Dans la Bible, les bergers apparaissent à la fois comme des hommes chargés de faire paître, de nourrir et de garder les troupeaux, et comme des figures symboliques représentant les guides spirituels, les rois et les conducteurs du peuple. Leur présence dans les tentes, les campements et les pâturages rappelle une réalité quotidienne ancienne, mais elle ouvre aussi sur une lecture théologique du soin, de l’autorité et de la révélation.
Les bergers de Bethléem occupent une place particulière dans cette histoire. Des hommes vivant dehors, dans les champs, deviennent les premiers témoins de la naissance de Jésus. Ils entendent l’annonce de l’ange, se rendent à Bethléem, trouvent l’enfant couché dans une mangeoire et racontent ensuite ce qu’ils ont vu et entendu.
Le métier de berger dans la Bible
Le métier de berger remonte à Abel, fils d’Adam (Gen. 4:2). Le berger est une personne qui fait paître, nourrit et garde des brebis ou des troupeaux comprenant des brebis et des chèvres (Gen. 30:35, 36; Mat. 25:32).
Souvent, le propriétaire prenait soin de son troupeau ou alors celui-ci était confié à ses enfants, garçons et filles, ou à un parent (Gen. 29:9; 30:31; I Sam. 16:11). Les riches propriétaires comme Nabal avaient des serviteurs qui assumaient la charge de bergers; l’un d’eux pouvait être établi comme principal ou chef sur les autres (I Sam. 21:7; 25:7, 14-17).
Quand c’était le propriétaire ou l’un des membres de sa famille qui faisait paître les bêtes, celles-ci s’en trouvaient généralement bien, mais l’homme à gages ne portait pas le même intérêt au troupeau, qui, par conséquent, en pâtissait parfois.
Honoré dans les autres pays, le berger était méprisé dans l’Égypte agricole. Au temps de Jésus, les bergers étaient méprisés parce qu’ils ne respectaient pas le sabbat et n’étaient pas acceptés comme témoins dans le tribunal.
Le berger était donc souvent un homme de la périphérie sociale et religieuse. Il vivait à l’extérieur des villes, dans des lieux parfois impurs, et souvent il n’était même pas propriétaire de son troupeau. Pourtant, sa mission de soigner et de protéger ses bêtes faisait aussi de lui une figure noble, associée au pouvoir royal.
Les bergers nomades et la vie sous les tentes
Les bergers nomades comme Abraham vivaient sous les tentes et se déplaçaient de lieu en lieu pour trouver des pâturages pour leurs troupeaux (Gen. 13:2, 3, 18).

La tente était liée à une existence mobile, organisée autour des besoins du troupeau. Le campement pouvait servir de point de résidence, tandis que les bergers se déplaçaient avec les animaux à la recherche d’herbe et d’eau.
Il arrivait que le propriétaire des animaux ait un lieu de résidence fixe ou campement de base, tandis que ses serviteurs et, ou, les membres de sa famille allaient de pâturage en pâturage avec le troupeau (Gen. 37:12-17; I Sam.).
Dans la tradition biblique et juive, l’expression « tente des bergers » de Ct 1,8 devient le symbole des synagogues ou des maisons d’étude, et surtout du temple, où les maîtres et les guides du peuple donnent leur enseignement sur la Torah.
En partant d’Origène jusqu’au XIVe siècle, on a relevé une quinzaine d’auteurs qui ont fait un commentaire de l’adoration des bergers de Bethléem (Lc 2,8-20).
En effet dans les quelques passages bibliques où le terme « tente » apparaît seul, la version araméenne introduit la mention des « maisons d’étude ». Le même phénomène se retrouve çà et là dans la littérature juive du premier siècle avant J.-C. au premier siècle après J.-C. et dans le Nouveau Testament.
