ensuite l'usine Rhodia-Terres rares.

La société des terres rares fabrique du nitrate de thorium dans les années 1910-1950.

La dépendance mondiale envers la Chine

Les réserves mondiales en oxydes de terres rares étaient estimées par l'Institut d'études géologiques des États-Unis à 120 millions de tonnes en 2021, détenues à 37 % par la Chine, devant le Brésil (18 %), le Viêt Nam (18 %), la Russie (10 %), l'Inde (6 %), l'Australie (2,8 %), les États-Unis (1,2 %), etc.

La Chine estime quant à elle détenir seulement 30 % des réserves mondiales de terres rares, bien qu'elle fournisse 90 % des besoins de l'industrie et se penche sur les techniques de recyclage de ces terres rares dans les déchets électroniques.

Jusqu'en 1948, la plupart des sources de terres rares provenait de dépôts de sable en Inde et au Brésil.

Sur les 170 000 t produites en 2018, 70,6 % (120 000 t) l’ont été par la Chine, selon l'Institut d'études géologiques des États-Unis.

Les autres producteurs - Australie (20 000 t) et États-Unis (15 000 t) - sont loin derrière.

Pour asseoir son contrôle sur ces minéraux stratégiques, la Chine met en œuvre une politique industrielle de long terme, et s'emploie à bousculer le grand jeu géopolitique mondial.

Depuis le début des années 2000, les mines indiennes et brésiliennes produisent toujours quelques concentrés de terres rares, mais elles ont été surpassées par la production chinoise qui assurait, au début des années 2010, 95 % de l'offre de terres rares.

Toute la gamme des terres rares est extraite par la Chine principalement en Mongolie-Intérieure comme le dépôt de Bayan Obo, dans le district minier de Baiyun.

On trouve aussi des terres rares sur le plateau tibétain.

Les tensions autour de l’approvisionnement

Cette prépondérance inquiète les pays occidentaux, qui cherchent à diversifier leur approvisionnement, d'autant plus que la Chine a annoncé le 1er septembre 2009 vouloir réduire ses quotas d'exportation à 35 000 tonnes par an (sur une production de 110 000 tonnes) dès 2010.

L'argumentation justifiant cette décision porte sur la volonté de préserver des ressources rares et l'environnement.

Mais ces mesures visent surtout à satisfaire sa demande interne, en forte croissance.

La Chine avait annoncé qu'elle réduirait ses exportations et sa production de terres rares de 10 % pour 2011 pour des « questions environnementales ».

La Chine a mis fin au début 2015 aux quotas à l’exportation qu’elle avait imposés sur les terres rares ; ces quotas seront remplacés par un régime de licences qui seront nécessaires aux producteurs chinois pour vendre à l’étranger.

En mai 2019, en pleine escalade du conflit commercial sino-américain, la Chine menace de couper l'approvisionnement des États-Unis en terres rares, une ressource cruciale pour de nombreuses industries : aimants, téléviseurs, batteries pour téléphones mobiles et véhicules électriques, ampoules à basse consommation, pots catalytiques, éoliennes, etc.

Le 9 octobre 2025, le gouvernement chinois annonce de nouveaux contrôles sur les exportations de technologies liées à l'extraction et à la production de terres rares, qui s'ajoutent au système de licences instauré en avril 2025 pour certaines exportations de sept terres rares.

Toute demande d'exportation destinée à des clients militaires étrangers se verra systématiquement refusée.

Guerre des Ressources & Géopolitique du Climat, la Course aux Terres Rares ?

La diversification des producteurs

La flambée des prix des terres rares en 2011 (par exemple le cours du dysprosium a été multiplié par six, celui du terbium par neuf) et le quasi-monopole chinois a conduit plusieurs pays à relancer l'exploration.

En 2011, c'est ainsi plus de 312 projets d'exploration de gisements de terres rares qui étaient recensés sur la planète, impliquant plus de 202 sociétés de tailles très diverses dans pas moins de 34 pays.

En 2013, la société australienne Lynas ouvre une mine en Malaisie, la plus importante de terres rares hors de Chine.

La mine californienne de Mountain Pass a été rouverte après dix ans de fermeture et après des investissements de 1,25 milliard de dollars.

À terme, ces deux sites devraient représenter 25 % de la production mondiale.

Au début 2015, seuls deux gisements sont exploités en dehors de Chine, l’un à l’ouest de l’Australie, Mount Weld, l’autre, Mountain Pass, en Californie.

Une cinquantaine de projets sont en cours de développement, dont la moitié sont bien avancés, en particulier au Canada, en Australie, aux États-Unis et au Groenland (à Kvanefjeld).

En juin 2024, la société américaine Critical Metals annonce avoir déboursé 211 millions de dollars pour acquérir 92,5 % du projet d'extraction de terres rares Tanbreez, au Groenland.

Il s'agit de l'un des plus vastes gisements au monde et le projet a déjà reçu des autorités locales les permis nécessaires pour exploiter le sous-sol.

Le rôle des États-Unis

Les États-Unis ont déjà porté leur part de marché dans la production d'oxydes de terres rares de 0 à plus de 15 % depuis la réouverture en 2018 de la mine de Mountain Pass, en Californie, avec l'aide du ministère de la Défense.

Ils dépendent encore de la Chine pour le raffinage, surtout pour les terres rares « lourdes », les plus recherchées par l'industrie de l'armement.

