Pierric Bergeron et le Lycée Pilote Innovant du Futuroscope : autonomie, parcours scolaires et devenir des élèves

Pierric Bergeron a été enseignant au Lycée Pilote Innovant (près de Poitiers) puis rédacteur en chef des Cahiers pédagogiques avant de finir son parcours professionnel au Pôle Innovant Lycéen de Paris qui accueille des jeunes de 16 à 21 ans déscolarisés et souhaitant revenir dans un projet de formation.

Il est docteur en sciences de l’éducation, chercheur associé (Université Paris Nanterre) et il s’intéresse particulièrement aux questions liées à l’innovation pédagogique et aux parcours scolaires.

Après en avoir été le président, il reste membre du bureau de la FESPI (Fédération des Établissements Scolaires Publics Innovants).

Pierric Bergeron et lycée pilote innovant

Une recherche consacrée aux anciens élèves du lycée pilote

Les élèves du lycée pilote innovant (parfois appelé "lycée du Futuroscope") y ont-ils trouvé ce qu'ils venaient y chercher ?

C'est le sujet de la thèse en sciences de l'éducation de Pierric Bergeron qui y est professeur de documentation.

Soutenue il y a plus d'un an, elle a été récemment signalée par l'IFE.

La question de l'évaluation des établissements différents sera abordée dans cette communication à travers l'exemple du lycée pilote innovant qui a ouvert ses portes à proximité de Poitiers il y a 25 ans.

La population concernée par l'étude est constituée des élèves sortis entre septembre 1990 (première promotion de bacheliers) et septembre 2005 soit environ 2000 élèves.

Pour cela les filières sont limitées aux Lettres (option Arts Plastiques ou Mathématiques), aux Sciences et aux Techniques Industrielles (Electronique).

Évaluer un établissement innovant sur le moyen et le long terme

Sans détailler longuement ici le propos, deux dimensions seront plus particulièrement développées :

  • l'importance, au delà des données factuelles, de la parole des anciens élèves comme élément central de l'évaluation d'une organisation pédagogique ;
  • l'ancrage temporel du processus de construction identitaire ou la mise en évidence que l'évaluation s'inscrit nécessairement dans le moyen ou le long terme.

L’étude ne se limite donc pas aux résultats immédiatement observables à la sortie du lycée. Elle s’intéresse également à la manière dont les anciens élèves décrivent leur trajectoire et construisent leur identité au fil du temps.

La parole des anciens élèves constitue ainsi un élément central pour comprendre les effets d’une organisation pédagogique différente.

Une pédagogie fondée sur l’autonomie et le projet personnalisé

La pédagogie mise en œuvre vise à donner à l’élève un maximum d’autonomie dans le cadre d’un contrat entre l’institution et l’élève pour permettre à ce dernier de structurer son apprentissage autour d’un projet personnalisé.

Ce fonctionnement place l’élève dans une position active. Il ne s’agit pas seulement de suivre un enseignement organisé selon un programme commun, mais de structurer progressivement ses apprentissages en fonction d’un projet.

C’est pourquoi il est prévu de faire éclater les classes par projets : dix-huit demies journées par an autour de projets choisis par les élèves, ce sont les Activités Complémentaires de Formation (ACF).

Il est également prévu d’autres demies journées (BAS) où les élèves choisiront un soutien ou suivront un approfondissement à la carte dans les disciplines traditionnelles.

DispositifOrganisationObjectif
Activités Complémentaires de Formation (ACF)Dix-huit demies journées par an autour de projets choisis par les élèvesStructurer l’apprentissage autour d’un projet personnalisé
BASDes demies journées de soutien ou d’approfondissement à la carteRenforcer ou approfondir les apprentissages dans les disciplines traditionnelles

Apprendre avec plaisir et envie

L'auteur constate que ce qui pousse ces jeunes à se scolariser dans une structure "où le processus de socialisation passe en grande partie par les pairs", c'est de pouvoir travailler "avec plaisir et envie".

La place accordée aux pairs constitue une dimension importante de cette expérience scolaire. La socialisation ne repose pas uniquement sur les relations entre les élèves et les adultes de l’établissement : elle passe en grande partie par les élèves eux-mêmes.

Le lycée apparaît ainsi comme un cadre où les apprentissages peuvent être associés au plaisir, à l’envie de travailler et à l’engagement personnel.

Au-delà du baccalauréat : des compétences et l’autodidaxie

C'est aussi le fait "que lorsqu'on sort de ce lycée, on n'aurait pas que le bac en poche mais un ensemble de compétences" notamment l'autodidaxie, l'aptitude à développer des apprentissages autonomes.