L’équipement du berger
L’équipement du berger pouvait comprendre une tente (És. 38:12), un vêtement dont il s’enveloppait (Jér. 43:12), un bâton et une fronde pour se défendre, un sac pour ses provisions (I Sam. 17:40; Ps. 23:4), ainsi qu’une houlette ou long bâton recourbé dont il se servait pour guider les brebis.
| Équipement | Fonction |
|---|---|
| Tente | Abriter le berger pendant ses déplacements |
| Vêtement | S’envelopper contre les conditions de la nuit |
| Bâton | Se défendre et guider les brebis |
| Fronde | Se défendre contre les prédateurs et les voleurs |
| Sac | Conserver les provisions |
| Houlette | Guider les brebis |
Dans le récit de Zacharie, le berger prend deux houlettes. Il appelle l’une Grâce et l’autre Union, et il prend soin des brebis.
J’ai pris deux houlettes. J’ai appelé l’une Grâce et l’autre Union, et j’ai pris soin des brebis.
Les enclos, les tentes et la garde de nuit
Il arrivait que plusieurs troupeaux partagent le même enclos pour la nuit, enclos qui était confié à la surveillance d’un gardien.
Le matin, quand les bergers arrivaient, ils appelaient leurs bêtes, et les brebis répondaient à leur berger, et à lui seul. Celui-ci prenait alors son troupeau et le menait paître (Jean 10:1-5).
Dans la soirée, le berger ramène le troupeau à l’enclos; il se poste à la porte et compte les bêtes qui passent, soit avec sa houlette, soit à la main (Lév. 27:32; Jér.).
Les brebis connaissent sa voix et obéissent; mais si un étranger les appelle, elles s’arrêtent immédiatement, lèvent la tête, inquiètes, et si l’appel est renouvelé, elles prennent la fuite parce qu’elles ne connaissent pas la voix de cet étranger.
Il ne s’agit pas là de traits inventés pour les besoins d’une parabole, mais de la réalité. J’ai eu l’occasion de le constater à maintes reprises.

Ces observations permettent de comprendre la force des images bibliques consacrées à la voix du berger, à la porte de l’enclos, au rassemblement du troupeau et à la recherche des bêtes égarées.
Une vie exposée au froid, à la chaleur et au danger
La vie de berger n’était pas facile. L’homme était exposé tantôt à la chaleur tantôt au froid, et il passait aussi des nuits sans sommeil (Gen. 31:40; Luc 2:8).
Au péril de sa vie, il protégeait le troupeau non seulement contre les prédateurs - lions, loups, ours - mais aussi contre les voleurs (Gen. 31:39; I Sam. 17:34-36; És. 31:4; Amos 3:12; Jean 10:10-12).
Le berger devait empêcher les brebis de se disperser (I Rois 22:17), rechercher celles qui s’étaient égarées (Luc 15:4), porter dans son sein les bêtes affaiblies et les agneaux (És. 40:11) et soigner celles qui étaient malades ou blessées en bandant les membres brisés et en frottant les blessures avec de l’huile d’olive (Ps. 23:5; Ézéch. 34:3, 4; Zach. 11:16).
Il lui fallait prendre des précautions lorsqu’il faisait paître les brebis qui allaitaient (Gen. 33:13).
L’eau, les pâturages et les conflits autour des puits
Chaque jour, généralement vers midi, le berger abreuvait le troupeau (Gen. 29:3, 7, 8).
Si les animaux étaient abreuvés au puits, il fallait remplir d’eau des rigoles ou des abreuvoirs (Ex. 2:16-19; comparez avec Genèse 24:20).
Au puits, il arrivait que des querelles éclatent entre bergers.
Les pâturages et les points d’eau étaient essentiels à la survie du troupeau. Le déplacement des bergers n’était donc pas un simple voyage, mais une nécessité imposée par le rythme des saisons, la disponibilité de l’herbe et l’accès à l’eau.
Le salaire et la responsabilité du berger
Une partie des produits du troupeau revenait de droit au berger (I Cor. 9:7); souvent il recevait des animaux en guise de salaire (Gen. 30:28, 31-33; 31:41), mais parfois on le payait en argent (Zach. 11:7, 12).
Il arrivait que le berger doive dédommager le propriétaire pour les pertes (Gen. 31:39); toutefois, sous la Loi, il n’était pas tenu de compenser pour un animal qui avait été mis en pièces par une bête sauvage (Ex.).