La mine de Mountain Pass, dans le désert californien, a été rouverte en 2017, quand la société MP Materials a racheté le site, aidée par des fonds d'investissement et par quelques aides du gouvernement américain.

La concentration en terres rares y est exceptionnellement élevée : de 7 à 8 %, quand elle ne dépasse pas les 2 % en Chine.

Ces terres contiennent notamment du néodyme et du praséodyme, indispensables dans la confection des aimants permanents présents dans certains alternateurs et moteurs électriques.

La mine a produit 38 500 t en 2020, soit plus de 15 % de la production mondiale.

MP Materials entame la deuxième étape de son développement : la séparation des métaux, actuellement réalisée en Chine, pour la relocalisation de laquelle elle va investir 200 millions de dollars ; la troisième étape, à partir de 2025, sera la production des aimants.

En juillet 2025, le département de la défense américain investit 400 millions de dollars pour acquérir une participation de 15 % dans le groupe MP Materials, exploitant de la mine de Mountain Pass en Californie.

JPMorgan et Goldman Sachs vont de leur côté apporter 1 milliard de dollars de financement au groupe.

Selon le secrétaire d'État Rubio, la République Dominicaine pourrait profiter d'un transfert de technologies pour se transformer en centre moderne dans l'industrie des semi-conducteurs.

« Un pays ami, un allié, qui se trouve dans notre hémisphère, qui a accès à cela, c'est quelque chose de très positif. Je préfère que ce soit ici plutôt que dans les mains d'un pays qui n'est ni un ami, ni un allié, qui se trouve à l'autre bout de la planète. » Marco Rubio

Pedernales, zone centrale de l’exploration

Depuis août 2024, sous la présidence de Joe Biden, les États-Unis collaborent avec Saint-Domingue sur les forages des terres rares qui se trouvent dans le sous-sol de la province de Pedernales située dans le sud du pays.

Le fleuve Pedernales est à la frontière entre Haïti et la République-Dominicaine.

Pour l'instant, il n’y a aucune activité du côté d’Haïti pour explorer le sous-sol dans la zone frontalière d'Anse-à-Pîtres, située juste en face de la Pedernales à la République-Dominicaine.

Forages miniers dans la province de Pedernales

Un potentiel également évoqué en Haïti

Dans un entretien en 2024 avec le journal en ligne HaitiLibre, l’Ingénieur géologue haïtien Claude Prépetit, directeur du Bureau des Mines et de l'Énergie en Haïti, a déploré l’incapacité des autorités à développer une politique d'exploration minière.

Il estime qu'il y a une forte probabilité de trouver des terres rares dans cette région frontalière, notamment du cérium, utilisé dans les téléviseurs à écran plat, les ampoules basse consommation et les projecteurs.

Aujourd'hui, la Chine et la Russie sont les premiers producteurs du cérium.

Claude Prépetit souligne que le potentiel minier inexploité représente une opportunité économique considérable pour le pays.

Selon les études préliminaires, il y a également des gisements d’or dans les provinces situées dans les zones frontalières dans le Nord de la République-Dominicaine et d'Haïti.

Une opportunité économique pour les régions défavorisées

Le développement du tourisme et l’existence de terres rares apparaissent dans certaines zones défavorisées de la République dominicaine comme le moyen de surmonter cette situation et d’aller de l’avant.

« Je soutiens fortement les initiatives qui aident les gens, pour que le tourisme puisse leur être bénéfique », explique Melissa à EFE tandis qu’un merengue de Juan Luis Guerra joue en arrière-plan.

Et, après avoir assisté à un spectacle de danse traditionnelle, elle dit : « Les Dominicains sont des gens vraiment sympas. »

« Le tourisme ne se limite pas à Punta Cana », comme l’a déclaré le ministre dominicain du Tourisme, David Collado, dans une interview accordée à EFE en janvier lors du Salon international du tourisme (Fitur) de Madrid.

« Nous présentons d’autres destinations pour qu’il y ait aussi un équilibre dans l’économie de notre pays, et nous n’avons pas de limite, nous voulons atteindre 20 millions de visiteurs de manière organisée et planifiée dans les années à venir. »

Recyclage et réduction de la dépendance minière

Cette flambée des prix a aussi conduit les pays consommateurs à mettre en place un meilleur recyclage des produits manufacturés.

Le Japon mise ainsi fortement sur la récupération des terres rares pour alimenter son industrie nationale.

En France, Solvay a ouvert en 2012 près de Lyon une unité de récupération de six terres rares contenues dans les ampoules basse consommation usagées.

Les industriels ont également cherché à réduire la quantité de terres rares nécessaires à leur production.

Des réserves difficiles à évaluer

Les réserves de terres rares sont difficiles à évaluer.

En juillet 2011, des scientifiques japonais ont annoncé avoir trouvé une nouvelle réserve de terres rares dans les eaux internationales du Pacifique, à 1 850 kilomètres au sud-est de Tokyo, qui pourrait porter le niveau réserve connue actuelle à environ 100 milliards de tonnes, réparties sur 78 sites à des profondeurs de 3 500 à 6 000 mètres.

En janvier 2013, une seconde expédition a suivi.

En République-Dominicaine, les estimations préliminaires s'élèvent à 100 millions de tonnes de réserves brutes de ces minéraux si convoités par les pays développés comme les États-Unis.

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