Chaque année, lorsque tombent les résultats d’admission aux concours enseignants, la question du recrutement se pose. Le constat demeure sans appel : la profession connaît depuis plusieurs années une crise d’attractivité.
La crise d’attractivité que traverse le système éducatif diffère des précédentes tensions sur le recrutement. Ces phénomènes ne doivent pas être interprétés comme un désamour généralisé pour l’enseignement. Comme le montre l’enquête qualitative qui nourrit le propos de la note, la mission d’enseignement fait toujours l’objet d’un attachement et d’un investissement forts.
Une crise particulièrement visible dans les résultats du CAPES
Pour celui des enseignants du second degré (Capes), 16,6% des postes ne sont pas pourvus (863 postes sur 5.200 places).
Les premiers résultats des concours de la session 2025 montrent l’étendue de la crise d’attractivité. Cette année encore, le Ministère a dû prolonger de deux semaines la période d’inscription aux concours faute de candidat·es.
C’est le signe du désintérêt croissant des étudiant·es pour nos métiers en raison des faibles salaires et de la dégradation des conditions de travail.
Malgré la suppression de 5% des postes au CAPES externe par le Ministère, principalement dans les disciplines déficitaires (-33% en lettres classiques, -39% en allemand, -22% en éducation musicale, -12% en physique-chimie, -5% en mathématiques, -4% en lettres modernes, …), avec l’objectif à peine voilé de minimiser la pénurie, les ratios admissibles/postes ne s’améliorent pratiquement pas (+0,03) par rapport à la session 2024.
Mais cette tentative de minimisation de la crise ne résiste pas à l’épreuve des chiffres : il n’y a que 6987 admissibles en 2025 contre 7190 en 2024, soit une baisse de -3%.
Dès l’admissibilité, 11 postes sont déjà perdus au CAPES externe (7 en lettres classiques, 3 en breton, 1 en catalan).
Le ratio admissibles/postes est également très inquiétant dans beaucoup de disciplines.
13 postes sont perdus dès l’admissibilité au 3eme concours. Seul·es 520 candidat·es (-26 par rapport à la session 2024) sont admissibles pour 390 postes ouverts.
Au CAPES interne, l’ensemble des résultats d’admission sont tombés. Malgré la suppression de 10% des postes au CAPET externe par rapport à 2024, la situation n’est pas plus favorable.
10 postes sont perdus dès l’admissibilité (en SII ingénierie informatique et éco-gestion).
Le ratio admissibles/postes moyen n’est que de 1,61.
Les résultats d’admission au CAPET interne sont disponibles : 12 % des postes sont non pourvus.
| Indicateur | Résultat |
|---|---|
| Postes non pourvus au CAPES en 2023 | 863 postes sur 5.200 places |
| Part des postes non pourvus au CAPES en 2023 | 16,6% |
| Admissibles au CAPES externe en 2025 | 6987 |
| Admissibles au CAPES externe en 2024 | 7190 |
| Ratio admissibles/postes moyen au CAPET externe | 1,61 |
| Postes non pourvus au CAPET interne | 12 % |
Une difficulté ancienne, qui ne concerne pas uniquement le CAPES
Sur les 9.162 postes ouverts en 2023 au concours de professeurs des écoles (CRPE) public, plus de 1.300 n'ont pas été pourvus, soit près de 15%.
Pour le primaire, ce manque d'enseignants concerne surtout trois académies : la Guyane, Créteil et Versailles.
Si le nombre de postes non pourvus en 2023 baisse par rapport à l'année précédente, il reste cependant trois fois plus élevé qu'en 2021, avant que la réforme exigeant un master 2 pour être candidat soit mise en place.
Le manque de professeurs est devenu un phénomène systémique.
Pour la seule année 2024, l'enseignement scolaire public (tous degrés confondus) a enregistré 1 452 démissions et 757 ruptures conventionnelles, selon les chiffres du rapport d'analyse de l'exécution budgétaire 2024 de la Cour des comptes sur la mission interministérielle enseignement scolaire.
L'augmentation du nombre de départs volontaires dans l'éducation nationale traduit une moindre fidélisation du personnel enseignant, perceptible aussi dans les rendements des concours enseignants.
Le document de la Cour des comptes met en lumière la baisse continue du nombre de postes d'enseignants pourvus par rapport au nombre de postes ouverts : 3 076 postes sont restés vacants à l'issue des concours d'enseignants du secteur public en 2024, dont 1 350 dans le premier degré et 1 726 dans le second degré.