La responsabilité du berger ne se limitait donc pas à conduire les animaux. Il devait veiller sur leur sécurité, surveiller leur état, rendre compte des pertes et protéger les biens qui lui étaient confiés.
Les patriarches comme bergers
Les textes de l’Ancien Testament parlent souvent des patriarches d’Israël comme autant de « bergers » dans le sens premier du terme.
- Jacob est au service de Laban (Gn 30,36).
- Les fils de Jacob sont associés au soin des troupeaux (Gn 37,13-14 ; 46,34 ; 47,3).
- Joseph reçoit une mention spéciale parmi les fils de Jacob (Gn 37,13-14).
- Judas apparaît également dans un contexte pastoral (Gn 38,12-13).
- Moïse garde le troupeau de son beau-père Jéthro (Ex 3,1).
- David est présenté comme celui qui fait paître les brebis (1 S 16,11-13).
Il y a beaucoup de bergers dans la Bible, depuis Abraham, le pasteur en marche vers la promesse, avec Moïse, veillant sur les brebis de son beau-père Jéthro, quand Yahvé lui apparut au buisson ardent pour qu’il mène son peuple à travers le désert, et jusqu’à David, le petit dernier que le prophète fit chercher derrière le troupeau pour lui conférer l’onction royale.
Moïse est berger de troupeau, il éduque les filles de Jéthro et veille, comme un berger, sur les pensées du beau-père avant de devenir le grand gardien de la loi du Seigneur.
Le berger, image du roi et du guide
Depuis lors, en effet, le roi est le berger de son peuple.
Dans la tradition biblique et juive, les bergers symbolisent à la fois les guides spirituels et les maîtres de la loi, préparant à l’exercice d’une autorité juste et sage.
Parmi ces bergers-docteurs il y a par exemple Josué, David ou Salomon et le Messie.
Dans la Bible, le terme « berger » désigne parfois les chefs et les conducteurs d’Israël, fidèles et infidèles (És. 63:11; Jér. 23:1-4; 50:6; Ézéch. 34:2-10; comparez avec Nombres 27:16-18; Psaume 78:70-72), ainsi que ceux des autres nations (Jér. 25:34-36; 49:19; Nahum 3:18; comparez avec Ésaïe 44:28).
Il semble qu’en Jérémie 6:3, les « bergers » représentent les commandants des armées d’invasion.
Il est aussi question de bergers avec leurs troupeaux dans une prophétie de restauration (Jér. 33:12), tandis que la désolation complète de Babylone est représentée par le fait que « pas même un berger n’y fera plus coucher son troupeau ».
Les mauvais bergers et les brebis sans protection
Les textes prophétiques opposent le berger fidèle au berger indigne. Le mauvais berger ne cherche pas les bêtes disparues, ne soigne pas les blessées et ne nourrit pas les brebis bien portantes.
Voici ce que dit l’Eternel, mon Dieu: « Prends soin des brebis destinées à l’abattoir. »
Ceux qui les achètent les égorgent impunément, et celui qui les vend dit: « Béni soit l’Eternel, car je m’enrichis! » Leurs propres bergers n’ont pas pitié d’elles.
Dans le livre de Zacharie, le prophète prend soin des brebis destinées à l’abattoir, certainement les plus misérables du troupeau.
J’ai fait disparaître les trois bergers en un mois, mais j’ai perdu patience avec elles, et elles-mêmes en ont eu assez de moi.
Alors j’ai déclaré: « Je ne prendrai plus soin de vous. Que celle qui va mourir meure, que celle qui va disparaître disparaisse et que celles qui restent se dévorent les unes les autres! »
L’image montre ce qui arrive lorsque la responsabilité pastorale est abandonnée et que les dirigeants ne prennent plus soin des plus faibles.
L’Eternel m’a dit: « Prends encore l’équipement d’un berger fou! »
En effet, je fais surgir dans le pays un berger qui ne s’occupera pas des brebis disparues. Il n’ira pas à la recherche des plus jeunes, il ne soignera pas les blessées, il ne nourrira pas les bien portantes, mais il mangera la viande des plus grasses et arrachera leurs sabots.
