Nous sommes en 50 avant Jésus-Christ ; toute la Gaule est occupée par les Romains… Toute ? Non ! Car un village peuplé d'irréductibles Gaulois résiste encore et toujours à l'envahisseur.
Le Domaine des dieux, publié dans Pilote en 1971, présente un immense intérêt : il reprend le thème fondateur de la série, celui de la gallo-romanisation comme colonisation réelle.
Astérix - Le Domaine des Dieux est l’adaptation animée de la 17ème bande dessinée des aventures du petit gaulois.
Une nouvelle stratégie de Jules César
Exaspéré par la situation, Jules César décide de changer de tactique : puisque ses armées sont incapables de s’imposer par la force, c’est la civilisation romaine elle-même qui saura séduire ces barbares Gaulois.
Il fait donc construire à côté du village un domaine résidentiel luxueux destiné à des propriétaires romains.
« Astérix , le domaine des dieux » neuvième adaptation animée de « Astérix » . En 50 avant Jésus Christ toute la Gaule est occupée par les romains . Toute ? Non un petit village gaulois continue de résister à l'envahisseur grâce à la potion magique du druide Panoramix qui donne au gaulois une force surhumaine . Jules César de plus en plus exaspérer par la situation décide de mettre en place un plan machiavélique pour soumettre les ...

La bande dessinée et son importance dans la série
A ce jour, la série BD compte 35 albums, traduits dans plus de 110 langues et dialectes, 355 millions d'albums ont été vendus à travers le monde.
| Élément | Information |
|---|---|
| Publication | 1971 dans Pilote |
| Place dans la série | 17ème bande dessinée |
| Nombre d’albums de la série | 35 albums |
| Traductions | Plus de 110 langues et dialectes |
| Ventes mondiales | 355 millions d'albums |
Ici, cette opposition se met à fonctionner comme la coupure centrale, celle qui donne le sens général des aventures d’Astérix, ce qui n’est pas si fréquent : Le Tour de Gaule[1] ou Le Bouclier Arverne[2] jouent aussi sur ce thème, mais plus tôt, et de façon plus anecdotique, en se concentrant moins directement sur la colonisation au sens strict ; Obélix et Cie[3] en revanche reprendra franchement le thème.
C’est bien une histoire de coupures et de divisions qui donne son sens à cette «période».
Ces divisions sont présentes tout au long de la série, mais elles obéissent à un schéma narratif généralement plus simple : au tableau de l’unité initiale succède par contraste une crise, et l’aventure est proprement le moyen de résoudre cette crise, de sorte que l’album finit sur une réconciliation dont le banquet constitue l’emblème.
Dans cette économie classique du récit d’Astérix, la force d’Obélix, l’unité des Gaulois, la sagesse mesurée de Panoramix sont des outils possibles ; l’enjeu et généralement de restaurer une mesure, un équilibre, de rappeler une frontière ou de réinstaurer des situations troublées.
C’est que les oppositions et les divisions sont multiples : elles se déplacent au cours du récit, elles jouent, et se répliquent sans cesse à l’intérieur de chacun des «camps».
Au-delà de la «résistance» gauloise à la «domination» romaine, cela met en jeu le problème du rapport du mythe gaulois à la marche de l’histoire - témoin de l’importance qu’il faut attacher à cet album, Goscinny le conclut sur une «moralité» de fabuliste, en faisant clore le récit par un commentaire sur son sens prononcé par Astérix et Panoramix.
La nature gauloise contre la civilisation romaine
Pour structurer cette lecture, je distingue trois moments dans l’album : dans un premier temps, la culture romaine s’oppose - et s’impose - à une civilisation gauloise réduite à la sauvagerie naturelle (et l’on retrouve dans cette opposition le thème central de la série, ici exacerbé).
La déclaration de César p.5 est à ce titre fondamentale, parce qu’elle met en place le jeu d’équivalences sur lequel l’aventure se construit : protection magique et forêt nourricière, civilisation imposée de force et parc naturel : «Les gaulois, aidés par une potion magique qui leur donne une force surhumaine, protégés par une forêt qui les nourrit, refusent la civilisation romaine… J’ai décidé de les forcer à accepter cette civilisation !
Ainsi la forêt est placée sur le même plan que la potion magique.