Les conséquences de cette crise d'attractivité du métier d'enseignant sont multiples : une hausse du nombre de postes non pourvus et des classes sans professeur, de même que le recours accru aux contractuels (entre 2015 et 2022, leur nombre a augmenté de 45 % dans le primaire et le secondaire).
Le rôle du niveau de recrutement dans l’attractivité des concours
La première question qui se pose est donc celle de la place du concours.
Ce dernier n'a cessé de changer de place, passant du niveau licence à la fin du M1, puis à la fin du M2 avec la réforme de la formation des enseignants, conduite par Jean-Michel Blanquer, alors ministre de l'Education nationale.
Trois ans après la réforme qui a déplacé les concours de recrutement des enseignants à la fin du M2, la situation reste insatisfaisante.
Le positionnement du concours à bac + 5 a considérablement réduit le vivier de candidats : nous en avons perdu 45 % au concours de professeurs des écoles.
Cette évolution est également évoquée pour expliquer les difficultés du CAPES et des autres concours du second degré.
Il n’en faut pas moins aux détracteurs de l’universitarisation de la formation des enseignants pour remettre en cause le modèle actuel de formation dans les ÉSPÉ : l’augmentation du niveau de recrutement serait la cause majeure de la désaffection croissante pour le métier de professeur.
Les étudiants qui s'engagent pour cinq ans de formation connaissent des obstacles financiers et se retrouvent obligés de travailler à côté de leurs études.
La question du niveau de recrutement doit toutefois être distinguée de celle du diplôme finalement requis pour exercer.
Sans remettre en cause l'obtention d'un master, il propose d'ouvrir des parcours universitaires pour les jeunes qui veulent enseigner « dès le niveau bac et possiblement au niveau licence ».
Le déplacement du concours vers la licence
Pap Ndiaye a annoncé qu'il souhaitait placer le CRPE, à destination des enseignants du premier degré, à la fin de la L3.
Récemment, son successeur, Pap Ndiaye, indiquait dans une tribune au Monde vouloir « placer le concours de professeur des écoles à bac+3 sans renoncer à la mastérisation ».
« Même si rien n'est encore tranché, nous espérons mettre cette réforme en œuvre en 2025 », ajoute le ministre.
Cette idée du concours de recrutement en fin de licence n'est pas nouvelle et s'est déjà posée lors de la précédente réforme.
Ce nouveau déplacement du concours n'est pas forcément bien accueilli par certains acteurs de l'éducation.
Le SE-Unsa met en garde. « Modifier une nouvelle fois les modalités de recrutement risque de rebuter encore davantage les candidats déjà engagés dans un processus de formation ».
De son côté, FO salue cette décision. « Il aura fallu plus de dix ans aux différents gouvernements pour tirer le bilan du désastreux passage des concours de recrutement de professeurs des écoles de bac+3 et bac+5, conséquence de la mise en place de la masterisation à laquelle la FO s'était opposée, qui a considérablement réduit le nombre de candidats », réagit l'organisation.
La réforme a finalement été engagée dans un cadre réglementaire nouveau.
La réforme du recrutement des personnels enseignants, initiée pendant l'année scolaire 2023-2024 et prévue par le décret n° 2025-352 du 17 avril 2025 modifiant les conditions de recrutement et de formation des corps enseignants, du personnel d'éducation et des maîtres de l'enseignement privé sous contrat du ministère chargé de l'éducation nationale, vise à renforcer l'attractivité des métiers de l'enseignement et de l'éducation en offrant aux lauréats de ces concours la possibilité d'une entrée progressive dans le métier tout en étant rémunérés.
Les nouvelles modalités de recrutement au niveau bac +3 seront effectives à compter de la session des concours 2026.
À compter de cette session 2026, les concours d'enseignement (premier et second degrés) pourront être passés dès la licence, soit bac + 3 au lieu de bac + 5.
Pendant les deux années de montée en charge de la réforme, des concours seront ouverts aux niveaux bac +3 et bac +5.
Une formation rémunérée et une entrée progressive dans le métier
« Pour autant, nous dissocions l'obtention du diplôme et le concours », précise Pap Ndiaye qui insiste : il ne touchera pas à la mastérisation.