Malheur au berger indigne qui abandonne ses brebis! Que l’épée déchire son bras et crève son œil droit! Que son bras se dessèche et que son œil droit soit perdu!
Les deux houlettes : Grâce et Union
J’ai pris ma houlette Grâce et je l’ai brisée pour rompre mon alliance, celle que j’avais conclue avec tous les peuples.
Elle a été rompue ce jour-là, et les plus misérables des brebis qui m’observaient ont reconnu que c’était une parole de l’Eternel.
Je leur ai dit: « Si vous le trouvez bon, donnez-moi mon salaire, sinon, ne le donnez pas. » Alors ils ont pesé pour mon salaire 30 pièces d’argent.
L’Eternel m’a dit: « Jette-le au potier, ce prix magnifique auquel ils m’ont estimé! » J’ai donc pris les 30 pièces d’argent et je les ai jetées dans la maison de l’Eternel pour le potier.
Puis j’ai brisé ma seconde houlette, Union, pour rompre la fraternité entre Juda et Israël.
| Houlette | Signification dans le récit |
|---|---|
| Grâce | Alliance conclue avec tous les peuples |
| Union | Fraternité entre Juda et Israël |
Dieu, le Berger d’Israël
Dieu lui-même sera appelé le Berger d’Israël, le vrai pasteur.
Jéhovah est un Berger qui prend soin avec amour de ses brebis, à savoir son peuple (Ps. 23:1-6; 80:1; Jér. 31:10; Ézéch. 34:11-16; I Pierre 2:25).
Cette image met en avant la protection, la direction, la nourriture, la recherche des égarés et la compassion envers les faibles. Elle repose sur les gestes concrets du berger qui veille chaque jour sur son troupeau.
Jésus, le grand Berger et l’excellent Berger
Son Fils Jésus Christ est le « grand berger » (Héb. 13:20) et le « berger en chef » sous la direction duquel les surveillants de congrégations chrétiennes font paître le troupeau de Dieu de bon gré, avec désintéressement et empressement (I Pierre 5:2-4).
Jésus se présenta comme « l’excellent berger », celui qui éprouve de la compassion pour les « brebis » et qui le démontre en se dessaisissant de son âme pour elles (Jean 10:11; voir Matthieu 9:36).
Mais comme le dit la prophétie, quand on frappa « l’excellent berger », le troupeau se dispersa (Zach. 13:7; Mat.).
En Révélation 12:5, il est question des nations que l’on fera « paître » avec une baguette de fer, ce qui signifiera leur destruction.
Les bergers de Bethléem dans l’Évangile de Luc
Il n’est pas fortuit que les premiers témoins de la naissance de Jésus soient justement des bergers. Des gens peu considérés, des petits, des pauvres vivant en marge.
Dans la même région, il y avait des bergers qui vivaient dehors et passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux.
Jésus naît dans une étable de Bethléem. En-dehors de ses parents, les premiers témoins de cette naissance sont des « bergers de la même région ».
Le texte biblique qui raconte l’annonce aux bergers de Bethléem est le passage de l’évangile de Luc lu lors de la liturgie de la nuit de Noël.
Or il advint, comme Marie et Joseph étaient là à Bethléem, que furent accomplis les jours où elle devait enfanter. Et l’ange leur dit :
« Soyez sans crainte car voici que je vous annonce la bonne nouvelle d’une grande joie, qui sera pour tout le peuple : il vous est né aujourd’hui, dans la cité de David, un Sauveur, qui est le Christ Seigneur. »
L’ange du Seigneur se présenta devant eux, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte.
Alors l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. »
LA NAISSANCE DE JÉSUS À BETHLÉEM — L’Annonce aux Bergers | Luc 2:1-20 ||Moments avec Dieu
De la peur à la joie
La première réaction des bergers est la peur. La lumière et la gloire du Seigneur les enveloppent, et l’apparition céleste les saisit d’une grande crainte.
La parole de l’ange transforme cependant cette peur en joie : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle. »
Les bergers ne reçoivent pas une information destinée à quelques privilégiés. L’annonce est une grande joie pour tout le peuple.