La tournure de César en fait un personnage, et presque une divinité nourricière.
Dans cette manœuvre les Gaulois sont donc ramenés à la pure naturalité de la forêt (p.7 : «C’est notre forêt, après tout !», dit Obélix ; puis p.8 : «Place à la civilisation ! Nous allons commencer à déboiser !» clame Anglaigus, l’architecte romain «Faudra dégauloiser d’abord», prophétise Oursenplus, le centurion : déboiser, dégauloiser, c’est la même opération).
Ainsi, vus par les Romains, les Gaulois sont immergés dans la nature pure ; image incompréhensible aux Gaulois eux-mêmes, qui à leur propres yeux disposent d’une forme de civilité instituée (dont différents personnages entretiennent la structure tout au long des aventures d’Astérix[6] ).
La «nature» réagit en effet de façon «magique» aux yeux des Romains, lorsqu’Obélix ou Panoramix replantent le jour les arbres qu’ils font arracher par leurs esclaves la nuit ; et cette opération magique, celle du semeur auguste (c’est Panoramix qui souligne la référence agricole et républicaine), dépasse les raisonnements des «civilisés».
Ainsi les Romains ne sont pas les seuls à paniquer : Abraracourcix met le doigt sur le problème, p.11, en nommant l’inquiétude des Gaulois : «Ça y est ! Fallait s’y attendre ! Le ciel nous est tombé sur la tête !».
Ainsi Gaulois et Romains s’opposent en chiasme, et d’un côté comme de l’autre les logiques de l’adversaire sont opaques et relèvent du surnaturel.
Comment sortir de ce double aveuglement ?
Ce que font les Gaulois et ce que font les Romains n’a rien à voir ; ils s’opposent sans même comprendre leur opposition.
On a une idée de cette symétrie aveugle dans la dissociation du «bois», qui laisse entrevoir l’inépuisabilité littérale de la puissance naturelle dont les Gaulois sont les «bergers» : d’un côté le bois déraciné (le matériau technique) s’entasse dans le camp romain, sans que de l’autre côté le bois enraciné (la matière vivante) n’en soit diminué.
Cela signale la magie de la surabondance, et montre Panoramix en pasteur des êtres et des rythmes naturels.
Mais ces deux modèles, très clairs, du rapport à la forêt comme emblème naturel (les pasteurs des arbres contre les exploitants) peuvent-ils se contenter de s’opposer ?
Mesurer, construire et imposer la culture
Imposer la culture à la nature, c’est d’abord en prendre la mesure.
Les scènes de mesure, dès les premières planches, sont importantes, et ce sont elles qui attirent l’attention de Panoramix : «Des mesures… Ils prennent des mesures… On ne mesure pas des forêts pour le plaisir… Que manigancent-ils ?» (p.9).
N. Cependant un élément de la logique civilisationnelle va devenir intelligible pour les Gaulois : les Romains vont faire payer les esclaves (Anglaigus, épuisé, promet de «faire mourir les esclaves à la tâche», p.18).
Lorsqu’il propose la révolte au chef des esclaves, Duplicatha, ce dernier lui répond «Ils sont plus forts que nous» (p.19), décrivant objectivement le clivage[8] : ainsi il y a aussi un «eux» et un «nous» dans le camp romain.
En effet, les esclaves vont se révolter, mais ils vont le faire sous la forme du conflit professionnel.
Panoramix impose donc la discussion, le compromis.
Il est malin (il est druide) : il joue sa mesure-équilibre contre leurs mesures-dimensions.
Mais les Gaulois n’ont pour autant pas gagné la partie : en effet les esclaves sont aussitôt repris par la machine technocratique, et ce en raison même de l’efficacité technique dans laquelle s’est introduit la magie gauloise.
Le langage que Duplicatha tient à Astérix p.23 en témoigne («Ne restez pas ici, le chantier est interdit aux visiteurs […] Contremaîtres ! Faites votre travail !
Obélix ne comprend pas du tout («Je croyais qu’ils allaient se révolter contre les Romains et ne plus travailler», id.) : il entrevoit la logique de l’aliénation, qui excède celle de la baffe ; ainsi en entrant dans l’univers civil et en y ménageant des mesures et des négociations on a aussi préparé la diffusion du modèle «doux», ou vicieux, de la domination.