« Nous proposerons, après le concours, deux ans de formation rénovée et rémunérée. Cela attirera davantage de candidats, notamment des étudiants défavorisés (…). »
Après réussite au concours, les lauréats titulaires d'une licence bénéficieront d'une formation initiale rémunérée de deux ans.
Cette formation leur permettra d'être progressivement placés en responsabilité afin de développer des gestes professionnels et de consolider leurs acquis.
À l'issue de ces deux ans, les stagiaires justifiant de la détention d'un master et déclarés aptes à exercer leurs fonctions par un jury de titularisation, pourront être titularisés dans un corps enseignant ou dans celui des conseillers principaux d'éducation selon le concours dont ils sont lauréats.
Ce parcours est professionnalisant : les lauréats bénéficieront d'une formation de deux ans, rémunérée dès la première année de master enseignement et éducation (M2E) en tant qu'élève fonctionnaire puis en master 2 en tant que fonctionnaire stagiaire.
Ces futurs professeurs pourront avoir une formation rémunérée pendant cinq ans, tout en préparant le concours.
La licence préparatoire au professorat des écoles
Par ailleurs, un nouveau cursus de formation intégré après le baccalauréat permettra aux étudiants de rejoindre une licence préparatoire au professorat des écoles agréée par les ministres chargés de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur.
En amont des concours, une licence préparatoire au professorat des écoles (LPE) est créée et sera accessible aux bacheliers dès la rentrée 2026.
À l'issue de cette licence et sous réserve d'avoir validé chacune des années, les candidats au concours de recrutement de professeurs des écoles bénéficieront d'une dispense des épreuves d'admissibilité.
Des avis divergents sur la dissociation entre primaire et secondaire
Mais les deux syndicats s'interrogent quant à la dissociation du niveau de recrutement entre les enseignants du primaire et ceux du second degré.
« Comment peut-on encore aujourd'hui laisser penser que le métier en primaire est “intellectuellement” moins exigeant qu'en secondaire ? »
Cette interrogation concerne directement l’architecture globale des concours et la perception de la profession enseignante.
Le niveau de recrutement, la formation universitaire et la professionnalisation ne suffisent pas à expliquer seuls l’attractivité d’un concours. Le déséquilibre entre l'exigence du métier, la reconnaissance accordée, les rémunérations et les conditions concrètes d'exercice alimente un sentiment de déclassement et d'abandon délétère pour son attractivité.
Les salaires et les primes comme leviers d’attractivité
Les bas salaires sont aussi un des facteurs qui expliquent le manque d’attractivité du métier d’enseignant.
Dès qu’on regarde les débuts de carrières comparativement à d’autres pays d’Europe, les enseignants débutants français sont plutôt mal classés même si cela s’améliore au cours de la carrière.
L’affectation des professeurs débutants dans des académies souvent éloignées de leur domicile et où les frais induits de logement et de transport sont souvent élevés, en particulier en Île-de-France, renforce la paupérisation des enseignants.
Dans le prolongement des travaux menés avec les partenaires sociaux en 2020 et 2021 dans le cadre du Grenelle de l'éducation, une prime d'attractivité vise à offrir une rémunération accrue aux jeunes professeurs et à faciliter le déroulement des premières années de carrière.
Le montant de cette prime diffère selon l'échelon, en privilégiant les débuts de carrière, puis en appliquant un principe dégressif.
En mai 2021 (date d'entrée en vigueur du décret créant cette prime), elle était attribuée aux enseignants, conseillers principaux d'éducation et psychologues de l'éducation nationale jusqu'au 7e échelon de la classe normale (correspondant aux 15 premières années de carrière).
En 2022, cette prime a été revalorisée et étendue aux professeurs en milieu de carrière (jusqu'au 9e échelon de la classe normale).
Afin d'augmenter la rémunération des personnels enseignants, le bénéfice de la prime d'attractivité a été étendu, au 1er septembre 2023, aux enseignants stagiaires.
Son montant a par ailleurs été revalorisé pour les quinze premières années de carrière (jusqu'à l'échelon 7 inclus).
Depuis la rentrée scolaire 2023, l'ensemble des enseignants bénéficie également d'une hausse inconditionnelle de rémunération, quels que soient leur corps, leur statut (titulaire, contractuel ou stagiaire) ou leur ancienneté.
Cette revalorisation s'adresse à tous les enseignants du premier et du second degrés en fonction dans les écoles et établissements scolaires publics (professeurs des écoles, professeurs certifiés, professeurs agrégés, professeurs de lycée professionnel, etc.).