Les anges ont chanté de la paix et de la joie dans cette nuit de Noël.
Le signe de la mangeoire
Voilà donc le signe qui leur est donné : « Un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une crèche. »
Quelle disproportion entre la solennité de l’annonce et l’humilité du signe !
La naissance du Sauveur n’est pas signalée par un palais, une armée ou une cérémonie royale. Le signe est celui d’un enfant enveloppé de langes et couché dans une mangeoire.
La présence des bergers autour de Jésus dans la crèche dresse les grandes lignes de l’Évangile selon saint Luc : les pauvres ont une place importante, car c’est à eux que Jésus s’adresse.
L’Évangile laisse ainsi transparaître le mystère de Dieu fait homme et la folie de cette naissance : Jésus ne naît pas en grande pompe, mais au contraire il est salué par la simplicité des bergers de son peuple.
Les bergers se rendent à Bethléem
Lorsque les anges eurent quitté les bergers pour le ciel, ceux-ci se disaient entre eux : « Allons jusqu’à Bethléem pour voir ce qui est arrivé, l’événement que le Seigneur nous a fait connaître. »
Et il advint, quand les anges les eurent quittés pour le ciel, que les bergers se disaient entre eux :
« Passons jusqu’à Bethléem et voyons cette parole qui est arrivée que le Seigneur nous a fait connaître. »
Ils vinrent donc en hâte, obéissant à la parole de l’Ange, et ils virent en cet enfant le Messie Seigneur.
Ils se hâtèrent d’y aller, et ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire.
Ils vinrent en hâte et ils trouvèrent Marie et Joseph et le nouveau-né placé dans la mangeoire.
Le récit ne précise pas comment les bergers ont trouvé la bonne écurie au milieu de la nuit. Le signe donné par l’ange leur permet cependant de reconnaître l’enfant : un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une mangeoire.
Des bergers évangélisés aux premiers évangélisateurs
Les bergers de Bethléem sont évangélisés : ils sont bouleversés par la gloire du Seigneur qui, par son ange, leur annonce l’événement de Noël.
Ils vont voir et trouvent Marie, Joseph et l’enfant.
Ensuite, ils deviennent évangélisateurs : ils parlent, ils font connaître à tout le monde ce qu’ils ont entendu et vu.
Après avoir vu, ils firent connaître la parole qui leur avait été dite au sujet de cet enfant.
Et tous ceux qui les entendirent s’étonnèrent de ce que leur disaient les bergers.
Les bergers de Bethléem sont l’image des bergers de l’Église qui, comme ces bergers de Bethléem, annoncent à tous la révélation reçue.
Dans son évangile, saint Luc voit en eux les premiers messagers de la bonne nouvelle. Dans son récit, il anticipe la mission des apôtres qui proclameront la résurrection du Christ et deviendront à leur tour les pasteurs du troupeau.
Les bergers repartent en louant et glorifiant Dieu.
Et les bergers repartirent, glorifiant et louant Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, conformément à ce qui leur avait été annoncé.
Le lien entre Bethléem et la résurrection
La tradition a fait le lien entre les bergers de Bethléem et les pasteurs de l’Église parce que l’Écriture elle-même y encourageait.
À Bethléem, le nouveau-né invite à se demander : qui est cet enfant ? et la réponse est donnée par l’ange : « Aujourd’hui vous est né un Sauveur, le Christ, le Seigneur » (Lc 2,11).
Au sépulcre, l’absence du corps de Jésus suscite la question : où est le Seigneur ? Et la réponse vient aussi des anges : « il n’est pas ici, il est ressuscité » (Lc 24,6).
Les deux événements, ici l’enfantement du fils premier-né de Marie, là, la résurrection de Jésus, sont annoncés par l’Ange.
Mêmes signes : ici, les langes, là, le linceul.
Même joie communicative à annoncer la bonne nouvelle de Jésus.
Ainsi firent Pierre et l’autre disciple après avoir entendu l’annonce du tombeau vide par Marie de Magdala. Ils coururent en hâte, et le disciple, apercevant les linges et le suaire, s’ouvrit à la foi.