Et Anglaigus coince les esclaves par l’interprétation technique de leur contrat, en vrai casuiste : ils acceptent sa règle.
Sur ce point le discours de Duplicatha à Abraracourcix est tout à fait éloquent : «vous nous empêchez de devenir des hommes libres, en nous empêchant d’achever le travail» (p.25).
C’est désormais le camp Gaulois qui devient l’oppresseur des esclaves, et plus le maître romain immédiat : encore une coupure retournée, et c’est aussi la limite des stratagèmes de Panoramix - «c’est un problème cornélien, entre autres» avoue-t-il, montrant bien, ironiquement, le problème.
Panoramix, pris à son propre piège, doit donc par humanité naturelle aller au bout du processus de mesure qu’il a enclenché, et laisser les esclaves travailler pour que par leur travail ils gagnent leur liberté.
Le Domaine des Dieux et la division des camps
En effet, comme les esclaves travaillent désormais sans que les Gaulois les en empêchent, ils achèvent la construction d’un immeuble.
Reste alors à le peupler, ce qui donne à Goscinny l’occasion d’une satire féroce des jeux télévisés, à travers l’épisode de l’allocation des logements.
On note en particulier l’étonnante double-page prospectus (p.28-29) ; on y trouve, entre autres choses, la prolongation de l’idée de mesure : le prospectus calcule, même si le résultat est comique, la distance entre le Domaine et «le centre de Rome» ou «le centre de Lutèce», restituant ainsi une continuité territoriale, une dimension spatiale commune (là où traditionnellement, dans tous les albums, la loupe de la page 3 isole le village).
Sur ce, les esclaves libérés deviennent les pirates (c’est une pirouette de Goscinny sur l’émancipation par le travail, et presqu’un clin d’œil anar : «c’est un résultat», dit Panoramix, mais le résultat échappe à la logique de civilisation), et les locataires romains s’installent.
Voilà la coupure retournée : après qu’Astérix ait fait éclater l’unité du camp romain par la potion magique, cet éclatement se propage jusqu’au camp gaulois, qui éclate à son tour sous l’effet de l’argent et des intérêts.
Ainsi la femme d’Agecanonix affirme «ils vont nous aider à sortir de la barbarie» (toujours p 35) parce qu’elle aime les beaux habits, qu’elle sait ce qu’est un magasin ; de même que Iélosubmarine engueule Ordralfabétix p.32 parce que la comparaison du prix du poisson à Rome et au village a un sens pour elle (il y a une mesure commune, qu’elle comprend et adopte).
Ainsi la corruption, c’est l’intégration dans le système marchand romain, c’est-à-dire (et c’est là qu’on anticipe sur Obélix et Cie) la libération des passions et des intérêts particuliers de chacun.
Comment sortir de cette crise ?
L’argent a neutralisé la potion, magie contre magie, les deux camps sont clivés, et c’est la modernité de Rome qui semble s’en tirer le mieux.
Il faut donc à nouveau renverser l’opposition, et porter le fer en face : la crise, pour chaque côté, se résoud dans l’autre côté.
Nicolas Rouvière montre très bien de quelle manière Obélix illustre ici un effet possible de l’imposition brutale de la modernité, tel que le redoute et l’anticipe Goscinny : c’est dans ce jeu de la sauvagerie que résident les violences à venir.
Mais dans l’immédiat ce n’est encore qu’une comédie (Obélix joue un rôle, et imite Idéfix, comme souvent - il le fait déjà dans Astérix et le Chaudron, précisément pour gagner de l’argent).
Astérix, Assurancetourix et le retour du conflit
Il y a alors quelque chose d’Ulysse chez Astérix (Ulysse dont la grande qualité est la mètis, à la fois ruse et mesure en grec), lorsqu’il récupère ainsi un logement, puis y installe Assurancetourix.
Il réinstaure en effet la mesure par un geste démesuré («Oh, dis ! Là, franchement, on exagère !», glousse Obélix p.39).
C’est en effet ici Assurancetourix qui joue le rôle de gadget magique pour accomplir le stratagème - parce que la magie blanche de Panoramix a été contrée, on passe à la «magie noire» du chant du barde (comme en témoignent les réactions des Romains qui occupent les autres logements : «- Les Dieux sont en colère ! - Les Gaulois attaquent !