Pour reconnaître l'importance et la charge des missions d'accompagnement et d'orientation, le montant de l'indemnité de suivi et d'accompagnement des élèves (premier degré) et de la part fixe de l'indemnité de suivi et d'orientation des élèves (second degré) a été augmenté pour atteindre le niveau de 2 550 euros bruts par an.
Les indemnités telles que l'indemnité de suivi et d'accompagnement des élèves (ISAE), versée aux enseignants du 1er degré, et de l'indemnité de suivi et d'orientation des élèves (ISOE) attribuée aux enseignants du 2d degré, ont également été revalorisées.
Comme le Président de la République s'y était engagé, tous les professeurs titulaires, conseillers principaux d'éducation et psychologues de l'éducation nationale commencent désormais leur carrière avec une rémunération supérieure à 2 000 € nets par mois.
Pour les professeurs néo-titulaires, elle atteint 2 102 € nets et même 2 466 € nets pour les professeurs titulaires débutant en REP+.
| Mesure | Évolution |
|---|---|
| Prime d’attractivité | Attribuée jusqu’au 7e échelon en mai 2021 |
| Extension de la prime d’attractivité | Jusqu’au 9e échelon en 2022 |
| Enseignants stagiaires | Bénéficiaires depuis le 1er septembre 2023 |
| Indemnité de suivi et d’accompagnement des élèves | 2 550 euros bruts par an |
| Rémunération des professeurs néo-titulaires | 2 102 € nets |
| Rémunération des titulaires débutant en REP+ | 2 466 € nets |
La formation continue et l’accompagnement des débuts de carrière
Car, l'autre question que pose la crise de recrutement des enseignants est celle de la formation.
Le recrutement d’enseignants plus faibles pourrait être compensé si la formation continue était renforcée. Or, elle est terriblement absente.
Les auteurs soulignent aussi l’importance cruciale de l’accompagnement dans l’établissement scolaire et l’enjeu politique du développement professionnel des enseignants.
La réforme du recrutement cherche donc à associer un accès plus précoce au concours, une formation initiale rémunérée et une prise de responsabilité progressive.
Des réflexions ont également été engagées afin de dynamiser les milieux de carrière des corps enseignants, de personnels d'éducation et de psychologues de l'éducation nationale.
Ce projet de réforme est actuellement en cours d'arbitrage au niveau interministériel.
Le pré-recrutement pour élargir le vivier
Sur le sujet, le groupe des députés Nupes-LFI a annoncé déposer une proposition de loi « destinée à mettre en place un plan de pré-recrutement des enseignants ».
Pour Paul Vannier, qui suit les questions d'éducation pour le groupe, le rétrécissement du vivier dans les concours est dû à la masterisation.
« Les étudiants qui s'engagent pour cinq ans de formation connaissent des obstacles financiers et se retrouvent obligés de travailler à côté de leurs études », explique le député du Val-d'Oise.
Sans remettre en cause l'obtention d'un master, il propose d'ouvrir des parcours universitaires pour les jeunes qui veulent enseigner « dès le niveau bac et possiblement au niveau licence ».
« Ces futurs professeurs pourront avoir une formation rémunérée pendant cinq ans, tout en préparant le concours. »
Une telle approche vise notamment à éviter que la durée des études et les contraintes financières ne ferment l’accès aux concours à des étudiants pourtant intéressés par l’enseignement.
Des écarts importants entre les académies
La crise de l’attractivité ne se manifeste pas de manière identique sur tout le territoire.
Ce qui n’est pas valable partout.
Si les académies les moins attractives comme Créteil, Versailles, Amiens ou Reims sont les premières à manquer de candidats de bon niveau, dans le privé comme dans le public, à l’inverse, à Rennes, où le niveau scolaire est parmi les plus élevés de France, seuls 20 % des postulants sont admis dans les ÉSPÉ en master MEEF « Professeur des écoles », ce qui garantit un excellent niveau académique des jeunes enseignants du primaire.
Cette académie bénéficie d’un contexte social plutôt favorisé, elle produit de bons bacheliers, qui vont devenir de bons enseignants et de bons candidats.
Pour le primaire, le manque d'enseignants concerne surtout la Guyane, Créteil et Versailles.
Les données récentes montrent néanmoins une évolution des inscriptions dans certaines académies traditionnellement en tension.