Les bergers et le peuple d’Israël
Israël est un peuple de bergers.
Jésus était Juif. Dès sa naissance, il vient donc prendre place dans la nation d’Israël.
À bien relire le Pentateuque, les cinq premiers livres de l’Ancien Testament, on voit que les patriarches Abraham, Isaac et Jacob étaient tous trois éleveurs de bétail, autrement dit bergers.
En effet, tandis par exemple que les Grecs sont des marins et des soldats, les Juifs sont des bergers.
Philon d’Alexandrie, philosophe juif du premier siècle, explique que la nation juive dans son entier se conçoit comme un peuple de bergers : « Les gens de notre nation sont essentiellement des éleveurs et des pâtres, et possèdent de nombreux troupeaux de chèvres, de bœufs, de moutons et d’autres animaux de toute espèce. »
C’est en ce sens que Jésus est chez lui au milieu des bergers.
Les tentes comme image des maisons d’étude
Dans le midrash, l’expression « tente des bergers » de Ct 1,8 devient le symbole des synagogues ou des maisons d’étude, et surtout du temple, où les maîtres et les guides du peuple donnent leur enseignement sur la Torah.
Cette interprétation associe le lieu pastoral à la transmission de la Parole. La tente n’est plus seulement un abri de berger : elle devient un espace où le peuple reçoit un enseignement, où les maîtres exercent leur responsabilité et où les guides forment ceux qui leur sont confiés.
Parmi ces bergers-docteurs il y a par exemple Josué, David ou Salomon et le Messie.
Les bergers dans les prophéties
Le livre de Zacharie décrit à la fois la restauration du troupeau et la condamnation des bergers infidèles.
Demandez à l’Eternel la pluie, à l’époque de la pluie du printemps: c’est l’Eternel qui produit les orages. Il vous accordera une pluie abondante, il donnera à chacun de l’herbe dans son champ.
En effet, les théraphim ont des paroles vides, les devins prophétisent des faussetés, les rêves mentent et leur consolation est illusoire. C’est pourquoi ils sont errants comme un troupeau, ils sont malheureux parce qu’il n’y a pas de berger.
Ma colère s’est enflammée contre les bergers, et j’interviendrai contre les boucs. Oui, l’Eternel, le maître de l’univers, visite son troupeau, la communauté de Juda, et il en fera comme son cheval d’honneur dans la bataille.
De Juda sortira la pierre angulaire, le piquet, l’arc de guerre, de lui sortiront tous les chefs ensemble.
Ils seront pareils à des héros qui piétinent dans la bataille la boue des rues: ils combattront, parce que l’Eternel sera avec eux, et leurs ennemis, quoique montés sur des chevaux, seront couverts de honte.
Je fortifierai la communauté de Juda et je délivrerai la famille de Joseph. Je les ramènerai, car j’ai compassion d’eux, et ils seront comme si je ne les avais pas rejetés, car je suis l’Eternel, leur Dieu, et je leur répondrai.
Ephraïm sera pareil à un héros; leur cœur aura la joie que donne le vin. Leurs fils le verront et seront dans l’allégresse, leur cœur se réjouira en l’Eternel.
Je sifflerai et je les rassemblerai, car je les rachète, et ils seront aussi nombreux qu’autrefois.
Quand je les aurai dispersés parmi les peuples, au loin ils se souviendront de moi; ils vivront avec leurs enfants et ils reviendront.
Je les ramènerai d’Egypte et je les rassemblerai de l’Assyrie. Je les ferai venir au pays de Galaad et au Liban, et l’espace ne leur suffira pas.
Il passera la mer de la détresse, il frappera les flots de la mer, et toutes les profondeurs du Nil seront à sec. L’orgueil de l’Assyrie sera abattu et le sceptre de l’Egypte disparaîtra.
Je les fortifierai en l’Eternel, et ils marcheront en son nom, déclare l’Eternel.
Les bergers et la restauration de Jérusalem
L’Eternel sauvera d’abord les tentes de Juda afin que la fierté de la famille de David, la fierté des habitants de Jérusalem ne s’élève pas au-dessus de Juda.