Ensuite, tout va très vite : les Romains fuient, remplacés par les légionnaires qui tâchent de mimer la civilisation mais sont incapables de se donner leur propre mesure (parodie d’autogestion, dit N. Rouvière : j’y vois aussi une satire à la Tati, satire des râleurs embourgeoisés - les légionnaires sont des Romains parfois presque devenus gaulois ; il y en a même un qui dit «té!», p.20).
De toutes façons Astérix a obtenu le casus belli qu’il voulait pour ressouder la communauté en lui rendant visible son adversaire, qu’elle avait cessé de percevoir - réinstaurer la mesure, ça n’est donc pas cette fois restaurer l’équilibre et la paix, c’est d’abord restaurer les conditions d’un déséquilibre fécond : rappeler qui est l’adversaire.
CRITIQUE Asterix - Le Domaine des Dieux
La destruction du Domaine et la restauration de la frontière
L’aventure peut alors finir dans la catharsis des baffes, qui réimpose l’ordre gaulois contre l’architecture urbaine (le centurion est scandalisé par cette irruption de la «belle nature» gauloise dans les formes géométriques de la civilisation des villes : «Mais ?… Mais ! On ne se bat pas dans un immeuble ! ! !», p.44, et ce scandale est le ressort comique des deux pages 44-45).
Les arbres sont alors replantés, et les architectures de la civilisation technique ruinées («je ne dis pas, mais ces constructions modernes, ce n’est pas solide…», p.46), les deux clans sont ressoudés et remis en ordre ; et Anglaigus s’en va, comme Tullius Detritus à la fin de la Zizanie.
L’adaptation animée en 3D
Si les dissidents Gaulois ont aussi bien traversé les années, c'est avant tout parce qu'ils nous font toujours autant rire.
Il est vrai que ce tout nouvel opus d'Astérix était particulièrement attendu, et le résultat est indéniablement à la hauteur de ce qu'on pouvait espérer de mieux.
Visuellement parlant, la 3D fait son petit effet, ainsi que la finition des graphismes.
Les personnages sont beaucoup plus expressifs et l'esprit de la BD ...
Quel bonheur de retrouver ce fleuron de notre culture nationale qu’est le petit gaulois dans un dessin animé à la hauteur de sa légende !
Il suffisait du talent et de l’humour de Lionel Astier et ses comparses issus de la série «Kaamelot» pour raviver la flamme de notre enthousiasme, bien entamée après les ratages successifs des adaptations cinématographiques en live !
On mettra de côté celle unanimement saluée de « Astérix : ...
Un retour triomphant de nos Gaulois préféré.
Louis Clichy réalise un nouvel opus encore meilleur que les anciens, 2 fois plus de rires et 2 fois plus de gags hilarants.
L'amitié entre Astérix et Obélix est toujours aussi forte, la haine envers César par rapport au Gaulois est toujours plus sanglante.
Dans ce nouvel opus, Astérix, Obélix, Panoramix, et Idéfix sont les seuls à voir la réalité en face ...
César se serre des civils ...
Si Albert Uderzo admet avoir vu quelques films américains utilisant la 3D, il avait peur que cette technologie ne fasse pas ressortir les expressions et émotions de ses héros.
C’est donc avec une certaine appréhension qu’il assista aux tests.
Les insulae et l’inspiration architecturale
Albert Uderzo raconte : « Nous avions découvert dans des livres d’histoire que les insulae étaient déjà des habitations construites à la va-vite pour entasser les Romains les plus pauvres ensemble, et que ces bâtisses s’écroulaient régulièrement.
Nous avons donc donné à César l’idée d’ôter l’invulnérabilité du village gaulois en faussant la nature qui l’entourait.
Je dois avouer que j’ai rencontré pas mal d’architectes comme Anglaigus dans ma vie !
Les architectes de notre temps ont, semble-t-il, été impressionnés par les prouesses de leur prédécesseur Anglaigus, puisqu’un album de promotion de 16 pages, intitulé Scope : Le poteau magique, qui reprend certains thèmes et images de cette aventure, a été publié en 1982 par la société de travaux publics PPB-Saret.