Les inscriptions aux concours de la session 2025 ont permis d'enregistrer 61 910 candidatures aux concours de recrutement de professeurs des écoles (CRPE) de l'enseignement public (hors concours interne exceptionnel et premier interne), soit une augmentation de + 1,3 % par rapport à la session 2024.
Même dans les académies traditionnellement en tension, le nombre d'inscrits aux concours externes et au troisième concours a augmenté : + 3,1 % à Créteil (3 808 inscrits en 2025 contre 3 693 en 2024) et + 4,4 % en Guyane (575 inscrits en 2025 contre 551 en 2024), ce qui témoigne de l'attractivité du métier d'enseignant.
Ces données d’inscription doivent cependant être distinguées des résultats d’admissibilité et d’admission : un nombre important de candidats inscrits ne garantit pas que tous se présenteront aux épreuves ni que les postes ouverts seront pourvus.
Une évolution du recrutement vers les contractuels
Ce déficit de titulaires conduit mécaniquement à l’arrivée de nombreux contractuels.
L’Éducation nationale emploie maintenant environ 30 000 enseignants non titulaires pour occuper les postes vacants ou faire des remplacements.
Le volume de candidats aux concours enseignants ou à des emplois de contractuel reste important.
Plus de 153 000 candidats se sont inscrits aux concours de recrutement lors de la session 2025 et plus de 648 000 candidatures sont enregistrées depuis l'ouverture du système d'information dédié au recrutement de contractuels mis en service au premier semestre 2024.
La présence de contractuels permet de répondre aux besoins immédiats des établissements, mais elle pose aussi la question de la stabilisation des équipes, de la formation et de la fidélisation des personnels.
Le risque d’une baisse de la sélectivité
Faute de candidats suffisants et dans la mesure où certains concours ne sont plus assez sélectifs, la qualité des stagiaires recrutés est immédiatement posée.
L’enjeu ne se limite donc pas au nombre de postes pourvus : il concerne également le niveau académique des candidats, la préparation au métier et les conditions d’accompagnement après la réussite au concours.
Le constat d’une pénurie d’enseignants qualifiés et d’une faible attractivité du métier d’enseignant attise les débats sur la qualité de l’éducation en France.
La question de la qualité des recrutements avait déjà été posée lors des précédentes tensions.
En 2017, 8 500 postes étaient offerts aux concours du Capes de l’enseignement public (hors concours réservé).
49 382 candidats se sont inscrits et 25 148 se sont présentés aux épreuves d’admissibilité.
Pour le CRPE, à la session 2017, 12 932 candidats ont été déclarés admis aux concours de recrutement de professeurs des écoles (CRPE) de l’enseignement public et 1 999 candidats ont été inscrits sur liste complémentaire.
Mais au concours externe de recrutement de professeur des écoles (CERPE), sur les 11 722 postes offerts, seuls 11 241 candidats ont été finalement admis.
Selon l’expression consacrée, le concours de professeur des écoles n’est plus « saturé » dans les académies de Créteil et de Versailles pour la deuxième année consécutive.
Une tension amplifiée par les besoins de recrutement
Les postes à pourvoir ont augmenté extrêmement vite ces cinq dernières années en raison de la promesse tenue du président Hollande en 2012 de rétablir une formation initiale et de recréer environ 54 000 postes d’enseignants dans l’Éducation nationale.
Cette croissance très rapide a eu pour conséquence immédiate que les effectifs des candidats et la qualité des candidatures n’ont pas toujours suivi : il faut à la fois du temps et un vivier suffisant pour orienter et former des étudiants aux métiers de l’enseignement et de l’éducation.
Répondre à l’urgence du recrutement causée par la posture idéologique du président Sarkozy de ne pas remplacer le départ d’un fonctionnaire sur deux (suppression de 80 000 postes dans l’Éducation nationale entre 2007 et 2012) a nécessité de recruter avec une assiette de niveau plus large.
L’Éducation nationale a fait le choix de réduire la voilure pour la session 2018.
La publication au Journal officiel le 29 novembre des postes pour tous les concours externes du second degré témoigne d’une baisse généralisée de 20% en moyenne, alors même que le nombre d’élèves attendus à la rentrée prochaine dans les collèges et les lycées va augmenter de presque 20 000 jeunes.
Les postes mis aux concours internes sont préservés.