Ce jour-là, l’Eternel protégera les habitants de Jérusalem et le plus faible parmi eux sera, ce jour-là, pareil à David, la famille de David sera pareille à Dieu, pareille à l’ange de l’Eternel devant eux.
Ce jour-là, je travaillerai à détruire toutes les nations qui viendront attaquer Jérusalem.
Ce jour-là, je rendrai les chefs de Juda pareils à un foyer allumé parmi des arbres, à une torche enflammée parmi des épis. Ils dévoreront à droite et à gauche tous les peuples environnants, et Jérusalem restera à sa place, à Jérusalem.
Alors je déverserai sur la famille de David et sur les habitants de Jérusalem un esprit de grâce et de supplication, et ils tourneront les regards vers moi, celui qu’ils ont transpercé. Ils pleureront sur lui comme on pleure sur un fils unique, ils pleureront amèrement sur lui comme on pleure sur un premier-né.
La portée symbolique des bergers de Bethléem
Les bergers symbolisent l’ouverture de la Bonne Nouvelle aux exclus, le lien entre le Christ et les pasteurs, puisque Jésus lui-même se dira le Bon Pasteur, et l’écoute fidèle : les bergers entendent, croient, vont voir et témoignent.
Ils sont les premiers évangélisateurs.
La présence des bergers révèle que la bonne nouvelle ne commence pas dans les cercles du pouvoir, mais auprès de personnes simples, pauvres et disponibles. Leur vie de veille les rend attentifs à la lumière et à la parole qui leur sont adressées.
Ils deviennent les premiers à aller voir Jésus, le trouvant couché dans une mangeoire, puis repartent en louant Dieu et racontant ce qu’ils ont vu.
Selon Luc 2, les bergers racontent ce qu’ils ont vu aux autres, et tous sont émerveillés de leurs paroles.
Marie elle-même garde et médite ces événements dans son cœur.
Leur témoignage provoque la louange et la contemplation.
Une naissance humble et un salut annoncé aux petits
La simplicité des premiers témoins de Dieu-fait-homme s’accorde avec la simplicité de la naissance elle-même.
Jésus ne naît pas en grande pompe, mais au contraire il est salué par la simplicité des bergers de son peuple.
Le Christ a vécu parmi les hommes. Le grand mystère de l’Incarnation, qui signifie que Dieu s’est fait homme pour que l’homme puisse devenir Dieu, était notre joie, une joie qui nous faisait désirer embrasser la terre en signe d’adoration, parce que ses pieds avaient voulu la fouler.
C’était un mystère. Mais il y avait aussi les faits de la vie du Christ, qui est né dans une étable, qui n’est pas venu pour être un roi sur la terre, qui a travaillé de ses mains, qui a passé ses premières années en exil et le reste du début de sa vie humaine dans une vulgaire échoppe de charpentier à Nazareth.
Jésus a dû payer. Ce paiement a commencé dans la crèche et est terminé sur la croix.
Les bergers comme modèles de veille et de témoignage
Les bergers de Bethléem veillent pendant la nuit, reçoivent une révélation, vérifient la parole reçue, puis la transmettent.
- Ils gardent leurs troupeaux dans les champs.
- Ils entendent l’annonce de l’ange.
- Ils passent de la peur à la joie.
- Ils se rendent en hâte à Bethléem.
- Ils trouvent Marie, Joseph et l’enfant.
- Ils racontent ce qui leur a été annoncé.
- Ils repartent en louant et en glorifiant Dieu.
Les bergers repartent louant et glorifiant Dieu. Leur vie quotidienne ne devient pas nécessairement plus facile, mais elle reçoit une signification nouvelle : ils ont été rendus témoins d’un événement qu’ils ne gardent pas pour eux-mêmes.
Je vous invite à prier, et donc d’abord nous arrêter. Cela veut dire trouver un lieu, un moment, une durée, se donner les conditions du silence intérieur et enfin trouver une position confortable.
L’un préférera prier en marchant. Pour l’autre, se retrouver dans une chapelle à genoux. Pour un autre encore, s’installer confortablement dans un bon fauteuil.