L’expérience recherchée par les élèves ne se réduit donc pas à l’obtention du baccalauréat. Elle comprend également l’acquisition d’un ensemble de compétences susceptibles d’être mobilisées dans d’autres contextes.

L’autodidaxie est notamment présentée comme l’aptitude à développer des apprentissages autonomes.

Cette capacité s’inscrit directement dans une pédagogie qui vise à donner à l’élève un maximum d’autonomie et à lui permettre de structurer son apprentissage autour d’un projet personnalisé.

Des choix professionnels qui privilégient l’initiative

Mais elle montre aussi qu' "ils choisissent les lieux dans lesquels ils vont exercer et sont loin d'être prêts à pouvoir occuper n'importe quelle fonction dans l'entreprise" :

ils préfèrent "les petites unités valorisant l'initiative et les relations humaines, les métiers qui les intéressent et dans lesquels ils se réalisent".

Les trajectoires observées ne correspondent donc pas nécessairement à une disponibilité pour n’importe quel emploi ou pour n’importe quelle fonction dans l’entreprise.

Les anciens élèves manifestent plutôt des préférences professionnelles précises. Ils privilégient les petites unités, l’initiative, les relations humaines et les métiers dans lesquels ils peuvent trouver un intérêt personnel et se réaliser.

Leur parcours scolaire semble ainsi contribuer à une perception plus sélective des environnements de travail et des activités professionnelles.

Expérimenter, choisir et prendre des risques

Ils ont acquis "l'habitude d’expérimenter leurs apprentissages, de choisir (ou de risquer) des itinéraires dans lesquels ils prennent du plaisir" et "ils ont une perception plus fine de leurs compétences".

L’expérimentation des apprentissages devient une habitude. Les élèves sont amenés à choisir leurs itinéraires, mais aussi à risquer des parcours dans lesquels ils prennent du plaisir.

Cette expérience leur permet également de mieux identifier leurs capacités.

Le fait d’avoir une perception plus fine de leurs compétences peut les aider à orienter leurs choix scolaires, professionnels et personnels.

Transformer l’insertion en opportunité

Ils peuvent donc "transformer la situation périlleuse et stressante qu'est l'insertion sociale et professionnelle, en une opportunité, mobilisant des ressources improbables pour tenter de réaliser leurs rêves ou leurs désirs".

L’insertion sociale et professionnelle est décrite comme une situation périlleuse et stressante. Cependant, les anciens élèves peuvent la transformer en opportunité.

Ils mobilisent alors des ressources improbables pour tenter de réaliser leurs rêves ou leurs désirs.

Cette manière d’aborder l’insertion prolonge les apprentissages développés au lycée : expérimenter, choisir, prendre des risques, identifier ses compétences et construire un itinéraire personnel.

Des parcours comparables dans d’autres établissements innovants

L'auteur s'interroge aussi sur les itinéraires des élèves des autres établissements innovants, qui présentent des similitudes, "quel que soit le public élève, décrocheur ou non".

La réflexion dépasse donc le seul cas du lycée pilote innovant. Elle ouvre une interrogation sur les trajectoires d’élèves issus d’autres établissements innovants.

Ces itinéraires présentent des similitudes, quel que soit le public élève, décrocheur ou non.

Les questions posées concernent ainsi à la fois les pratiques pédagogiques, la construction identitaire, l’autonomie, les compétences acquises et les conditions de l’insertion sociale et professionnelle.

Le parcours professionnel de Pierric Bergeron

Pierric Bergeron a été enseignant au Lycée Pilote Innovant (près de Poitiers) puis rédacteur en chef des Cahiers pédagogiques avant de finir son parcours professionnel au Pôle Innovant Lycéen de Paris qui accueille des jeunes de 16 à 21 ans déscolarisés et souhaitant revenir dans un projet de formation.

Il est docteur en sciences de l’éducation, chercheur associé (Université Paris Nanterre) et il s’intéresse particulièrement aux questions liées à l’innovation pédagogique et aux parcours scolaires.

Après en avoir été le président, il reste membre du bureau de la FESPI (Fédération des Établissements Scolaires Publics Innovants).

Références associées à la recherche

BERGERON, P. (2015).

BERGERON, P. HUGON, M.-A.(Dir.) (2013). Anciens-nes élèves du lycée pilote innovant de Jaunay -Clan : trajectoires et constructions identitaires.Thèse de doctorat en sciences de l’éducation.

NOBLE, D., BERGERON, P., FONTAINE, D.

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