Pour l’entourage du ministre, la baisse devait correspondre aux postes non pourvus aux concours en 2017.
En réalité elle va bien plus loin que cela : pour le Capes externe, par exemple, 6011 postes ont trouvé preneur en 2017 et il n’y a que 5 833 postes offerts en 2018.
L’ajustement aux réalités de recrutement des postes en 2017 n’est pas fait non plus et il ne pouvait l’être : comment réduire les postes dans les disciplines comme les lettres, les mathématiques et l’anglais qui sont déjà gravement déficitaires ?
La reconnaissance sociale au cœur de l’attractivité
La question de l’attractivité renvoie également au statut même des enseignants que ces derniers ressentent comme dévalorisé.
L’enquête TALIS 2013 a souligné le sentiment qu’ont les enseignants d’une faible valorisation de leur métier par la société : en moyenne, seulement un quart des enseignants estime leur métier suffisamment reconnu.
Seuls 7 % des enseignants français estiment leur profession valorisée dans la société, soit 4 fois moins que la moyenne OCDE.
Toutefois, cette crise d'attractivité ne constitue aucunement une crise de vocation : les enseignants sont toujours aussi nombreux à considérer que leur métier reste important pour la société : 83 % ont l'impression que leur travail est utile aux autres et à la société.
Ce sentiment d'utilité sociale tranche toutefois avec le manque de reconnaissance dont ils considèrent souffrir.
Toujours selon le Haut-commissariat à la stratégie et au plan, « seuls 7 % des professeurs français estiment que leur profession est appréciée dans la société (contre 27 % en moyenne dans les pays de l'OCDE) ».
Cela participe, de manière inévitable, à une dévaluation de la fonction enseignante ainsi que des vocations.
Le déséquilibre entre l'exigence du métier, la reconnaissance accordée, les rémunérations et les conditions concrètes d'exercice alimente un sentiment de déclassement et d'abandon délétère pour son attractivité.
Des conditions de travail qui pèsent sur les vocations
Les difficultés de recrutement ne peuvent pas être dissociées des conditions concrètes d’exercice du métier.
Le phénomène de massification de la scolarisation, qui s’accentue au début du XXIème siècle, engendre une plus grande hétérogénéité des publics scolaires et provoque un besoin accru de nouveaux enseignants dans des proportions jamais atteintes.
Dans de nombreux pays, on observe une diversification des parcours des enseignants débutants et un phénomène de décrochage professionnel, en lien avec les conditions matérielles et symboliques d’exercice du métier.
À ce contexte particulier, les pouvoirs publics répondent par des réformes de la formation et de l’accès au métier.
La profession enseignante évolue dans un contexte de renouvellement profond de la gouvernance publique, classiquement désignée par le terme de New Public Management (nouvelle gouvernance publique).
Plus globalement, les réformes engagées dans les pays de l’OCDE afin de rendre les enseignants de plus en plus comptables de la réussite éducative de leurs élèves confèrent un rôle stratégique de gestionnaire aux administrations locales.
Ces réformes ne semblent toutefois pas exercer d’effets sensibles sur la revalorisation collective du statut d’enseignant et se heurtent à des enjeux de légitimation.
Les comparaisons européennes
La réunion du comité plénier du dialogue social européen sectoriel de l’éducation du 23 novembre a notamment mis une nouvelle fois en évidence que le problème de l’attractivité du métier enseignant était une question qui préoccupe non seulement la France mais aussi tous les pays de l’Union européenne.
Dans d’autres pays, la situation de pénurie est encore bien plus prononcée.
Une autre étude comparative des systèmes éducatifs en Angleterre, aux Pays-Bas et en Suède relève des logiques différentes : exigences de qualité renforcées en Suède et aux Pays-Bas, élargissement des viviers de recrutement dans le cas de l’Angleterre.
Les auteurs de l’étude soulignent que deux principales tendances se démarquent aujourd’hui dans l’éducation en Angleterre, aux Pays-Bas et en Suède.
« D’une part, la décentralisation du système éducatif amorcée il y a quelques décennies se poursuit, tout en rivalisant avec un retour de l’État de plus en plus affirmé, notamment dans le domaine des programmes scolaires et de l’évaluation des établissements. De l’autre, un brouillage des frontières entre les secteurs public et privé dans le financement et la gestion de l’éducation est à l’œuvre. Le métier d’enseignant y est profondément marqué par ces dynamiques. »
La réunion du comité plénier du dialogue social européen sectoriel de l’éducation a ainsi rappelé que la France s’inscrit dans une difficulté plus large, même si les causes et l’intensité varient selon les pays.
Attractivité des concours et niveau des élèves
Les difficultés de recrutement nourrissent également les inquiétudes relatives au niveau scolaire.
Les évaluations Pisa et Timss le confirment : en compréhension écrite, la part des élèves en difficulté est passée de 15 à 25 %, tandis qu'en mathématiques, la France est dernière de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) au CM1 et avant-dernière en classe de quatrième.
La seconde note s'intéresse au niveau scolaire des élèves français.
Le constat est aujourd'hui connu : en comparaison internationale, les performances des écoliers et collégiens français sont très éloignées des standards européens, en particulier en mathématiques et en sciences.
La situation est particulièrement inquiétante à l'école primaire.
En mathématiques, le niveau des élèves a nettement reculé ces trente dernières années, aussi bien au primaire qu'au collège.
En 2023, en mathématiques, seuls 10 % des élèves français de CM1 atteignent ou dépassent le niveau qu'obtiennent ou dépassent 40 % des élèves anglais.
À quel point faut-il s'inquiéter de la situation ?
Certaines données sont relativement rassurantes : le niveau de compétences des adultes en France, quoique modeste en comparaison internationale, ne fléchit pas, y compris dans les classes d'âge les plus jeunes (16-24 ans).
On ne note pas non plus de désaffection pour les filières scientifiques et le manque d'ingénieurs supposé ne paraît pas vraiment aujourd'hui documenté même si les besoins devraient croître dans les prochaines années.
Or, pour élever le niveau de l'école, nous devons mieux préparer les futurs professeurs, conserver une diversité de profils et sortir de cette crise d'attractivité inédite.
Les réponses institutionnelles
Le Gouvernement a annoncé avoir mené une concertation avec les syndicats sur les parcours professionnels, la formation continue et la reconnaissance en milieu de carrière.
Le ministère continue à travailler sur des mesures de renforcement de l'attractivité du métier enseignant.
Un département dédié à cet enjeu a été créé à la faveur de la réorganisation de la direction générale des ressources humaines et du secrétariat général du ministère pour coordonner ces sujets en transversal et renforcer la marque employeur des trois ministères de tutelle.
L'attractivité des concours de recrutement d'enseignants en particulier fait l'objet d'une promotion dynamique soutenue par des budgets de communication importants et une mobilisation des équipes nationales et académiques.
Des postes ont également été créés dans chaque académie en 2023 pour renforcer les fonctions recrutement et attractivité, et un plan d'accompagnement des directions des ressources humaines de l'ensemble du ministère est en cours de déploiement.
Répondre à cette crise d'attractivité doit constituer une priorité du ministère de l'éducation nationale, l'école tenant grâce au dévouement de ses enseignants et à leur motivation.
Face à un tel constat, l'État se doit de s'engager pour revaloriser ce métier essentiel à la société et à l'avenir du pays.
Une attractivité qui dépend de plusieurs facteurs
La fonction publique dans son ensemble est confrontée à des difficultés de recrutement.
Le ministère de l'éducation nationale est également concerné dans certaines académies et dans des disciplines très ciblées.
À ce titre, le sujet de l'attractivité des métiers est une priorité du ministère.
Le volume de candidats aux concours enseignants ou à des emplois de contractuel reste important.
La crise d'attractivité des concours ne signifie donc pas que toute personne intéressée par l’enseignement a disparu du système.
Elle révèle plutôt un décalage entre l’existence d’une vocation, l’accès au concours, la durée et le coût de la formation, les perspectives professionnelles, le niveau de rémunération et les conditions quotidiennes d’exercice.
Elle appelle à poursuivre les chantiers structurants de la formation, de l'accompagnement dans les débuts de la carrière et des rémunérations, afin de reconstituer et d'élargir le vivier et de créer les conditions d'un nouveau contrat social pour et avec les enseignants.
L'objectif du Sgen-CFDT est bien de transformer le système éducatif mais pour qu'il soit moins élitiste, plus équitable et plus efficace pour les élèves, tout en améliorant les conditions de travail des personnels.
Les auteurs de la dernière étude citée concluaient que « la professionnalisation du métier peut difficilement s’exonérer d’une forme d’adhésion des enseignants eux-mêmes aux réformes qui la portent ».

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